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Les Mots sans les choses
Chauvier Eric
ALLIA
6,20 €
Épuisé
EAN :9782844858870
Présentation de l'éditeur "Travailler dans l'événementiel", en d'autres termes dans "ce qui fait le buzz". Tel est le souhait de Younes, adolescent de 16 ans de la Seine-Saint-Denis. Quant à vous, peut-être habitez-vous dans une "ville-monde", où le flâneur ne flânerait plus mais participerait au flux mondial d'information. Ces concepts surplombants, plaqués sur des faits ou sur des groupes sans pouvoir les relier à l'expérience individuelle, voilà ce contre quoi Éric Chauvier s'insurge. Dans un même élan, il déboulonne quelques-uns des grands penseurs du monde social. Pierre Bourdieu, Claude Lévi-Strauss ou encore Michel Foucault en prennent pour leur grade. Mais aussi les gender studies tant à la mode ou encore les théories du care. Freud s'était en son temps inquiété de l'usage intempestif des termes de psychatrie, tels que "paranoïa" ou "schizophrénie". Non par élitisme mais par peur du danger que cela représentait : employer des mots lourds de sens pour les appliquer à des situations et des personnes qui ne présenteraient aucun des critères cliniques à même d'en justifier l'emploi. Éric Chauvier dénonce à sa suite les dommages de la vulgarisation scientifique. Plus encore met-il au jour les faux effets d'autorité qui en découlent. Dans la bouche de tout un chacun, le mot n'a pour le moins rien à voir avec la chose, voire ne désigne pas grand-chose. Et pourtant on en use et en abuse comme d'une drogue. L'auteur émaille sa dénonciation d'anecdotes personnelles par exemple, la confrontation avec un neurologue suite à l'AVC de sa femme , qui non seulement éprouvent la validité de sa pensée mais font sentir au lecteur l'évidence de cette "maladie du langage" dont tout un chacun souffre.
Malgré son titre, Anthropologie est le contraire d'un ouvrage austère et théorique. Au croisement du récit et de l'étude sociologique, c'est une enquête en creux, née de l'impression suscitée par la vue d'une jeune Rom qui s'adonne à la mendicité au carrefour d'un centre commercial. Troublé par ce visage, qui suscite en lui toutes sortes d'interrogations, l'auteur refuse pourtant la rencontre.Il se contente d'analyser les propos que tiennent ses proches au sujet de cette fille. Cette expérience lui semblant insuffisante, il décide de rencontrer directement celle qui est à l'origine de son trouble. Le problème est qu'elle disparaît au moment où il prend cette décision. Il tente alors de la retrouver et de percer le mystère de cette figure devenue obsédante, dont il est peut-être amoureux. À la façon du héros de Mr. Arkadin d'Orson Welles, il part à la recherche de tous ceux qui ont pu la croiser et recueille les témoignages de ceux qui l'ont un jour croisée. Mais ces témoignages, incongrus, parfois contradictoires, d'autres Roms ou d'assistantes sociales ne lui permettent pas d'éclaircir le mystère. L'enquête ne peut cependant se réduire à un échec : la traque minutieuse d'un absence, le trouble d'un regard, constituent un programme de recherche en soi, une discipline de vie. Le récit de cette quête offre un tableau sociologique de la France contemporaine et de ses "exclus" et jette les bases d'une façon de concevoir et de pratiquer l'anthropologie.
Interpelé par un article sur la mocheté de la banlieue paru dans un hebdomadaire de la capitale, en l'occurrence Télérama, Eric Chauvier dresse un tableau de la réalité quotidienne des zones périurbaines contemporaines. Sous la forme d'un carnet de notes à mi-chemin entre l'écrit littéraire et l'enquête ethnologique, il définit l essence de cette société demeurant habituellement dans l ombre. Il la met en lumière sous... le "clair de lune des réverbères". L'auteur, lui-même résident de cette périphérie méprisée, en est justement un des acteurs. C'est pourtant bien à une étude sociologique qu'il s'attelle, renfermant moult anecdotes ironiques, cyniques ou bien tout simplement drôles depuis le traditionnel jogging et les rencontres improbables dans des hypermarchés anonymes jusqu'à la gestion des excréments animaux. Ce faisant, il exprime sa révolte contre le jugement de classe déguisé en jugement esthétique émis par des journalistes bien-pensants. Fort d'une argumentation originale, limpide et pleine d humour, ce témoignage persuade par son réalisme et sa poignante véracité. Un livre dans lequel le mot "contestation" prend vie, énoncée par un trublion qui ose, lui, s élever contre ce qui le dérange.
