Le temps des hommes doubles : Louis Aragon a désigné ainsi la séparation voire l'opposition entre l'homme social et l'homme privé dans la société capitaliste. Pour les auteurs réunis ici, il s'agit plutôt de signifier qu'au temps de la souveraineté nationale en armes, dès lors que sont plus rigoureusement assignées aux soldats et aux citoyens à la fois une "identité" et une "cause" supposées dépasser leur état civil et leurs intérêts particuliers, l'occupation militaire multiplie, dans la recherche d'une accommodation entre les deux camps, les tensions et les combinaisons possibles entre fonctions ou statuts publics, sociabilités et influences locales, opinions et besoins. Pour caractériser les évolutions qui ont eu lieu entre les guerres déclarées par la France à l'Autriche en 1792 et à la Prusse en 1370, le présent livre met l'accent sur trois thèmes. Il traite d'abord des enjeux politiques et administratifs de l'occupation, parmi lesquels la neutralité, son devenir en tant que concept dans les relations internationales, et le positionnement des Etats neutres dans des conflits où l'on s'efforce de mobiliser aussi les opinions publiques. L'attention se porte ensuite sur les armées occupantes. Quelle que soit la part d'idéologie que l'autorité politique introduit dans leurs missions, la première de ces missions est de garantir leur propre sécurité. La recherche des accommodements ou le constat de l'extrême difficulté d'en trouer sont enfin abordés du point de vue des sociétés en proie à l'occupation. Dans ces situations où le présent peut être vécu et interprété en fonction d'une mémoire individuelle et collective d'expériences antérieures, le rôle joué par les occupants ne se réduit pas à la brutalité de la soldatesque et a l'exploitation économique. Ainsi, occupants et occupés peuvent aussi être amenés à jouer, même dans un contexte conflictuel, le rôle de passeurs culturels "malgré eux".
Cet ouvrage s'appuie sur la correspondance inédite entre le philosophe Henri Bergson et Jacques Chevalier - son disciple et son confident. Bergson, issu d'une famille juive pratiquante, se rapproche du catholicisme, sans renier la religion de ses parents. Chevalier, catholique, est moderniste par son approche des questions théologiques, mais intégriste sur les questions de société. Bergson et Chevalier ne sont pas que des philosophes. Ils participent activement à la vie de leur pays. Bergson soutient avec force l'engagement de la France dans la guerre contre l'Allemagne. Plus tard, il contribue à celui des Etats-Unis. A l'issue de la Première Guerre mondiale, il concourt à la création du futur UNESCO. Chevalier, ministre du maréchal Pétain mais proche de Lord Halifax, est au centre de négociations secrètes entre Londres et Vichy en 1940. Cet ouvrage écrit des moments de l'histoire de notre temps, mais aussi de l'histoire de la pensée.
L?école de Jules Ferry, qui incarne dans la mémoire collective l?égalitarisme de la IIIe République, est généralement identifiée à l?école rurale à classe unique, qui serait alors une véritable petite république scolaire placée sous la direction d?un de ces hussards noirs célébrés par Charles Péguy en 1913. Mais, au-delà de ces représentations mythifiées de la communale, qu?en était-il à cette époque dans les grands établissements urbains de la capitale et de sa banlieue ? La thématique de l?ouvrage est centrale : celle de la mise en place de l?école gratuite et obligatoire républicaine par Jules Ferry et ses successeurs jusqu?en 1914. L?auteur analyse le développement de cette scolarisation, mais aussi ses limites, au travers du prisme d?une étude de cas : celui du département de la Seine, de Paris. L?étude des rapports de la société urbaine à l?école républicaine est indissociable du fonctionnement institutionnel de cette dernière et de l?idéologie méritocratique dont il est le reflet. La réalité historique de l?école publique urbaine de la IIIe République peut alors nourrir une réflexion plus générale sur le rôle de l?école dans la perpétuation des inégalités sociales et culturelles.
En tant que conception politique déterminant l'ensemble des relations extérieures d'un État, la neutralité est un phénomène récent. Ce n'est qu'à partir de la garantie de la "neutralité perpétuelle" par le Congrès de Vienne que la Confédération helvétique peut affirmer une véritable vocation à la neutralité. Mais cette dernière a pris corps auparavant, à partir des menaces que représentèrent les guerres européennes du XVIIe siècle pour la cohésion des ligues suisses. Par ailleurs, du XVe au XVIIIe siècle, un peu partout en Europe, des acteurs très différents tentent de limiter l'impact des guerres par de multiples pratiques de neutralisation. Dans les monarchies, ces pratiques témoignent de l'utilisation par des acteurs subalternes de marges de manoeuvre entre leur propre prince et les puissances qui les menacent. Par rapport à une histoire de "la" neutralité au singulier, l'ample horizon géographique et chronologique dans lequel sont étudiées ces neutralités, au pluriel, constitue l'originalité du présent volume. Les pratiques de neutralisation, de sauvegarde et d'accommodement en temps de guerre de l'époque moderne sont étudiées dans une perspective européenne, abordant, outre le Corps helvétique, le Saint Empire, les monarchies française et espagnole, ainsi que les espaces maritimes atlantique et méditerranéen. Elles invitent à varier les approches et les points de vue sur plusieurs histoires croisées: histoire de la diplomatie et de la guerre, du pouvoir et de ses limites, histoire aussi des moyens dont disposent les populations pour préserver leurs intérêts jusque sous le régime de l'occupation militaire.
