Dans un essai brillant, Mona Chollet s’attaque au sujet du domicile. Elle explore avec brio les facettes de ce chez soi en intégrant des réflexions politiques, sociales et féministes à la question de l’habitat. Elle explore de manière claire et bien construite la façon que nous avons d’être chez nous, l’arrivée du monde extérieur chez soi par Internet ou encore la question de la famille et des charges domestiques. L’essai se fait à la fois intime et universel et nous emmène bien plus loin que notre salon via son cheminement de pensée.
Le foyer, un lieu de repli frileux où l'on s'avachit devant la télévision en pyjama informe ? Sans doute. Mais aussi, dans une époque dure et désorientée, une base arrière où l'on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs. Dans l'ardeur que l'on met à se blottir chez soi ou à rêver de l'habitation idéale s'exprime ce qu'il nous reste de vitalité, de foi en l'avenir. Ce livre voudrait dire la sagesse des casaniers, injustement dénigrés. Mais il explore aussi la façon dont ce monde que l'on croyait fuir revient par la fenêtre. Difficultés à trouver un logement abordable, ou à profiter de son chez-soi dans l'état de " famine temporelle " qui nous caractérise. Ramifications passionnantes de la simple question " Qui fait le ménage ? ", persistance du modèle du bonheur familial, alors même que l'on rencontre des modes de vie bien plus inventifs? Autant de préoccupations à la fois intimes et collectives, passées ici en revue comme on range et nettoie un intérieur empoussiéré : pour tenter d'y voir plus clair, et de se sentir mieux.
Résumé : Peu d'idées sont autant galvaudées aujourd'hui que celle de " réalité ". Hommes politiques, chefs d'entreprise, mais aussi économistes et romanciers s'en réclament seul le réalisme semble recevable, et il suffit à tout justifier. La réalité constitue désormais, dans notre mentalité collective, la valeur étalon. Elle est le nouveau dieu que nous vénérons ; le dernier qui reste en magasin, peut-être. Mona Chollet épingle l'usage pernicieux de cette notion dans tous les types de discours et démontre pourquoi l'injonction réaliste relève de l'imposture. A une époque où les relations essentielles à notre équilibre - la relation à l'environnement, la relation à l'autre - se vivent sur un mode chaotique, il est temps de se poser quelques questions... Un texte mordant et salutaire, qui non seulement déconstruit l'idéologie implicite de certains " réalistes ", mais ouvre aussi joyeusement un chemin de traverse il rappelle les bienfaits de l'imagination et du rêve, non pas pour " fuir la réalité ", mais au contraire pour se donner une chance de l'habiter pleinement.
Résumé : La maison, le chez-soi : de ce sujet, on a souvent l'impression qu'il n'y a rien à dire. L'espace domestique fait même figure de triangle des Bermudes de la politique : on le perçoit comme un lieu de repli frileux, d'indifférence à la marche du monde, d'abandon sans frein à l'hypnose consumériste, entre la télévision et les gadgets électroménagers. On valorisera plutôt le citoyen concerné, actif, qui voyage, qui descend dans la rue. Pourtant, à une époque où la vie collective semble se déliter, où le travail devient nocif pour un grand nombre de gens, où les formes de l'engagement peinent à se renouveler, le réflexe de rentrer chez soi peut revêtir une portée insoupçonnée. La maison est aussi une base arrière où l'on peut se protéger, refaire ses forces, se souvenir de ses désirs, résister à l'éparpillement et à la dissolution. Dans l'ardeur que l'on met à rêver de l'habitation idéale se réfugie ce qu'il nous reste de vitalité, d'élans, de foi en l'avenir. C'est la thèse que veut défendre ce livre. Mais, en même temps, il aimerait saisir la façon dont le monde extérieur revient par la fenêtre, et l'acuité avec laquelle il se projette entre nos quatre murs. Quelques années après la crise des subprimes aux États-Unis, la quête d'un logement confronte chacun à la dureté des inégalités sociales avec une crudité remarquable. Qu'il soit si difficile de profiter pleinement de son chez-soi révèle en outre notre état de " famine temporelle " et d'hyperactivité permanentes. C'est encore plus vrai pour les femmes, impuissantes à se débarrasser de l'idéal tyrannique de la " fée du logis ", et toujours astreintes à l'essentiel des tâches ménagères. En déroulant le fil rouge thématique de l'espace domestique, ce livre voudrait donc explorer quelques-unes de nos préoccupations les plus urgentes, en montrant leur nature inextricablement intime et collective.
