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Revue d'histoire de l'enfance "irrégulière" N° 26, septembre 2024 : Les enfants en cases
Chauvaud Frédéric ; Yvorel Jean-Jacques
ANAMOSA
23,00 €
Épuisé
EAN :9782381910895
Enfants battus, séquestrés ou abandonnés, discriminés et pourchassés, vagabonds du me siècle ou "mineurs non accompagnés" d'aujourd'hui, sont autant de figures d'une enfance mise en cases. Qu'ils aient commis des écarts à la loi ou aux normes, ou qu'ils soient victimes de mauvais traitements, ces mineur-es sont tout à la fois des sujets bien réels de notre actualité (de la guerre aux violences sexuelles) et des personnages de légende. De Gavroche à Monsieur Choc, ils et elles forgent une véritable culture dont la bande dessinée, en tant que forme d'expression artistique et populaire, se fait l'écho. Pour établir le spectre de cet imaginaire, deux spécialistes de l'histoire de la justice pénale et de la jeunesse ont réuni la contribution de chercheurs à l'intersection de l'histoire et de la critique littéraire, du documentaire et de la fiction. Entre histoire sociale et histoire culturelle, l'image kaléidoscopique de l'enfance mise en cases se déploie des banlieues de Turin à Mayotte ou La Réunion, où le jeune créole Tiburce est habité par la cruauté ; dans le Japon corseté de l'après-guerre puissamment dépeint parle légendaire mangaka Osamu Tezuka dans Ayako ; dans le Cameroun et le Gabon contemporains où l'albinisme est perçu comme un handicap.
Sentiment d'inquiétude que l'âme éprouve à la présence ou à la pensée du danger" telle est la définition de la peur donnée par le Grand Dictionnaire universel dit XIXe siècle de Pierre Larousse. Ouvert dans les années 1970, le dossier de la peur, "composante majeure de l'expérience humaine", s'attachait principalement à la fin de l'époque médiévale et à l'époque moderne. Il méritait donc d'être revisité et poursuivi à un moment où les sondages auscultent les arrière-pensées et tentent de dévoiler les angoisses du présent et celles de l'avenir. Pour les lexicographes et les spécialistes de la psychologie, la peur est d'abord "l'ennemie intime" des hommes et des femmes isolées ou vivant en collectivité. Mais tout le monde n'est pas accessible de la même manière à la peur. Des sociétés peuvent y succomber toute entière, d'autres y faire face. La peur, "sentiment universel" peut être réelle, provoquée par une menace attestée, mais elle peut aussi être imaginée et susciter davantage d'incertitude et d'angoisse que les peurs effectives face à un risque connu. Les peurs connaissent de multiples nuances et degrés et ne sont pas immuables. Elles fonctionnent souvent par cycle. La perception d'un danger et les craintes plus ou moins vives suscitées peuvent surgir brusquement, disparaître et resurgir. Pour aborder ce vaste territoire, les expressions, les perceptions et les effets ont été privilégiés à partir de quatre entrées: les images et les mots relatifs à la peur; les peurs suscitées par les éléments déchaînés; les peurs sociales et l'effroi suscité par une situation ou une catégorie; et enfin les peurs publiques allant de la frayeur face la guerre civile à l'anxiété devant les populations flottantes représentées par les mendiants.
Si les violences et les conflits ruraux ont fait l'objet d'importants travaux, il n'en est pas de même pour la justice. En effet, "la justice à la campagne" a été en grande partie délaissée par la recherche. Or la notion de justice, placée aujourd'hui au centre de nombreux travaux et réflexions, tant à l'échelle européenne qu'à l'échelle internationale, s'avère ambivalente et complexe puisqu'elle peut aller de la demande d'une meilleure justice sociale à la volonté de saisir les inégalités socio-spatiales afin d'assurer des aménagements du territoire qui correspondent aux aspirations des acteurs. Dans les perceptions communes, la justice se confond avec l'institution judiciaire, c'est-à-dire avec le "système des tribunaux", mais elle déborde le seul examen de l'appareil judicaire. Prise dans l'univers des sociétés rurales, la justice est un outil de régulation sociale et d'arbitrage, mais elle est aussi prise dans une multiplicité d'usages, depuis les stratégies d'évitement jusqu'à des processus d'instrumentalisation en passant par des formes d'ignorance réciproques. Pour aborder ce vaste champ de recherche, trois entrées ont été privilégiées. La première traite plus particulièrement de la justice spatiale et de l'équité des territoires. La deuxième aborde la question de la proximité et du pluralisme, la troisième et dernière est consacrée aux processus d'instrumentalisation et d'accommodation. Le présent ouvrage, issu des travaux de chercheurs venant de plusieurs disciplines (Histoire, Droit, Sociologie, Géographie, Histoire de l'art) a pour ambition de confronter les approches, de rendre compte de la vitalité de la recherche et des enjeux qu'elle révèle en les inscrivant dans la longue durée, de la fin de l'Ancien Régime à nos jours.
