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La petite ville
Chauvier Eric
AMSTERDAM
10,00 €
Épuisé
EAN :9782354801571
C'est ici, sur une carte mentale, la mienne probablement, dans un noeud de mémoire, à Saint-Yrieix la Perche, petite ville française du sud du département de la Haute-Vienne, que je suis né (Une nuit de neige et de vent, je m'en souviens comme si c'était hier), le 17 novembre 1971, dans une chambre de la maternité de la ville. Tout au long du XXe siècle naissent en ce lieu des milliers d'Arédiens - le nom donné aux habitants de Saint-Yrieix la Perche, étymologiquement référés à Arédius, le saint qui, dit-on, fonda la ville (ton père était venu à la maternité avec tes grands-parents...). Mais aujourd'hui ce temps est révolu (C'était une nuit très froide), car ce lieu prévu pour donner la vie (Il y avait des congères le long des routes), comme la plupart des usines, comme l'abattoir, comme les magasins du centre-ville, comme les enfants courant dans les rues, criant, riant, explorant ce monde - qui va bientôt disparaître -, a disparu à jamais."
Les exemples de professionnalisation de l'anthropologie regroupés dans ce livre portent sur des domaines divers: la sphère du travail social, celle du médico-social, celle du consulting et celle de la production de logiciels. Le point commun entre ces situations, même si elles incitent inégalement à l'optimisme, est qu'elles sont en train de se construire. Si elles n'ont pas encore de statut satisfaisant, certaines d'entre elles sont largement porteuses d'espoirs. Cette enquête indigène (celle d'un anthropologue sur ses congénères), propose de donner aux jeunes chercheurs et aux pourvoyeurs de projets professionnalisants des outils relatifs à des implications récentes et inédites de notre discipline. Pour autant, cette enquête ne prétend pas "tout dire" sur la professionnalisation. Elle cherche d'une part à restituer ce que des situations et des expériences singulières comportent de problématique dans des contextes de professionnalisation et, d'autre part, à apprécier comment ces situations sont traversées par des questions plus larges. Il s'agit toujours de suggérer le général en faisant parler le singulier.
« C est que du bonheur », une phrase en apparence anodine, mais qui vient ponctuer, telle une grinçante ritournelle, l ouvrage d Eric Chauvier. Cinq mots, inéluctablement associés au souvenir d une ex-petite amie, le cas X, qui vit de relations sociales superficielles et se contente de satisfactions futiles dans l acquisition de biens matériels. La phrase de X passe d abord inaperçue, (l amour rend aveugle) et agit comme un écran illusoire. Mais, suite à leur rupture, l impossibilité évidente de s en accommoder saute aux yeux de l auteur. L emploi de l expression « c est que du bonheur » devient alors, pour lui, l occasion d une réflexion plus approfondie sur le langage. A partir d une expérience personnelle, l auteur construit une étude dont la forme oscille entre récit et essai. C est que du bonheur en dit beaucoup sur l époque qui l a engendrée. Cet énoncé rompt avec la logique qui fait du langage un préalable à l échange. L auteur souligne le pouvoir performatif de cette phrase qui ne se destine qu à clore une conversation et réclamer un acquiescement. Loin de l idée classique de nommer plus justement le monde, de dire le vrai, ou de l idée plus romantique d explorer sa spécificité et son moi, le langage est devenu, lui aussi, un outil de consommation voué à la jouissance immédiate. L auteur parvient ainsi à démontrer que le langage permet de circonscrire l époque, et inversement. L énoncé « c est que du bonheur » stigmatise et écarte, tels des trouble-fête, tous ceux qui n adhèrent pas à l idée d un bonheur artificiellement construit. Pour sortir d une telle impasse, il devient de plus en plus impérieux et nécessaire, selon l auteur, de tracer une voie nouvelle. Car tenter d exister, ne serait-ce qu en marge et hors des sentiers battus, est aussi la promesse d un bonheur ou du moins d une joie réellement authentique.
Interpelé par un article sur la mocheté de la banlieue paru dans un hebdomadaire de la capitale, en l'occurrence Télérama, Eric Chauvier dresse un tableau de la réalité quotidienne des zones périurbaines contemporaines. Sous la forme d'un carnet de notes à mi-chemin entre l'écrit littéraire et l'enquête ethnologique, il définit l essence de cette société demeurant habituellement dans l ombre. Il la met en lumière sous... le "clair de lune des réverbères". L'auteur, lui-même résident de cette périphérie méprisée, en est justement un des acteurs. C'est pourtant bien à une étude sociologique qu'il s'attelle, renfermant moult anecdotes ironiques, cyniques ou bien tout simplement drôles depuis le traditionnel jogging et les rencontres improbables dans des hypermarchés anonymes jusqu'à la gestion des excréments animaux. Ce faisant, il exprime sa révolte contre le jugement de classe déguisé en jugement esthétique émis par des journalistes bien-pensants. Fort d'une argumentation originale, limpide et pleine d humour, ce témoignage persuade par son réalisme et sa poignante véracité. Un livre dans lequel le mot "contestation" prend vie, énoncée par un trublion qui ose, lui, s élever contre ce qui le dérange.