A travers La Crise commence où finit le langage, Eric Chauvier tente de saisir les raisons de l essor de la « crise » qui, plus qu un mal de notre temps, apparaît comme le nouveau mode de désignation de la catastrophe auquel sembleraient vouées l Histoire et l espèce humaine. Loin de consentir à un tel fatalisme, l auteur entreprend de mettre à jour ce qui se cache derrière le mot « crise » dans la mesure où ce terme semble avant tout être agité comme un paravent voué à décourager toute tentative de compréhension du phénomène qu il recouvre. Prenant à rebours la logique médiatique qui appréhende le phénomène à « un degré hollywoodien », Eric Chauvier choisit, à partir d une focale microsociologique, de soutirer d un fait banal de la vie quotidienne l élément révélateur du fonctionnement d un système. Ainsi, à partir d une conversation téléphonique, qui le met en relation avec une téléopératrice désirant lui vanter les qualités d un produit financier, l auteur nous démontre en quoi cette situation d interaction élémentaire s avère révélatrice d un rapport social né d un processus de délitement du langage. L existence d un tel environnement est, selon lui, rendue possible par l incapacité à « l appréhender et le nommer ». C est en substituant, en lieu et place de l échange et de l interaction sociale, la puissance de l indicible et de l innommable, que la « crise » s accommode, à des fins utilitaristes, de la ruine du langage. Car la « crise » est précisément ce qui relève d un vide: en l occurrence le vide de sens et de représentation, remplacé par la « technique oratoire de l urgence ». La « crise » n est donc pas ce mal « invisible » qui plane, comme une épée de Damoclès, au-dessus de chacune de nos têtes. Elle est bien plutôt ce qui vient s ancrer subrepticement au c ur même des relations quotidiennes, de ce « vécu » qui parvient à rendre « supportable » à tous ce qui est « insupportable » à chacun. Il s agirait d un doux euphémisme que de vouloir circonscrire cette « crise » à un mal d ordre financier. Prenant ses racines dans le langage, c est à une crise de la culture que nous sommes confrontés. En affirmant que l « accès à la raison anthropologique de la crise n est pas la chasse gardée d une élite de spécialistes », Eric Chauvier contribue, par l intermédiaire de cet ouvrage, à alerter ses contemporains sur la nécessité impérieuse de se réapproprier le langage.
Les Miscellanées de Mr. Schott sont un ouvrage sans équivalent. A tel point unique qu'il est impossible à définir. Encyclopédie ? Dictionnaire ? Almanach ? Anthologie ? Fourre-tout ? Vade-mecum ? Tout cela, et - bien sûr - beaucoup plus. Recueil de futilités pas toujours futiles, de bagatelles souvent primordiales, Les Miscellanées de Mr. Schott ne se veulent ni exhaustives, ni définitives, ni même utiles. En revanche, elles se veulent essentielles. On peut - à la rigueur - vivre sans ce livre mais ce serait là, selon les mots mêmes de son auteur, une tentative bien étrange - et bien téméraire. Qu'on en juge. Quel autre ouvrage peut se targuer d'offrir dans sa table des matières la longueur des lacets de chaussures, le langage des signes, la liste des sept péchés capitaux, la façon de dire "je t'aime" dans 44 langues différentes (dont le morse) ? Dans quel autre ouvrage trouvera-t-on réunis, sur la même page, le nom des coups du golf, l'histoire de la taxe sur les chapeaux, la liste des morts violentes dans l'histoire du rock, celle des insultes utilisées par Shakespeare dans ses pièces et les couleurs du drapeau de la Guadeloupe ? Où donc, si ce n'est dans Les Miscellanées de Ben Schott, pourra-t-on trouver la liste des 12 travaux d'Hercule, celle des différents modes opératoires des crimes élucidés par Mrs Marple ou des fournisseurs officiels de la reine d'Angleterre ? On l'aura compris, les Miscellanées de Mr. Schott sont aussi réjouissantes qu'indispensables : elles offrent la quintessence de l'esprit et de l'humour anglais, mélange de rigueur et d'absurde, de précision et de fantaisie. Le plus fort, peut-être c'est qu'au bout du compte, l'ouvrage se révèle effectivement pratique : un véritable couteau suisse sous forme de livre. Last, but not least : le livre en lui-même, par sa reliure, l'attention maniaque portée par l'auteur à la typographie, à la mise en page, au papier, est objet d'une grande élégance.
Dès 1933, Edmund Husserl, d'ascendance juive, se voit rayé de la liste officielle des professeurs d'université. Peu après sa mort, le père Van Breda, alors étudiant à Louvain, rencontre sa veuve en 1938 à Fribourg. Devant la masse de documents qu'il découvre, dont maints inédits et une bibliothèque de plus de 2700 volumes souvent annotés de la main du maître, Van Breda pressent que s'y trouvent les clefs pour retracer la genèse de la phénoménologie. Sa décision est prise : il faut créer un centre d'études dédié à cette oeuvre. Les précieuses archives doivent franchir les frontières du Reich. Van Breda entend coûte que coûte les sauver d'une destruction certaine, par les mêmes moyens dont usent les nazis dans leur entreprise de spoliation. Un périlleux périple commence dans la clandestinité.
La Chine est de plus en plus présente dans le monde, mais elle en est en même temps comme absente. Nous n'entendons pas sa voix. Jean François Billeter