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La modernité mode d'emploi
Claudon Francis ; Jouanny Sylvie ; Élias Sophie ;
KIME
22,40 €
Épuisé
EAN :9782841743902
Nous, qui sommes si modernes, serons anciens dans quelques siècles ", écrivait La Bruyère, dans cette inflation de mots dérivés de " modernes " qui dénotent autant de crises de croissance que de mouvements esthétiques datés ou indatables, la " modernité " n'a rien à envier à La Vie de Georges Perec : elle nécessite un mode d'emploi. Où en est-on et comment en est-on arrivé là ? Le discours critique prolifère, butant sur cette aporie : l'oeuvre moderne fournit son propre mode d'emploi. Aristote est-il un moderne, lui qui dépasse le dualisme de l'éternel et du temporel pour considérer, le monde des êtres en devenir ? Ou bien la modernité commence-t-elle avec Baudelaire, Rimbaud, avec ce mot d'ordre : " Il faut être absolument moderne " ? Le concept de " modernité " est la face émergée de l'iceberg positions et principes esthétiques autant que philosophiques et épistémologiques en font le maître-mot de querelles répétées ; textes et ?uvres d'art l'illustrent, ou le jettent, après emploi. On est moderne ou on n'est pas ; le mot labellise toute une constellation de normes normalité/déviance, socialité/marginalité, beauté/décadence. La fortune du mot est en tout cas assurée : toujours de mode, en proportion de son mystère !
La mission confiée aux contributeurs de ce colloque (UFR de Lettres et Sciences Humaines de l'Université Paris 12 Val de Marne du 20 au 22 septembre 2007) était d'enquêter, chacun avec ses propres moyens, sur les moments cruciaux d'émergence d'une conscience littéraire, de s'attacher à d'écrire les conditions parfois chaotiques (avancées, résistances) de cette émergence, conditions matérielles, politiques, philosophiques, et, ce faisant, d'étudier de près différents aspects tant de l'expérience que du concept de littérature tels qu'ils sont apparus lors de périodes choisies, ainsi que les formes impliquées dans ces mutations.
Résumé : Beyle à la conquête de Stendhal : Stendhal a beaucoup écrit avant Stendhal, dans l'ombre clandestine du journal ou de la correspondance, dans les essais dramatiques de sa jeunesse. C'est ce premier Stendhal que nous avons souhaité explorer, en considérant pour la première fois l'oeuvre dans sa dimension la plus large : notes, correspondance, journal, premiers essais dramatiques, etc. L'époque a déjà été étudiée dans son aspect littéraire et égotiste par les livres classiques de V. Del Litto et de G. Blin, mais a-t-elle jamais fait l'objet d'une réévaluation nécessaire, qui regardât la première période des errements et des échecs comme une véritable période de création, contemporaine de la naissance et de la chute de l'Empire, entre les premiers essais dramatiques (1797) et les premières Vies d'artistes (1814) ?
A l'occasion du centenaire Proust, la maladie personnelle de Marcel Proust est venue occuper la scène biographique sans toujours apercevoir toute la dimension idiosyncrasique de l'oeuvre. Car l'asthme dont souffre Marcel Proust comme une maladie chronique est redoublé ici par celui du Narrateur : son corps souffre autant de la maladie d'amour que de la maladie physique, à moins que la première n'ait déclenché la seconde. Pour cela le thème de la maladie est essentiel car il vient manifester le temps dans le corps ; il met aussi en péril la permanence du moi au point d'apercevoir qu'il n'était constitué que du temps passé, incorporé. Notre étude nous conduira ainsi d'une critique de la médecine comme science du corps objet à l'avènement du thème de la guérison. L'écriture de A la recherche du temps perdu comme métamorphose de toute maladie, facilite cette conversion du vécu intime de l'amour en vécu phénoménologique dégageant l'essence de l'amour. Forme d'exorcisme, l'écriture permet à tout un chacun de se reconnaître. Le narrateur nous ressemble puisque son récit nous touche en atteignant la condition commune, celle de la souffrance.
Qui était vraiment Gustave Flaubert ? On le savait en proie à de grandes contradictions, mais qui aurait pu dire que cette critique permanente de la Bêtise, cette souffrance de l'écrivain à la tâche, cette obsession du style étaient le résultat de névroses, d'un rapport des forces psychiques entre revendications pulsionnelles et inhibitions ? Et si la "grande synthèse" poétique à laquelle il aspirait tant n'était que le regret ou le constat de l'absence d'un Moi unifié ? Patrick Mathieu, en étudiant la Correspondance et les oeuvres de Flaubert, nous fait découvrir un auteur en constant décalage avec lui-même, jouant double-jeu dans le théâtre de la vie, et dont la souffrance affichée, revendiquée, n'est pas qu'artistique : elle puise ses origines au fond de son être, dès son plus jeune âge, dans un dégoût permanent de la vie qu'il tentera difficilement de masquer avec sa "marotte" , la littérature. C'est que Flaubert porte en lui le faix de secrets, selon lui "indisables" , de nature sexuelle, et il a choisi de les révéler de façon cryptée par le biais de la médiation littéraire : pour ce faire, il portera publiquement une autre croix, celle de la Littérature, maîtresse exigeante, fondant ainsi malgré lui le nouveau mythe de l'écrivain dévoué au labeur du style et vivant en martyr la Passion de l'Art.
Violence, domination, inégalité, tyrannie et insurrections : la réflexion de Spinoza sur le droit et la politique ne se limite pas au pacte social, ni à la liberté de philosopher. Il ne s'agit pas seulement de dresser la liste des droits respectifs du souverain et des sujets, dans le sillage des théories du droit naturel. Déjà Althusser avait rapproché Spinoza de Marx et Alexandre Matheron avait montré le rôle essentiel des passions dans la Cité et ses transformations. Toute une génération de chercheurs s'est interrogée ensuite sur les notions par lesquelles se pense ce devenir : foule, peuple, nation, mais aussi multitude. C'est ce dernier terme surtout qui concentre le mieux une pensée de l'initiative historique des citoyens et de leur puissance collective. Il restait à en tirer les conséquences sur les rapports entre individu et multitude, sur les relations de la pensée spinoziste avec Machiavel, Grotius et Hobbes, sur l'attitude de Spinoza envers révolution et conservation, résistance, assimilation et intégration, citoyenneté, désobéissance et révolte. Autant de thèmes qui sont développés ici, à travers la lecture renouvelée de L'Ethique, du Traité théologico-politique, et du Traité politique. Le volume s'achève par un entretien avec Toni Negri, qui fut le premier, dans son livre L'Anomalie sauvage, à mettre en lumière l'importance et le rôle de ce concept. Il y fait le bilan de son propre itinéraire et des discussions qu'il a suscitées.