L'histoire des poches de l'Atlantique reste largement méconnue, fragmentée en de multiples récits locaux décrivant largement les combats et les combattants ou les souffrances des civils, sans analyser les enjeux politiques et militaires, sans présenter l'avant et l'après. Cet ouvrage ne prétend pas à l'exhaustivité, mais revient sur des thématiques méconnues ou des réalités souvent complexes. L'ouvrage s'organise en cinq parties : une première revient sur la constitution et l'histoire de ces fronts en distinguant deux réalités très différentes, les poches bretonnes et celles du sud-ouest.Une seconde partie s'intéresse aux enjeux de ces ports forteresses pour les belligérants, les Allemands et les Français. Les assiégés et les assiégeants sont au coeur de la troisième partie, en posant le regard sur les exemples concrets de Lorient et de Saint-Nazaire, mais également sur les combattants, les FFI, les forces françaises et les troupes de l'Est. La quatrième et la cinquième partie renouvellent l'histoire des poches en abordant des sujets originaux, la Libération et sa planification, l'épuration, la restauration de l'Etat, la reconstruction, en particulier par l'exemple de Saint-Nazaire, puis la mémoire et les commémorations.Cet ouvrage apporte une vision différente et originale de l'histoire singulière de ces poches de l'Atlantique.
Au Moyen-Age le pouvoir se conjugue aussi au féminin. A rebours de la conception française du rôle des princesses de haut rang définie par la loi salique, les comtés de Flandre et de Hainaut sont, entre 1244 et 1503, le lieu d'exercice d'un pouvoir par les femmes. Marguerite de Constantinople, Marguerite de Flandre, Jacqueline de Bavière ou encore Marie de Bourgogne ne sont pas seulement filles, épouses, et mères : elles sont avant tout des femmes régnantes. Outils de validation et de pouvoir, leurs sceaux permettent de définir les contours de leur pouvoir politique et la singularité de leur statut. Par leurs spécificités iconographiques, héraldiques et emblématiques, les sceaux des princesses soulignent la place des femmes au sein de leurs lignées et comtés. Ce corpus sigillaire inédit, mis en regard avec les actes au bas desquels ils sont apposés (chartes, mandements, quittances), révèle les effets concrets de leur gouvernement. A travers l'histoire des pratiques de l'écrit et des représentations, ce sont les pratiques politiques des comtesses de Flandre et de Hainaut qui sont interrogées. In fine, cet ouvrage sur le pouvoir des femmes et les femmes de pouvoir se veut une contribution à l'histoire des femmes et du genre. Préface de Olivier Mattéoni
A Rome, religion et pouvoir sont étroitement imbriqués, comme le montre le relief en couverture du volume : autour de l'autel, le dieu (Mars en l'occurrence) et le magistrat veillent de concert à la clôture des opérations du census qui, tous les cinq ans, définissaient la place de chacun dans la communauté civique. Cet ouvrage permet de mieux appréhender les rapports entre religion et pouvoir dans le cadre des collectivités romaines, de la deuxième guerre punique à la fin des Sévères. Avec les pratiques rituelles pour fil conducteur, il privilégie trois problématiques : les institutions, les acteurs dans leurs espaces et pratiques, et les changements face à l'évolution des situations historiques. L'enquête est nourrie des renouvellements historiographiques opérés depuis deux générations dans l'histoire des religions comme dans l'histoire politique et sociale du monde romain.
Le secteur culturel vit une période de profondes remises en cause. Les politiques culturelles doivent se réinventer, notamment dans leurs liens aux publics. Dès lors, il ne s'agit plus de considérer les publics comme tels, mais comme des personnes qui portent et produisent leur propre culture. Cette posture, défendue par le référentiel des droits culturels, interroge les contributions des différentes parties prenantes de l'écosystème concerné. Ainsi, de la création aux enjeux de diffusion, d'appropriation et de participation, toutes les fonctions de la chaîne de valeurs artistiques sont interrogées : qui est créateur (légitime), diffuseur, prescripteur ? Sans oublier le numérique, nouvel espace médiatique, qui contribue également à redistribuer les rôles. Cet ouvrage, par une approche pluridisciplinaire renouvelée, présente plusieurs analyses tant conceptuelles qu'empiriques de ce nouveau contexte. Il permet d'en éclairer les différents enjeux : comment passer de la notion de publics (voire de non-publics) à celle de personne ? Comment passer d'enjeux transactionnels (partages ponctuels) à des enjeux relationnels (logiques apprenantes longitudinales) ? Comment les différents acteurs se saisissent du numérique dans ces nouveaux processus ?