L'imaginaire de la Belle Epoque et des Années Folles est tout entier colonisé par le judiciaire. Depuis, films et feuilletons, séries noires et histoires du crime se sont multipliés au point de saturer l'univers des images et des représentations dans lequel nous vivons. Au coeur de cet imaginaire se trouve la cour d'assises, souvent assimilée à une pièce de théâtre ou à un spectacle. Maurice Garçon écrivait en 1928: "au lieu de sentiments imaginés, de situations inventées, ce sont des personnages vivants qui étalent leurs passions, montrent leurs douleurs, exposent leurs tares, proclament leur effroi". Fondé sur le dépouillement de très nombreux récits de procès, la présente étude constitue le premier ouvrage historique sur le fonctionnement, de l'intérieur, de la juridiction la plus célèbre du système pénal. Aux dires de nombreux observateurs, les palais de justice semblent avoir été bâtis pour accueillir des récits de vie, des paroles extravagantes, des histoires de corps lacérés et d'âmes pantelantes. Pour restituer les audiences, sans doute faut-il s'intéresser, tout d'abord, à la scène judiciaire, aux comptes-rendus de procès rédigés par les "tribunaliers", et à la façon dont les débats sont menés. Il importe aussi de retrouver les manières de parler, les gestes esquissés, les larmes versées et les regards échangés. Enfin, pour rendre compte du "drame judiciaire" lui-même, il faut encore suivre les "héros des cours d'assises", saisit le mystère du passage à l'acte, s'attacher à la transformation du réel en judiciaire. L'histoire de la cour d'assises entre 1881 et 1932 s'avère essentielle pour comprendre la justice pénale contemporaine, à condition de se montrer attentif au cadre, à l'atmosphère, aux contraintes d'espace et de temps, au rituel judiciaire, aux plaies de la société perçues comme des blessures individuelles.
A l'époque de la Première Guerre, les crimes de Landru, les grèves ouvrières, les mauvais traitements infligés aux animaux apparaissent comme les ultimes manifestations de la force brutale. Et pourtant, au début de la Restauration les coups sont fréquents et le sang coule d'abondance. Pierre Rivière égorge sa famille, les maisonnées et le voisinage connaissent de funestes démêlés, les pugilats au village comme les rixes en rase campagne foisonnent, les émeutes et la répression rythment le siècle. Comment est-on passé d'une époque où la brutalité était familière à une autre qui a rejeté toutes les formes de violence ? L'ouvrage retrace cette grande métamorphose à travers les pratiques, les discours et les perceptions.
Si le "dire vrai" et le "faire science" sont vitaux dans nos sociétés traversées par de multiples crises, des controverses sur les innovations technologiques au Covid-19, les mésusages de la science prolifèrent pourtant. Assumant à la fois sa charge polémique et un attachement à la connaissance scientifique pour elle-même, cet essai renoue avec un idéal éthique de la science. La " science " évoque des réalités très contrastées. Le mot est encore doté d'un certain prestige dans les sociétés où sa pratique a été mise en avant à raison. En ce sens, il dénote une recherche de la vérité qui, depuis l'essor des institutions scientifiques modernes tout au long du 19e siècle, n'ont pas cessé d'inspirer des communautés savantes toutes disciplines confondues. Ce sens n'en est pas moins relativisé aujourd'hui, car il sert à tout et n'importe quoi, notamment à faire passer des opinions pour plus vraies qu'elles ne le sont ou à faire prospérer le commerce d'usurpateurs. Sociologue des sciences et techniques, Arnaud Saint-Martin rétablit la pertinence de lieux communs et d'idées fondatrices de la science telle que nous devrions l'entendre. A partir d'exemples choisis, de la pratique de l'astronomie et d'autres sciences, il explique pourquoi il n'a jamais été aussi important de défendre l'établissement de vérités et de connaissances robustes sur le monde qui nous entoure. Cette recherche revêt en plus une grande valeur culturelle et appelle un certain sens du partage, les connaissances scientifiques constituant un patrimoine commun à entretenir quoi qu'il en coûte. On comprendra à la lecture que la défense et illustration de cette recherche sans fin est solidaire d'une politique de la science.