En ce début de XXIe siècle, vingt ans après la chute des vieilles bastilles, à Berlin puis en Afrique du Sud, des murs sont construits frénétiquement aux quatre coins du monde: en Palestine, entre le Mexique et les Etats-Unis, l'Inde et le Pakistan, l'Arabie Saoudite et l'Irak, l'Afrique du Sud et le Zimbabwe, la Thaïlande et la Malaisie, l'Ouzbékistan et la Kirghizie... Sans compter tous les murs intérieurs, gated communities et autres checkpoints qui partitionnent et régulent les espaces nationaux. Alors que le XXe siècle avait prétendu se clore sur la promesse d'une ère d'échanges et de prospérité, des tensions nouvelles sont apparues, entre la fermeture et l'ouverture, l'universalisation et la stratification. Et ce monde qui se pensait en termes de flux et de circulations n'a depuis cessé de mettre en place des filtres et des dispositifs, largement dématérialisés, de surveillance et de contrôle. Dans ce contexte, que peuvent bien signifier ces murs terriblement concrets, d'acier et de béton, grillagés ou couverts de barbelés, sortes de survivances d'un autre âge? S'ils se révèlent largement inefficaces sur le plan fonctionnel, leur pouvoir discursif, symbolique et théâtral est incontestable: ils fonctionnent comme les icônes d'un pouvoir souverain et d'une nation préservée. Mais là où l'interprétation dominante en déduit que ces murs sont les symptômes d'États-nations renforcés, Wendy Brown y décèle au contraire un déclin avancé de la souveraineté étatique. Et selon elle, celle-ci se redistribue au profit d'autres entités désormais plus puissantes: le capital et la religion.
Comment, au milieu du XIXe siècle, Paris a-t-elle pu devenir l'incarnation urbaine de la modernité ? Pour répondre à cette question, David Harvey a exploré les mutations connues par la ville à cette époque : transformation physique, avec les grands projets d'Haussmann, qui remplace le plan médiéval par les grands boulevards ; transformation économique, avec une nouvelle forme de capitalisme dominée par les puissances financières et industrielles ; transformation culturelle, avec l'irruption de ce qu'on appellera plus tard le modernisme ; transformation sociale, avec l'émergence de violents antagonismes de classes qui atteignent leur paroxysme dans les révolutions de 1848 et de 1871. En présentant la ville moderne comme le produit instable de forces hétérogènes et contradictoires, David Harvey nous offre une image vivante du fonctionnement de Paris ainsi qu'une vision panoramique de la période décisive que fut le Second Empire. Mais cette analyse de la ville moderne est aussi l'occasion d'une réflexion magistrale sur la ville contemporaine - sur la part de la population dans l'urbanisation, sur son accès aux ressources, en somme sur le "droit à la ville".
Bâtonner (verbe) : action de copier-coller une dépêche fournie par une agence de presse en la remaniant à la marge. Pratique ordinaire, le bâtonnage résume à lui seul ce que le productivisme fait aux médias. C'est ce que montre le livre de Sophie Eustache, fruit d'une longue enquête, en nous immergeant dans les rédactions, web notamment. Mises en concurrence, celles-ci sont sommées de produire des contenus par les patrons de presse. Pendant que les sommités du journalisme pontifient, les ouvriers spécialisés de l'information, rivés à leur desk, travaillent à la chaîne. Dépossédés de leur savoir-faire par une organisation du travail taylorisée, leurs cadences s'accélèrent, leurs gestes s'automatisent. L'information, paramétrée par les algorithmes, est usinée en série dans les open spaces. Et dans cette course à la productivité, la fusion du néolibéralisme et du numérique détériore les conditions de travail et le travail lui-même. Dès lors, comment se fait-il que les travailleurs de l'information continuent de consentir à ce qu'ils font ? Si Bâtonner décrit la transformation des pratiques professionnelles, il interroge aussi les mécanismes de l'aliénation. Déqualifiée et disqualifiée, la profession proteste mais continue de se croire indispensable à la vertu publique. Toujours prompte à "checker" et "décoder" les fake news des autres, elle en oublie souvent que, réduit à une marchandise, le journalisme n'est pas l'ami du peuple, mais un vice qui corrompt la langue, la pensée et, avec elles, la possibilité de la démocratie.
Le procès de Nuremberg (1945-1946) est devenu un symbole, celui d'un grand événement de justice internationale qui a permis d'affirmer que l'idéologie nazie ne devait pas rester impunie et relevait d'une nouvelle incrimination : le crime contre l'humanité. Cet ouvrage, qui place la focale sur la France, vient combler un important vide historiographique. La contribution française rappelle en effet que la justice internationale résulte d'un long travail de tractations politico-juridiques entre les Alliés, commencé dès 1941, et dans lequel les Français de Londres ont joué un rôle central. A Nuremberg, la délégation française dissone avec la logique américaine du procès. Elle s'inscrit dans une tradition humaniste remontant aux Lumières, critique certains choix juridiques et fait venir des résistants à la barre, quand les Anglo-Saxons ne jurent -ou presque- que par les documents écrits. Ainsi, Marie-Claude Vaillant-Couturier impressionne en évoquant les camps de concentration et la destruction des Juifs. Le procès de Nuremberg a été en partie emporté par la guerre froide et la décolonisation. Mais la contribution française reste une invitation à réfléchir sur la nécessité d'engagements clairs de la part de protagonistes décidés, si l'on veut faire advenir une justice internationale fondatrice d'humanité.