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ROUSSEAU DE L EMPIRISME A L EXPERIENCE
CHARRAK
VRIN
19,00 €
Épuisé
EAN :9782711624560
L'un des traits constants de la pensée de Rousseau réside dans la méditation qu'il poursuit jusqu'à la fin de sa vie sur l'amour de soi - sur l'affection essentielle de l'être sensible et intelligent. Mais les ressources mobilisées dans cette entreprise ne demeurent pas les mêmes tout au long de l'oeuvre et elles se forgent avant tout dans un effort d'appropriation puis de mise à distance de la philosophie de son temps. C'est cet effort méthodologique qui est analysé dans le présent ouvrage. Du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité à l'Émile, Rousseau perfectionne un empirisme qui confère son caractère systématique à la " théorie de l'homme " mais qui, à terme, révèle ses limites dans l'examen des idées sublimes (l'ordre du monde voulu par Dieu, l'existence de l'âme) que l'homme moderne doit prendre en vue. Aussi importe-t-il de comprendre de quelle façon Rousseau abandonne cette perspective au long des recherches qui, en 1778, aboutissent à l'oeuvre ultime achevée au seuil de la mort : Les Rêveries du promeneur solitaire. Le cheminement que l'on peut retracer en suivant la voie royale de la méthode découvre une dernière philosophie de Rousseau, où la clarification d'expériences décisives (l'accident, la rêverie) se substitue au style philosophique de l'époque pour découvrir les conditions d'un bonheur effectif.
La publication de l'Emile, en 1762, restitue au problème de l'éducation sa place centrale en philosophie. De ses premiers mois jusqu'à la rencontre amoureuse, Emile est suivi dans chaque étape, à travers des expériences qui attestent d'abord le souci de considérer « l'enfant dans l'enfant », au lieu de le sortir de son âge. Rousseau montre qu'il est possible d'éduquer un homme selon la nature et de quelle façon les vices et l'inégalité caractérisent désormais la condition humaine: double enjeu qui constitue sa « théorie de l'homme ». La richesse incomparable de ce maître-livre tient aussi aux tensions qui le parcourent. Rousseau refuse le péché originel mais il doit rendre raison du mal et de la souffrance que ce dogme interdisait d'ignorer; il critique les philosophes de son temps mais il pousse à ses limites leur méthode empiriste; il proclame: «je hais les livres», mais il fournit le panorama le plus juste et le plus instruit de la culture du XVIIIe siècle, en face de l'Encyclopédie et, pour partie, contre elle. Parus ensemble, Emile et le Contrat social furent condamnés à Paris puis à Genève: la force du traité d'éducation n'échappa pas aux censeurs, même si Rousseau prétendait ne livrer que « les rêveries d'un visionnaire ». Car la forme même de la fiction arrache l'ouvrage aux circonstances: pas plus que ses lecteurs des Lumières, nous ne sommes à l'abri de ses leçons.
Tout au long de l'âge classique, la question du statut scientifique de la musique occupe les meilleurs esprits, de Beeckman et Descartes à Euler et d'Alembert. Les grands enjeux de cette confrontation entre musique et mathématisation des phénomènes s'illustrent particulièrement dans la tentative de Jean-Philippe Rameau pour fonder en nature le système de l'harmonie et le sentiment qui nous la manifeste. Cette entreprise associe en effet une conception nouvelle et originale des principes de l'écriture musicale (ce que l'on désignera plus tard comme tonalité harmonique), des spéculations arithmétiques plus traditionnelles et les résultats expérimentaux d'une physique de la vibration dont les concepts (ainsi l'élasticité) se dégagent depuis la fin du XVIIe siècle. A cet égard, la théorie ramiste fournit aux encyclopédistes le motif d'une réflexion épistémologique sur les conditions d'une application légitime des sciences les unes aux autres. Mais l'ambition de découvrir l'origine naturelle de l'harmonie mobilise également des hypothèses sur la perception musicale, qui articule des caractères physiologiques et une activité configuratrice dont l'élucidation (s'agit-il d'un jugement, ou d'un sentiment simple ?) suscite l'opposition exemplaire de Rousseau à Diderot. Le problème des fondements de l'harmonie éclaire donc d'un jour nouveau l'empirisme des Lumières, comme théorie de la connaissance et comme philosophie de la perception.
Ce livre n'est pas un exposé de la métaphysique cartésienne, mais s'attache à la pensée qui l'anime et qui cherche en elle son expression. Ce mot "expression" introduit un premier postulat : une philosophie n'a de sens que par référence à une certaine vision du monde dont précisément elle veut être l'expression. A l'origine il y a un esprit qui regarde l'univers, l'homme, Dieu et qui s'étonne de les voir comme on ne les a encore jamais vus. Qui dit "expression" dit donc volonté de communication. La vision du monde - c'est le second postulat - n'est en aucune façon une sorte d'essence intemporelle et elle ne peut être séparée de son "environnement" historique. Ainsi tout texte a deux contexte : l'ensemble ordonné d'idées duquel il tient son sens et un certain dialogue qu'il doit rendre propice à la transmission de ce sens.