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Pascal Quignard ou Les leçons de ténèbres de la littérature
Calle-Gruber Mireille
GALILEE
20,00 €
Épuisé
EAN :9782718609775
La grande pureté et la transparence de l'air, qui sont une des causes de l'intensité de la couleur bleue du ciel, produisent vers le haut du mont Blanc un singulier phénomène : c'est que l'on peut y voir les étoiles en plein jour ; mais pour cela, il faut être entièrement à l'ombre et voir même, au-dessus de sa tête, une épaisseur d'ombre considérable. L'endroit convenable pour faire cette observation le matin était la montée qui conduit à l'épaule du mont Blanc" (Horace-Bénédict de Saussure). Qu'est-ce qui, pour chaque oeuvre littéraire, fait épaule à l'obscurité considérable qui sera porteuse d'éblouissants étoilements ? D'émotions sans pareil ? Pour Pascal Quignard, écrivain nyctalope qui cherche les secrets du passage au noir, la littérature est cette technique ténébreuse qui fait venir le rêve et éclaire le monde de la beauté de ses images à contre-jour à contre-nuit. Ce livre, qui est une écriture adressée à une écriture, s'efforce de faire et de transmettre l'expérience intime du texte. De se faire l'écho de ce lieu où accueillir les traits de ce qui cherche obscurément à donner naissance aux mystères des origines et des fins. A cela qui appelle. Qui, décidément, s'appelle : littérature.
Dirigé par Mireille Calle-Gruber. L'oeuvre de Pascal Quignard est multiple par la diversité des domaines artistiques dans lesquels il excelle ; musique, dessin, cinéma, littérature... Le Cahier de L'Herne se propose d'explorer ces différentes facettes en retraçant l'itinéraire artistique de Pascal Quignard ; son parcours de musicien et ses nombreuses créations originales, ses collaborations avec compositeurs, scénaristes, musiciens et metteurs en scène dans le cadre de performances artisiques, son oeuvre littéraire tout à fait inclassable, qui oscille entre roman, essais philosophique, autobiographie, écrits historiques, poésie... Nous dévoilons par ailleurs dans ce volume, le manuscrit inédit du Petit Cupidon, plusieurs textes inédits et de nombreux dessins en couleur de Pascal Quignard. CAHIER CENTRAL DE 15 DESSINS DE PASCAL QUIGNARD, EN COULEUR.
Je ne connais d'autres sentiers de la création que ceux ouverts par le cheminement même de l'écriture". C'est ce trajet infini de Claude Simon vers la nécessité poétique du texte captant les choses du monde, que la lecture ici entend retracer. Car l'oeuvre se révèle le lieu d'une impressionnante réflexion sur l'expérience de l'humain - être-à-la-mort, être au monde et au temps. Aux temps pluriels. Considérant l'ensemble des livres, on verra ainsi comment l'écrivain donne formes à l'informe: à ces "lamelles de temps" que sont les mots passés au crible du récit. Le Grand Temps désigne le paradoxe que sécrète l'écriture: la monumentalité de l'Histoire et de l'Oubli dans notre siècle de violences; l'urgence d'une remémoration et d'une recomposition fragmentaires; et, pour ce faire, le recours à une autobiographie qui fait le portait d'une mémoire. La réédition de cet ouvrage, qui était épuisé, accompagne la publication par Mireille Calle-Gruber de la Biographie Claude Simon: Une vie à écrire, Seuil, 2011.
Tombeau d'Akhnaton entrelace en douze scansions - telles les douze portes de la nuit dans le Livre des morts de l'ancienne Egypte -, un récit doublement archéologique celui d'Akhnaton avec son épouse Néfertiti, le Pharaon hérétique et visionnaire, architecte de la cité solaire ; et celui d'une généalogie de femmes de la vie ordinaire, en France, dans les événements du XXe siècle, historiques ou personnels. Récit de l'impossible, l'on y voit que le Livre est le seul tombeau où recueillir les traces du Pharaon sans tombeau et maudit ; et où garder mémoire des mères-aïeules de la narration que le mystère des albums de famille retient à des années-lumière. Il faut aller loin pour trouver la langue qui approche le plus près de soi : au vif de la perte des êtres aimés. Avec l'écriture - " comme un désir de femme, immortelle et qui va ".