Nombre de femmes et d'hommes qui cherchent l'épanouissement amoureux ensemble se retrouvent très démunis face au troisième protagoniste qui s'invite dans leur salon ou dans leur lit : le patriarcat. Sur une question qui hante les féministes depuis des décennies et qui revient aujourd'hui au premier plan de leurs préoccupations, celle de l'amour hétérosexuel, ce livre propose une série d'éclairages.Au coeur de nos comédies romantiques, de nos représentations du couple idéal, est souvent encodée une forme d'infériorité féminine, suggérant que les femmes devraient choisir entre la pleine expression d'elles-mêmes et le bonheur amoureux. Le conditionnement social subi par chacun, qui persuade les hommes que tout leur est dû, tout en valorisant chez les femmes l'abnégation et le dévouement, et en minant leur confiance en elles, produit des déséquilibres de pouvoir qui peuvent culminer en violences physiques et psychologiques. Même l'attitude que chacun est poussé à adopter à l'égard de l'amour, les femmes apprenant à le (sur ?) valoriser et les hommes à lui refuser une place centrale dans leur vie, prépare des relations qui ne peuvent qu'être malheureuses. Sur le plan sexuel, enfin, les fantasmes masculins continuent de saturer l'espace du désir : comment les femmes peuvent-elles retrouver un regard et une voix ?Table des matières : RemerciementsL'illusion de l'oasis. IntroductionFaire le grand sautL'amour et la colèreLe rêve d'une " hétérosexualité profonde "Entre conformisme et nihilisme. PrologueBelle du Seigneur, anti-Carte du TendreLes délices de l'amplitude temporelle" Si la vie n'a été qu'une sieste d'été "" Deux êtres qui s'aiment n'en font qu'un : lequel ? "1. " Se faire petite " pour être aimée ?L'infériorité des femmesDans notre idéal romantique" On serre un peu et ça pète "Prière de ne pas trop briller" Érotisez l'égalité "Ce que cela fait d'être un fantasme" Une petite femme à peau jaune "De Pierre Loti à Marlon BrandoLa " double féminisation " des femmes asiatiques" Elle ne parle pas "2. Des hommes, des vrais. Apprendre de la violence conjugale" Pervers narcissiques " ou " enfants sains du patriarcat " ?Un aplomb à toute épreuveNotre révérence pour les émotions des hommesL'impossibilité de défendre ses propres intérêtsQuand l'entourage brise la violence - ou la redoubleLa parabole de Manniford McClaine" Je me sentais comme sa mère "Le " petit ami parfait "L'amour-et-la-mort, prospérité d'un clichéLes droits exorbitants de l'Artiste Tourmenté3. Les gardiennes du temple. L'amour, une affaire de femmes ?L'aliénation et la sagesse" Sortir de l'ombre et de l'anonymat "Un " noyau de dépendance "Le rôle irrésistible de la femme démunieRemettre de l'ordre en soiLes autres femmes, pis-aller ou rivalesEt la dépendance masculine ?Hommes-forteresses et femmes contrefaites" Parce que tu es vivant "Savoir renoncer4. La grande dépossession. Devenir des sujets érotiquesDesserrer l'étau des regardsHistoire d'une silenciationLa femme qui fantasme, un " monstre "Harrison et moi" O " ou l'histoire d'un piratageUn poison... ou un contre-poison ?
Pourquoi la question migratoire est-elle aujourd'hui réduite, en Europe, à cette notion de crise ? Dans un contexte de tensions politiques, de débats médiatiques véhiculant souvent des catégories d'analyse impropres ou erronées, l'ouvrage se propose de faire le point sur les enseignements que ladite crise a révélé en termes de nouvelles pratiques, et de logiques latentes. Les événements survenus en Méditerranée au cours de l'année 2015, communément qualifiés de " crise des migrants ", ont bien constitué le révélateur d'une crise profonde en Europe. Mais de quelle " crise " parlons-nous ? Pourquoi le fait migratoire est-il aujourd'hui le plus souvent réduit, en Europe, à cette notion ? Pour les auteur. e. s de cet ouvrage, l'utilisation de ce terme reflète avant tout le refus des Etats européens d'intégrer les dimensions contemporaine et internationale d'un phénomène qu'il est illusoire de prétendre enrayer et qui ne peut au demeurant être qualifié ni de nouveau ni d'imprévisible. Cette attitude de déni se traduit par une gestion meurtrière des frontières et le renoncement au principe de solidarité entre Etats membres qui est supposé fonder l'Union européenne. Elle met en évidence la véritable crise, celle de l'accueil. Grâce à un éclairage pluridisciplinaire, cet ouvrage se propose de faire le point sur ce que la " crise " nous apprend, en termes de nouvelles pratiques et de logiques latentes.
