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Le Cantique des cantiques. Des pourpres de Salomon à l'anémone des champs
Cazeaux Jacques
CERF
27,00 €
Épuisé
EAN :9782204086844
D'abord suspect, le Cantique des cantiques a finalement été admis clans le canon biblique. Et non seulement admis, mais exalté: il est chez les Juifs récité lors de la Pâque, voire à chaque entrée clans le Chabbat par certaines communautés. La raison de cette promotion fulgurante n'est autre que l'interprétation allégorique déchiffrant dans le dialogue de l'amant et de l'amante une parabole de l'Alliance liant le Dieu d'Israël à son Peuple. Plus récemment, c'est au nom de la valeur directe de l'amour humain que l'on justifie après coup la place du Cantique clans la Bible, et des commentaires en tirent même un érotisme exacerbé. Mais entre l'allégorie traditionnelle et l'érotisme à la mode, il est possible de lire le Cantique comme le produit d'une joute entre poètes de cour. Il suffit de partir des trois énigmes finales, opposant la puissance artificielle à la simple présence de l'amant et de l'amante. Elles offraient à des lettrés un défi de poésie. Sept sages l'ont relevé pour broder leurs variations. Le roi Salomon, aux mille femmes et tout de grandeur artificielle, leur sert d'emblème, de repère, ce qui explique le caractère précieux des poèmes. Mais il sert en même temps de cible. Le Cantique oppose en effet le choix de l'amour direct, immédiat, à la volonté de puissance qui est dans le Prince. Cette critique de la puissance comme l'appel à la solidité de chaque être s'accordent au projet de la Bible entière, qui passe par la politique pour dire le religieux. Biographie: Jacques Cazeaux, docteur ès lettres, chercheur au CNRS (MOM de Lyon), a mis sa méthode d'analyse proprement littéraire au service de la Bible. Son ?uvre s'étend actuellement de la première page de la Bible, Le Partage de minuit: essai sur la Genèse (Éd. du Cerf), jusqu'aux livres des Rois. Son dernier livre (2007), La Contre-épopée du désert, est un essai sur Exode, Lévitique, Nombres (Éd. du Cerf).
Il s'agit ici de traverser la Genèse comme qui traverserait le Pacifique à la rame: en profitant de chaque vague. Le livre est volumineux? Comme son lecteur n'est pas obligé de le lire d'un trait et en suivant, mais peut l'aborder par telle ou telle page - la Création, mais aussi bien Abraham, Noé ou joseph... -, chaque section fournit un regard sur l'ensemble et l'on n'a pas économisé les reprises. Paradoxalement, la lecture en devient plus confortable. Un jour, les belles traditions historiques, des légendes, voire de vieux mythes, ont été rassemblés pour les judéens revenus d'exil. On pouvait être tenté de réveiller en eux l'orgueil nationaliste et par exemple, le désir d'indépendance ou celui d'une royauté. Mais le livre de la Genèse leur propose au contraire un tableau des origines des Nations et d'Israël plus nuancé. Un homme est blessé. Israël est blessé, et si l'on annonce son rôle parmi toutes les Nations, ce sera celui du service joseph et ses frères finissent exilés en Égypte. Les rois désirent deux choses, un bon territoire et un fils aîné? La Genèse écarte l'un et l'autre au profit d'une sorte d'abdication: elle veut purger en l'homme la volonté de puissance. Le vide ainsi obtenu est alors rempli de l'heureuse Présence de Dieu et du frère. Ce que les Prophètes disent d'une voix terrible, la Genèse le monnaie avec lenteur, par des récits à la fois populaires et sages. Et les vieilles légendes, les mythes, les souvenirs historiques sont reliés, patinés, unifiés par une conscience littéraire très sûre. C'est précisément cette finesse, cet art simple et subtil en même temps, que Le partage de minuit voudrait donner à saisir.
Biographie de l'auteur Jacques Cazeaux, docteur ès lettres, membre au CNRS de la Maison de l'Orient et de la Méditerranée, propose des essais, décidément littéraires (voir Histoire, utopie, mystique. Ouvrir la Bible comme un livre, Éd. du Cerf, 2003), point sur Proust, Philon, Platon et, surtout, la Bible.
Un premier roi, Saül, élu contre la volonté de Dieu, et fou à l'évidence; un deuxième, David, usurpateur, partagé entre sagesse et folie, qui préfère Jérusalem à Bethléem, et dont tout le règne est occupé de luttes intestines; un troisième, Salomon, le roi des rois, dont la chronique se confond avec celle du Temple qu'il édifie; mais soudain la Corvée royale qui a permis ce grand ?uvre d'apparente piété se solde par le schisme qui éloigne dix Tribus sur les douze constituant le véritable Israël: le roi présumé le plus sage a commis une folie meurtrière et sans retour. La Bible hébraïque a intitulé ces chroniques « Premiers prophètes », titre qui dit mieux que celui de nos bibles modernes (« Livres historiques ») l'intention de ces textes largement indépendants de l'histoire. L'analyse de Jacques Cazeaux montre par le détail comment, en mettant en page à sa manière des légendes et sans doute des pans d'archives, le rédacteur de Samuel-Rois s'est livré à une sévère critique, transformant le tout en une « moralité » anti-monarchiste. Brossée en ses trois tableaux, elle met en scène les trois rois, Saül, David et Salomon.
Un soleil qui arrête sa course. Ce miracle, le plus spectaculaire de la Bible, se produit au bénéfice d'étrangers qui se sont frauduleusement insinués sur la terre d'Israël - c'est dans le livre de Josué contre Benjamin, une tribu majeure d'Israël - c'est dans le livre des Juges. Booz qui sauve l'héritage de femmes sans hommes, assure le bornage, le Cadastre, qui est le sacrement d'un Israël fédéral et fraternel - c'est dans le petit livre de Ruth. Pourtant, ces textes, et d'autres, ont été lus dans le sens d'un nationalisme, terrestre ou mystique. Ils embarrassent la conscience morale des modernes. Or, nous pouvons les lire comme des prophéties, liées, comme on dit en cuisine, hors du fourneau de l'Histoire. Ils sont antinationalistes, antimonarchiques, plus précisément, et ils disent à Israël que sa terre, c'est la Loi. Il n'y a aucune apologétique à inventer pour lire les guerres de la Bible parce qu'elles sont barrées : à peine sorti d'Egypte, Israël sera déclaré pire que les Egyptiens, puisque menacé des mêmes plaies. Sa grandeur est d'avoir dénoncé le crime de la volonté de la puissance. La lecture ici proposée est de critique littéraire, au sens français du terme. Elle montre que ces livres ne sont pas seulement des archives, mais des thèses issues de l'échec de la royauté, ou plutôt de hautes prophéties, des drames superbes et poignants, une anti-épopée.