Entre politique, droit et éthique, une nouvelle vision doit contribuer à remettre en cause les liens d'une domination délétère qui caractérisent nos rapports avec ce (et donc ceux) qui nous entourent. Le moment est venu de faire monde autrement. L'impression tous les jours plus nette que nous vivons dans un monde diversement abîmé se cristallise particulièrement bien quand il est question d'environnement. En la matière (car c'en est bien une, physique et chimique), les éléments du diagnostic sont, dans leur quasi-totalité, sans appel : climat, biodiversité, eau, air, sols, ressources naturelles... l'avenir paraît bien sombre. La conscience des enjeux et des risques a beau croître, la notion d'environnement est toujours plus fuyante, le sentiment d'impuissance s'intensifiant au rythme de notre consommation vorace du monde. La crise écologique majeure que nous traversons (et qui finira par nous traverser) est pourtant une occasion inespérée d'explorer de nouvelles pistes, notamment celle d'une démocratie écologique prenant appui sur une conception repensée, inclusive et pacifiée, de nos relations avec la Nature. Entre politique, droit et éthique, une nouvelle vision doit contribuer à remettre en cause les liens d'une domination délétère qui caractérisent nos rapports avec ce (et donc ceux) qui nous entourent. Le moment est venu de faire monde autrement.
Les seins des femmes sont-ils le siège visible, désigné, ressenti du féminin ? Ils sont en tous cas au coeur de tensions à la fois intimes et sociales, voire politiques, enjeu de l'assignation des femmes à des normes immémoriales et lieu d'une émancipation revendiquée. Cet essai en dévoile les mille et un signaux à travers une enquête où les femmes livrent leur expérience vécue. Ronds, fermes et hauts, ni trop petits ni trop gros, à la fois sexy et nourriciers, les seins des femmes sont l'objet d'assignations, d'injonctions et de fantasmes innombrables. Or l'expérience de chacune et de chacun est bien loin de se conformer à ces idéaux. Ces standards sont donc fréquemment vécus comme un poison et les seins réels invisibilisé. Camille Froidevaux-Metterie a mené une enquête auprès de femmes de tous âges, qui déroulent le fil de leur existence au prisme de leurs seins : de leur apparition au port du soutien-gorge, de la séduction au plaisir sexuel, du poids des normes esthétiques à la transformation volontaire ou contrainte par la chirurgie, de l'allaitement à la maladie... Grands oubliés des luttes féministes, appartenant à la fois à la sphère intime et à la sphère sociale, les seins condensent le tout de l'expérience vécue du féminin contemporain, soit ce mixte paradoxal d'aliénation et de libération. Ce constat s'inscrit dans une dynamique puissante que l'autrice appelle "tournant génital du féminisme", mouvement de réappropriation du corps des femmes dans ses dimensions les plus intimes : mieux connaître les organes génitaux et leur fonctionnement, lutter contre les violences sexistes et sexuelles, revendiquer l'accès à une sexualité libre et égalitaire placée sous le signe du consentement. Dans la pluralité de leurs formes et la liberté de leur condition, les seins participent de ce mouvement. Au cours de son enquête, l'autrice a réalisé des portraits des seins des femmes qui évoquent avec force en regard des verbatims et de l'analyse de cette "expérience vécue des seins".
Résumé : Pour sa 8e livraison, Sensibilités interroge les relations que nos sociétés contemporaines entretiennent avec la mort. Qu'elle emporte un être cher ou tue aveuglément, la mort écartèle nos affects et consciences entre des réalités antagonistes que les articles envisagent, chaque fois, à travers des situations incarnées : peau tatouée, vêtement de deuil, minute de silence ou traversée attentive d'un cimetière de quartier, sont quelques-unes des explorations d'un lien aux morts trop souvent pensé, à la suite de Philippe Ariès, comme distancié, médicalisé sinon dématérialisé. Il sera notamment observé comment la chair des vivants souffre de ses morts et montre sa souffrance au regard social pour lui conférer un surcroît de sens. Comment elle se plie à des injonctions de deuil pour accompagner la mémoire des absents, autant que pour retenir en elle les corps disparus.