Aller aux mystères de la scène du livre, aux temps de l'A. ant, de son avènement, de son effacement, écrire la joie d'aller à l'écriture, de se laisser aller à la joie qu'il y ait de quoi écrire : Hélène Cixous est dans cette enjambée qui la tient à tous les âges du récit. Au comble de l'écriture. Car l'écrivain est à la fois dans le trait - bête de trait au labour du texte - et au point d'illumination où il arrive qu'on ose oser, où il est donné d'oser écrire. Le livre est alors la fragile embarcation de traversées vouées à l'inconnu ; l'intrigue, ce sont les menées de la langue lorsqu'elle prend par les racines, fait des rejetons, des combinaisons, révélant nos théâtres intimes les plus enfouis. Nos gisants. Tout est langue : là est le territoire où opérer. Ecrire où ça vibre. Dans la veine du devenir. En prenant le parti de la créature et de la création, le livre inscrit la topologie d'un auteur-fantômes. A l'œuvre, Hélène Cixous veille à déconstruire aussi bien les prisons du moi que les prises d'auteur ; à délivrer aux lecteurs un visa pour l'inconnu-soi. L'" Auteur ", ni auctorial ni autoritaire, est le site des revenants et des partants. Il donne jour, donne vie, donne lieux à naissances. Du café à l'éternité dit tout cela : l'infime et le sublime de l'être-au-monde. Et ces traversées dans l'œuvre cixousienne s'efforcent de désarmer la lecture, de lui donner les moyens de l'accueil. L'envol. Un double dispositif, par suite, s'est imposé, qui permet de jouer des distances. L'analyse procède tantôt avec la longue-vue tantôt à l'aide de la loupe, alternant des plages d'essais interprétant les motifs majeurs de l'œuvre, et des passages du texte au crible d'un déchiffrement mot à mot. Ce trajet à deux vitesses a semblé le plus apte à rendre compte de la perpétuelle accommodation qui requiert 1'œi1 de la lecture. Car celle qui écrit est plurielle ; l'écriture de ses voyages est moins métaphore que phosphore : porteuse de lumière, de feu.
Nous y sommes, elle craque, cette vieille peau du monde. Elle se dessèche, se desquame. On ne peut plus la toucher. Nous ne pouvons plus nous toucher. Les croûtes et les escarres de la lèpre... Non, Maldoror, tu ne savais pas à quel point serait vérifié ce que tu annonçais. Nous y sommes, nos cancers nous bouffent, nous bouffons des particules, partout on crève de faim et de peur, notre technologie vacille sous ses grands airs transhumains. Nous y sommes sans que personne sache où nous sommes. Nous nous touchons cependant tout en touchant à nos limites. Qu'est-ce que traverser un temps qui n'avance plus ? Quel est ce présent qui nous est fait, privé d'avenir comme de passé ? Il n'y a rien de catastrophiste ni d'apocalyptique à penser que l'existence comme telle peut se trouver exposée, violemment, à sa propre fugacité et finitude ? et même que ce soit là qu'elle prend sa valeur infinie, unique et insubstituable. L'homme passe infiniment l'homme : on peut dire que cette phrase de Pascal a ouvert la saison qui nous vient.
Il ne s'agit pas d'ajouter quelque chose à Derrida. Pas non plus de suppléer à des manques chez lui. Rien du double sens de ce mot — supplément — dont il a fait une de ses signatures conceptuelles. De manière générale, on ne complète ni on ne remplace jamais rien dans l'oeuvre d'un auteur : elle vaut telle qu'elle existe. Je pense plutôt à un troisième sens du mot, à ce sens littéraire ou journalistique selon lequel on joint une publication à une autre pour offrir un autre registre ou un autre aspect (un supplément illustré, sonore, ou bien encore le Supplément au voyage de Bougainville...). Ces textes écrits au gré des circonstances — colloques, ouvrages collectifs — et au fil de vingt-cinq années ne sont ni des études, ni des commentaires, ni des interprétations de la pensée de Derrida. Ce sont, pour le dire ainsi, des réponses à sa présence — telle qu'elle est venue et qu'à nouveau elle nous vient, supplément d'elle-même.
Démocrite fut dans la Grèce antique un philosophe matérialiste fêté, qui parcourut le monde. Lors de son périple jusqu'en Inde, il a constaté la vilenie des hommes, à la suite de quoi il fit construire une petite cabane au fond de son jardin pour y finir en sage le restant de ses jours. Je nomme tentation de Démocrite et recours au forêt ce mouvement de repli sur son âme dans un monde détestable. Le monde d'avant-hier, c'est celui d'aujourd'hui, ce sera aussi celui de demain: les intrigues politiques, les calamités de la guerre, les jeux de pouvoir, la stratégie cynique des puissants, l'enchaînement des trahisons, la complicité de la plupart des philosophes, les gens de Dieu qui se révèlent gens du Diable, la mécanique des passions tristes ? envie, jalousie, haine, ressenti-ment le triomphe de l'injustice, le règne de la cri-tique médiocre, la domination des renégats, le sang, les crimes, le meurtre... Le repli sur son âme consiste à retrouver le sens de la terre, autrement dit, à se réconcilier avec l'essentiel: le mouvement des astres, la logique de la course des planètes, la coïncidence avec les éléments, le rythme des saisons qui apprennent à bien mourir, l'inscription de son destin dans la nécessité de la nature. Fatigué des misères de ce temps qui sont les ancestrales souffrances du monde, il faut planter un chêne, le regarder pousser, débiter ses planches, les voir sécher et s'en faire un cercueil dans lequel on ira prendre sa place dans la terre, c'est-à-dire dans le cosmos.