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Les damné·es de la scène. Penser les controverses théâtrales sur le racisme
Cervulle Maxime ; Hamidi Bérénice
PU VINCENNES
23,00 €
Épuisé
EAN :9782379244865
Entre débats houleux, manifestations devant les salles de spectacles, interruptions de représentations ou demandes de déprogrammation, depuis une quinzaine d'années la vie théâtrale française est régulièrement émaillée de controverses sur le racisme. Toutes présentent un même scénario : des spectacles visant à dénoncer des injustices liées au racisme ou à l'histoire coloniale en viennent à susciter des réactions indignées... qui font à leur tour l'objet d'une indignation virulente. De quoi la multiplication de ces affaires est-elle le signe ? En quoi renseigne-t-elle sur des reconfigurations idéologiques en cours dans le champ théâtral et plus largement dans les champs médiatique, intellectuel et politique ? Au travers de contributions pluridisciplinaires, cet ouvrage documente le développement d'un activisme antiraciste en terrain culturel et la mise en circulation de nouveaux critères d'évaluation des oeuvres, qui excèdent le seul niveau esthétique et pluralisent les discours sur la responsabilité sociale des artistes et des institutions culturelles. Prenant à revers la panique morale autour de la "cancel culture", le livre étudie la configuration de ces controverses, leur structure argumentative et les concepts mobilisés ("blackface", appropriation culturelle", etc.). Il explore leurs effets sur l'institution théâtrale, des débats sur la liberté de création à la promotion d'une plus grande diversité des corps, des voix et des récits sur les scènes.
Qu'ils soient rendus invisibles par les mécanismes de ségrégation urbaine ou qualifiés de «minorités visibles» par les institutions publiques chargées de la régulation des médias, les groupes sociaux les plus vulnérables au racisme semblent pris au piège de la dialectique du visible et de l'invisible. Appréhendée ainsi, la catégorie de «race» elle-même peut être conçue comme une «image persistante», une trace sédimentée des cultures coloniales qui aurait perduré en imprégnant les nombreuses médiations sociales et techniques qui se superposent au regard. L'enchevêtrement des régimes de visibilité et du racisme se manifeste à divers niveaux : dans les modes de production de l'information et de mise en récit du monde social, dans la distribution différenciée des espaces et temps sociaux, voire dans les techniques mêmes de production du champ visuel et perceptif, qui sont issues d'une histoire racialement marquée. C'est ce dernier aspect que ce dixième numéro de la revue Poli souhaite appréhender : penser la recomposition permanente du visible et de l'invisible à partir de la question de la production et reproduction technique de la «race». Ce numéro propose d'interroger les formes d'intensification du racisme permises par la technologie. Si le sens commun pare la technologie d'une aura de neutralité, sa conception et ses usages se trouvent toutefois configurés par les différents aspects de la conflictualité sociale. Aussi peut-on se demander dans quelle mesure la «race» n'est-elle pas le funeste fantôme dans la machine ?
La question de l'historicité du regard, et des dynamiques socio-politiques multiples qui participent de son façonnage, a longtemps été l'objet d'intérêt exclusif de l'histoire de l'art. L'émergence des Cultural Studies à partir des années 1960, s'appuyant notamment sur la sémiotique critique de Roland Barthes, des études féministes au tournant des années 1970, avec la conceptualisation du "male gaze" , et enfin des "Visual Studie"s dans les années 1980 a largement participé du renouvellement de la problématique de la construction sociale du regard et élargi le spectre des méthodes employées pour l'étudier. Ces approches ont mis l'accent sur la dimension sensible et intériorisée des rapports sociaux. Elles ont tracé les contours d'une politique de la perception par laquelle la visibilité sociale se trouve inégalement distribuée.
L'absence de diversité sur les écrans et les planches est régulièrement décriée. Où sont les visages, les accents, les récits multiples qui composent le pays ? Et comment agir pour élargir les imaginaires cinématographiques, télévisuels et théâtraux ? Pour répondre à ces questions, Maxime Cervulle et Sarah Lécossais ont mené l'enquête. Leur étude rend compte des expériences de ces comédiennes et comédiens que l'on désigne encore comme "issus de la diversité" et permet de comprendre la manière dont les pratiques professionnelles en matière de distribution artistique conduisent à les écarter. Le constat qu'ils dressent est saisissant. Il donne à voir la manière dont les assignations configurent les trajectoires professionnelles des actrices et acteurs perçus comme non blancs, dessinant simultanément les contours d'opportunités et d'obstacles, les frontières des rôles prescrits et proscrits. Du temps de la formation aux phases du recrutement, des plateaux de tournage aux coulisses de théâtres, leur carrière se trouve sous l'emprise de catégories ethnoraciales dont il est difficile - et rare - de pouvoir se défaire. C'est ainsi la mécanique des discriminations dans les industries culturelles, et leur profonde banalisation, qui se trouvent exposées : entre assignations à des rôles stéréotypés, relégation à des places subalternes et racisme ordinaire sur les plateaux.
Résumé : Qu'est-ce que la culture ? Et quels sont les ressorts culturels du changement social ? Le projet critique des Cultural Studies, qui émerge en Grande-Bretagne dans les années 1960 avant de s'internationaliser, est sous-tendu par ce questionnement. L'un de ses traits distinctifs est une définition anthropologique de la culture, mobilisée pour embrasser une multitude d'objets : des représentations médiatiques aux pratiques des publics, des modes de vie aux styles, des identités aux performances. Ces objets sont appréhendés comme autant de lieux de conflictualité, qui activent et déplacent les rapports sociaux de classe, de genre, et de sexualité. En dressant un panorama des multiples champs d'étude qui se sont développés dans le sillage des Cultural Studies, cet ouvrage rend compte de leurs apports théoriques et méthodologiques pour les sciences humaines et sociales.