Becker Howard S. ; Merllié-Young Christine ; Merll
Après de nombreuses années de pratique du métier, Howard S. Becker livre, avec le style qui a fait son succès, les leçons tirées de son expérience de sociologue. Empiriques au même titre que les sciences de la nature, les sciences sociales ne progressent que par la qualité de l'articulation entre des " idées " (ou théories) et des " données ", toujours produites par des procédés de fabrication à analyser. La distinction, qui structure la profession, entre recherches " qualitatives " et " quantitatives " ne change rien à l'exigence de fournir des " preuves " solides, capables de résister au doute pour convaincre collègues et adversaires. La nécessité d'une analyse critique des données est ici démontrée à la lumière d'une gamme étendue de recherches, des plus collectives et objectivantes, comme les recensements de la population, aux plus personnelles, comme les observations ethnologiques, en passant par toutes les formes intermédiaires de la division du travail entre concepteurs des recherches et personnes chargées de la collecte des données. Cette ré? exion sur les conditions pratiques de l'observation s'adresse aussi bien aux professionnels des enquêtes, aux chercheurs en sciences sociales qu'à l'étudiant devant réaliser son premier mémoire de recherche.
Composée de plus de 1,3 milliard d'habitants, la société chinoise fascine ou effraie. Depuis 1949, elle a connu l'arrivée des communistes au pouvoir, le maoïsme, les réformes à partir de Deng Xiaoping et la reprise en main du pays dès 2013 par Xi Jinping. De manière inédite dans l'histoire du capitalisme, elle concilie un libéralisme économique d'Etat et un régime officiellement de " dictature démocratique du peuple ". Concrètement, comment la Chine en est-elle arrivée à cette modernité contrastée et quels sont les effets d'un régime autoritaire sur les différentes strates de la société chinoise ? La trame chronologique suivie dans ce livre permet d'analyser la société chinoise sous de multiples angles : éducation, travail, santé, appartenance ethnique, migrations, rapports hommes-femmes, jeunesse, religion, inégalités sociales, mouvements de contestation, questions sociales et environnementales. Les nombreux encadrés apportent des éclairages précis et des données récentes sur des aspects souvent méconnus de la société et de ses acteurs, au-delà des clichés sur la modernisation chinoise en ce début de XXIe siècle.
Depuis une dizaine d'années, les caméras de vidéosurveillance ont envahi notre paysage urbain. Une frénésie sécuritaire qui fait déjà l'objet d'abondantes critiques mais qui dissimule encore ses véritables failles, systémiques, techniques, juridiques, tout en banalisant chaque jour un peu plus une idéologie d'autosurveillance généralisée. Depuis les années 2000, les caméras de vidéosurveillance et de vidéoprotection ont envahi notre paysage urbain. Cette nouvelle manière de protéger la population fait couler beaucoup d'encre. Or les prismes dominants (sécurité versus liberté) et les images mobilisées (du Panoptique à Big Brother, en passant par Minority Report), en disent plus sur les fantasmes collectifs que sur les réalités concrètes de ce dispositif. Dans ce récit d'enquête, au plus près des expériences et des représentations des acteurs publics et privés qui utilisent la vidéosurveillance au quotidien, Elodie Lemaire passe au crible les idées reçues sur cet oeil sécuritaire, pour mieux en identifier les vrais dangers. En nous faisant pénétrer dans les salles de contrôle et les coulisses des tribunaux, l'auteure montre que les usages de la vidéosurveillance sont loin d'être conformes à sa réputation de " couteau suisse de la sécurité " ou de " reine des preuves ". Mais ces limites cachent d'autres dérives bien réelles, comme la banalisation d'une idéologie qui construit progressivement notre vision sécuritaire du monde social.