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Le Spectre juif de Hegel
Cohen Joseph ; Nancy Jean-Luc
GALILEE
28,01 €
Épuisé
EAN :9782718606965
Qu'en est-il du Juif chez Hegel - de celui qui ne veut pas, ne peut pas, ne sait pas aimer? C'est-à-dire, de celui qui ne comprend pas ce que veut dire en vérité la liberté, la vie, l'Esprit? Ou encore, depuis quel lieu entre-t-il en scène et à quoi se destine-t-il dans le devenir spéculatif de l'Esprit? Le présent ouvrage se propose de retracer l'interprétation hégélienne du judaïsme dans les écrits de la période de Francfort (1797-1800). À partir de ces écrits, il entend ainsi revenir sur la question énigmatique et problématique de la figure du Juif dans la pensée de Hegel. Mais revenir, c'est aussi plier la question dans un autre sens. Loin, donc, de simplement expliciter le "destin" du judaïsme dans la pensée de Hegel, il s'agira ici de dévoiler en quoi le Juif réapparaît au c?ur de l'absoluité vivante du système spéculatif tel un spectre impensé où se joue et se rejoue perpétuellement l'aporétisation de l'Esprit.
Résumé : Ce collectif entend revenir sur la pensée de Martin Heidegger, " faire le point " sur son immense portée autant que sur ses vastes ombres et, depuis ce brassage de perspectives, proposer une interrogation polymorphe de notre destin historique et de son avenir. Les multiples lectures et hypothèses proposées attestent, nous semble-t-il, de l'étendue et de la richesse des rapports qu'entretient la recherche actuelle au texte même de Heidegger, à ses interprétations et à ses réceptions.
La pensée de Heidegger est indissociable.de l'histoire de la philosophie. Elle ne saurait se comprendre autrement que comme une "répétition" de la question du sens de l'être demeurée occultée depuis Aristote jusqu'à Nietzsche. Répéter l'histoire de la philosophie ne signifie nullement réitérer la manière dont cette histoire s'est déployée, mais lui donner une orientation déterminée : la rappeler à sa vérité initiale. C'est ainsi que son oeuvre est marquée par les alliances ales ruptures entre le destin de la Grèce et l'appel de l'alérnanité, entre l'"impensé", de la métaphysique et l'éclosion de la vérité de l'être. Or, c'est dans ce geste que nous voyons proliférer un antijudaïsme et un antisémitisme animés par deux modalités de dénégation distinctes mais intimement liées : la forclusion et l'"auto-annihilation" du judaïsme. En ce sens, l'antijudaïsme et l'antisémitisme s'inscrivent à même l'extension de la pensée de l'être. Nous voyons en Heidegger un adversaire privilégié : nous engageons une lecture interne des suppositions et des conséquences de sa pensée de l'histoire tout en proposant d'autres pistes de réflexion face à la singularité de l'autre et de l'événement historique. Il ne s'agira plus de comprendre ceux-ci au sein d'une histoire de la vérité de l'être, mais d'orienter la philosophie vers un questionnement hyper-critique. Celui-ci se mesure chaque fois singulièrement à ce qui, au coeur du présent, nous reviendrait et nous adviendrait des événements passés et à-venir dans l'histoire. Notre recherche entend ainsi autoriser une pensée philosophique où chaque événement historique commanderait une singulière justice et une responsabilité sans réserve au nom de ceux qui sont déjà morts et devant ceux qui ne sont pas encore nés, pas encore présents ni vivants, victimes ou non de l'histoire qui vient.
Comment et pourquoi le sacrifice s'est-il insinué dans le discours philosophique de Hegel? Depuis quel lieu - et au nom de quelle loi et de quel droit - le sacrifice a-t-il habité et travaillé le penser spéculatif? Et comment comprendre ce qui se joue entre le sacrifice et les différents moments de l'historialité de l'esprit? En retraçant le développement et l'extension du concept spéculatif dans la Phénoménologie de l'esprit, nous pouvons, par ces questions, approcher l'élément intime de la pensée hégélienne; élément depuis lequel, selon Hegel, peut se penser la totalité du penser. Penser depuis l'élément intime de la pensée hégélienne, c'est penser l'infini passage de la pensée à elle-même, en elle-même et pour elle-même. Et c'est au coeur de ce passage que ne cesse d'oeuvrer, comme la modalité propre du spéculatif, le sacrifice. Tout se passe donc comme si dans et par le sacrifice s'ouvrait l'accès au Savoir absolu et se dévoilait l'absoluité - le devenir et l'avenir - du penser spéculatif. Cet ouvrage entend exposer la co-appartenance du penser spéculatif et du sacrifice afin d'y voir se profiler et se dessiner un pli imprévisible dans le geste philosophique de Hegel. Au lieu donc de simplement penser contre Hegel ou de penser avec Hegel, il s'agit ici de tourner autour de la même question que celle posée par l'absoluité spéculative de Hegel. Tourner autour de la même question, mais autrement et pas encore. Poser, en somme, cette question : que se cache-t-il derrière, avant ou. après la mouvance sacrificielle du penser spéculatif?
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...
Nous y sommes, elle craque, cette vieille peau du monde. Elle se dessèche, se desquame. On ne peut plus la toucher. Nous ne pouvons plus nous toucher. Les croûtes et les escarres de la lèpre... Non, Maldoror, tu ne savais pas à quel point serait vérifié ce que tu annonçais. Nous y sommes, nos cancers nous bouffent, nous bouffons des particules, partout on crève de faim et de peur, notre technologie vacille sous ses grands airs transhumains. Nous y sommes sans que personne sache où nous sommes. Nous nous touchons cependant tout en touchant à nos limites. Qu'est-ce que traverser un temps qui n'avance plus ? Quel est ce présent qui nous est fait, privé d'avenir comme de passé ? Il n'y a rien de catastrophiste ni d'apocalyptique à penser que l'existence comme telle peut se trouver exposée, violemment, à sa propre fugacité et finitude ? et même que ce soit là qu'elle prend sa valeur infinie, unique et insubstituable. L'homme passe infiniment l'homme : on peut dire que cette phrase de Pascal a ouvert la saison qui nous vient.
Démocrite fut dans la Grèce antique un philosophe matérialiste fêté, qui parcourut le monde. Lors de son périple jusqu'en Inde, il a constaté la vilenie des hommes, à la suite de quoi il fit construire une petite cabane au fond de son jardin pour y finir en sage le restant de ses jours. Je nomme tentation de Démocrite et recours au forêt ce mouvement de repli sur son âme dans un monde détestable. Le monde d'avant-hier, c'est celui d'aujourd'hui, ce sera aussi celui de demain: les intrigues politiques, les calamités de la guerre, les jeux de pouvoir, la stratégie cynique des puissants, l'enchaînement des trahisons, la complicité de la plupart des philosophes, les gens de Dieu qui se révèlent gens du Diable, la mécanique des passions tristes ? envie, jalousie, haine, ressenti-ment le triomphe de l'injustice, le règne de la cri-tique médiocre, la domination des renégats, le sang, les crimes, le meurtre... Le repli sur son âme consiste à retrouver le sens de la terre, autrement dit, à se réconcilier avec l'essentiel: le mouvement des astres, la logique de la course des planètes, la coïncidence avec les éléments, le rythme des saisons qui apprennent à bien mourir, l'inscription de son destin dans la nécessité de la nature. Fatigué des misères de ce temps qui sont les ancestrales souffrances du monde, il faut planter un chêne, le regarder pousser, débiter ses planches, les voir sécher et s'en faire un cercueil dans lequel on ira prendre sa place dans la terre, c'est-à-dire dans le cosmos.