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L'accent du souvenir
Cerquiglini Bernard
MINUIT
22,00 €
Épuisé
EAN :9782707315366
C'est en 1740 seulement, quand elle publia la troisième édition de son dictionnaire, que l'Académie française introduisit l'accent circonflexe dans l'orthographe du français. Après deux siècles de polémiques, durant lesquels cet accent fut avec constance le champion de l'innovation, du progrès, de la modernité. Et tandis qu'il était, avec une opiniâtreté non moins égale, rejeté et moqué par les tenants de l'orthographe traditionnelle. L'amour de l'accent circonflexe, conservatisme bénin, tendre attachement au modeste " chapeau " des voyelles, possède donc une histoire. Et cette histoire est paradoxale : elle raconte l'émergence difficile du signe qui figure éminemment aujourd'hui la graphie du français, le respect qu'on lui doit, l'affection qu'on lui porte. Cette histoire dévoile ce qui fonde nos pratiques d'écriture. Au centre de la question orthographique depuis le XVIe siècle, et au coeur des querelles et débats, où il va occuper les positions moderniste et conservatrice ; au carrefour de l'oral et de l'écrit, de l'usage et de la raison, de la mémoire et de l'oubli, l'accent circonflexe révèle l'ambiguïté de l'orthographe française. Il en illustre la passion. Cet ouvrage est paru en 1995.
Tel est le constat éclairant du linguiste Bernard Cerquiglini qui, durant toute la période de la pandémie, a pris le pouls de la langue française, évalué la façon vigoureuse dont celle-ci a combattu la crise sanitaire par le génie de l'inventivité verbale. Que ressort-il de cette auscultation prolongée par les confinements successifs ? Que notre languie, en s'adaptant à l'angoissante nouvelle réalité et en la nommant avec clarté, a montré sa bonne santé. Que le français — comme l'attestent les extraits du Petit Larousse illustré donnés dans cet ouvrage — était déjà équipé d'un vocabulaire éprouvé dans les domaines de la médecine, de la biologie, de la biochimie ou de la génétique et qu'il s'est enrichi de nombreux néologismes lors de cette épidémie. Que la population française a su s'approprier ou réactiver efficacement ce lexique pour affronter la situation. Car c'est aussi grâce aux mots, ces mots qui aident à comprendre et qui sont venus renforcer la mobilisation générale, que nous avons pu faire face à la pandémie.
Dans quelles conditions la linguistique contemporaine peut-elle approcher la syntaxe de l'ancien français ? Ici nous ne disposons pas d'intuitions, mais de textes. Ce qui entraîne la thèse suivante : la recherche, traversée par les théories actuelles, en particulier énonciatives, seules capables d'instituer en problème la disparate des données, doit adopter une pratique conforme à son objet : la langue d'oeuvres manuscrites non fixées. L'analyse joint à l'hypothèse linguistique l'apport des savoirs philologique et littéraire ; elle reconstitue l'unité du médiévisme. Etudier la représentation de la parole éclaire et justifie cette procédure totalisante. Le discours dans cette littérature naissante unit la syntaxe et le style ; l'énoncé confronte le code de la langue à celui de la communication esthétique. Ainsi, une forme d'écriture nouvelle, la prose, se crée au XIIIe siècle, dans un rapport suspicieux à la parole ; ainsi, un élément énonciatif complexe, l'adverbe mar, figure la profération médiévale du malheur. Phénomènes d'écriture et d'énonciation, signes et signaux participent à une édification. Cette parole monumentale fait résonner en littérature ce qui est le lien et la mémoire de la société médiévale : la voix humaine. Toute parole engage, donne sens. Représentée, elle gagne une rigueur qui place la rhétorique du discours entre le théâtre et le droit. Cet ouvrage est paru en 1981.
La naissance du français est un acte politique: en 842, Les Serments de Strasbourg sont écrits dans deux langues vivantes dont l'une, romane, marque les débuts officiels du français. Ce « protofrançais », ayant ainsi accédé à l'écriture, reçoit alors une forme commune et acquiert un statut politique. Cet ouvrage retrace l'histoire des origines de notre langue et de sa mise en écrit au Moyen Âge.
Résumé : Nous sommes plus de 200 millions à parler le français, sur cinq continents. Les terres sont nombreuses en effet où la langue française se développe en dehors de son carcan académique. Elle reçoit les couleurs de chacun des pays où elle se déploie naturellement, créant des termes propres, des locutions particulières, des façons de dire aussi diverses que légitimes : chaque bouture y prend racine et s'élève, libre et vivace. Le français tire une force accrue de cette diversité, qui illustre sa vitalité et garantit son avenir. Cette floraison vigoureuse nous offre un vocabulaire immense et chatoyant. Bernard Cerquiglini s'en fait ici le chantre éclairé et malicieux, convaincu que nous gagnerions tous, au quotidien, dès l'avant-jour et jusqu'à la brunante, à faire nôtre ce si savoureux français augmenté.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.
L'espace lisse, ou Nomos : sa différence avec l'espace strié. - Ce qui remplit l'espace lisse : le corps, sa différence avec l'organisme. - Ce qui se distribue dans cet espace : rhizome, meutes et multiplicités, - Ce qui se passe : les devenirs et les intensités. - Les coordonnées tracées : territoires, terre et déterritorialisations, Cosmos. - Les signes correspondants, le langage et la musique (les ritournelles). - Agencement des espaces-temps : machine de guerre et appareil d'Etat. Chaque thème est censé constituer un "plateau", c'est-à-dire une région continue d'intensités. Le raccordement des régions se fait à la fois de proche en proche et à distance, suivant des lignes de rhizome, qui concernent les éléments de l'art, de la science et de la politique.
Il y a le stigmate d'infamie, tel la fleur de lys gravée au fer rouge sur l'épaule des galériens. Il y a les stigmates sacrés qui frappent les mystiques. Il y a les stigmates que laissent la maladie ou l'accident. Il y a les stigmates de l'alcoolisme et ceux qu'inflige l'emploi des drogues. Il y a la peau du Noir, l'étoile du Juif, les façons de l'homosexuel. Il y a enfin le dossier de police du militant et, plus généralement, ce que l'on sait de quelqu'un qui a fait ou été quelque chose, et "ces gens-là, vous savez..." Le point commun de tout cela ? Marquer une différence et assigner une place : une différence entre ceux qui se disent "normaux" et les hommes qui ne le sont pas tout à fait (ou, plus exactement, les anormaux qui ne sont pas tout à fait des hommes) ; une place dans un jeu qui, mené selon les règles, permet aux uns de se sentir à bon compte supérieurs devant le Noir, virils devant l'homosexuel, etc., et donne aux autres l'assurance, fragile, qu'à tout le moins on ne les lynchera pas, et aussi l'espoir tranquillisant que, peut-être, un jour, ils passeront de l'autre côté de la barrière.