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Revue d'Architectures N° 268, décembre 2018
Caille Emmanuel
D ARCHITECTURE
15,00 €
Épuisé
EAN :3663322102073
Genre architecture Parce que les étudiantes sont en France aujourd'hui majoritaires dans les écoles d'architecture, parce que la présence des femmes dans la profession augmente chaque année et que leurs réalisations - lorsqu'elles accèdent, trop rarement, à la commande - sont célébrées par la critique à égalité avec celles des hommes, on pourrait croire que la question du féminisme ne se pose plus dans le monde des architectes. Il subsiste pourtant encore beaucoup d'inégalités ; il n'est qu'à voir le peu de femmes présentes dans la tête du classement des agences d'architecture par chiffre d'affaires que nous publions ce mois-ci. Ne pas s'interroger sur le genre dans un monde aujourd'hui fortement traversé par cette question serait surtout se priver d'une dimension essentielle qui lie l'architecture à la société. On sait que l'espace de la ville est souvent déterminé par les comportements masculins, mais qu'en est-il de l'architecture ? D'aucuns associent les femmes à un art de bâtir qui serait plus sensuel, doux, voire coloré ! Ce marketing bassement opportuniste renvoie aux pires clichés du machisme : Monsieur maîtrise les choses sérieuses pendant que Madame choisit les rideaux. Car même si l'oeuvre dessinée de Lequeu (1757-1828) - auquel nous consacrons quelques sulfureuses pages - pourrait le faire croire, le genre relève sans doute moins des formes que des stratégies de conception ou, plus simplement, d'une manière d'exercer la profession. C'est peut-être en cela que la question est importante : au-delà des problèmes de parité ou de justice, elle nous oblige à penser autrement la pratique du projet. Une question à laquelle nous n'avons évidemment pas la prétention de répondre ici. Mais à l'heure où les acquis des combats féministes sont violemment remis en cause, même en Occident, il était plus que temps de l'aborder dans nos pages.
Ce qui peut rendre passionnant la conception avec des matériaux de construction non conventionnels, que ce soient les nouveaux matériaux composites, la terre crue ou ceux de récupération et de réemploi, cest quils nous offrent lopportunité de reconsidérer entièrement notre manière daborder le projet. Epaisseur, poids, résistance, matérialité : lorsque tout change, les processus de mise en oeuvre sont à repenser, provoquant par cette remise à plat un questionnement de léconomie, de la réglementation et bien sûr de la forme de lespace que toutes ces sujétions déterminent. Lusage du métal ou du béton a ainsi radicalement changé le cours de lhistoire de larchitecture il y a un siècle. Les matériaux composites à ne pas confondre avec le plastique ne produiront peut-être pas le même bouleversement, mais ils pourraient bientôt faire bouger les lignes. Des expériences des années 1960, nous avions surtout retenu la grande liberté de forme que cette matière entre tissage et moulage offrait aux rêveurs de la pop culture. Longtemps suspects, parce que ses composants ne sont pour linstant pas recyclables, les composites sont pourtant très vertueux dès quils sont envisagés dans une approche globale, notamment grâce à leur légèreté et à leur capacité disolation thermique. Lessor de la fabrication numérique ouvre également à ces matériaux des perspectives très stimulantes. Les matériaux composites font aujourdhui lobjet de multiples recherches et davancées significatives. Les réalisations que nous avons choisi de vous montrer, du Japon à la France en passant par le Moyen-Orient, témoignent de ces développements très prometteurs.
Agence Ter. Eustache Kossakowski, 6 mètres avant Paris. Avec Hans Kollhoff. Concours pour la modernisation du site du Quai d'Orsay. La quête de la qualité architecturale de l'habitat social est-elle menacée ? Loi ELAN : comment produire un habitat frugal dont la valeur perçue ne soit pas celle du low cost ? > Introduction : faim du temps L'architecture contre l'histoire Figures contemporaines de l'archaïsme Ruine à l'endroit Miroslav ik : entre tradition et nouveauté La Villette, des événements à contretemps. Institut des sciences moléculaires d'Orsay Résidence pour chercheurs, Villefranche-sur-Mer. Nouvel accueil du musée de Cluny, Paris 5
Depuis plusieurs décennies on assiste à l'inexorable déclin de l'intervention de la puissance publique sur l'espace urbain. Des pans entiers de nos villes sont insidieusement privatisés. La conception d'îlots et de quartiers, voire de gigantesques cités de loisir planifiées sur des terres agricoles, est désormais prise en charge par le secteur privé. Des grands groupes d'investisseurs et de promoteurs redessinent ces territoires selon leurs critères de rentabilité, les gèrent et les contrôlent selon leurs règles. Cette mutation pose de graves questions politiques, notamment sur la légitimité démocratique de telles décisions. Ces interrogations n'ont jamais véritablement fait débat et seule une minorité de professionnels - architectes, urbanistes, paysagistes - semblent s'en inquiéter. Mais privatisation n'est pas obligatoirement synonyme d'urbanisme générique ou réactionnaire. Avec le développement rapide du commerce sur Internet, les grandes enseignes s'inquiètent fort justement de la perte d'attractivité de leurs magasins. Après avoir siphonné les consommateurs des centres-villes et les avoir attirés dans les centres commerciaux en périphérie, certains redécouvrent les potentialités urbaines des grands îlots. Qui aurait cru que ces blocs rendus impénétrables, cloisonnés et digicodisés puissent à nouveau s'ouvrir au flux des piétons et à d'autres usages comme ils le furent autrefois ? Nous avons choisi de vous présenter plusieurs de ces projets récemment livrés ou en cours de l'être : l'Hôtel-Dieu à Lyon, La Samaritaine, l'îlot Sainte-Croix ou l'îlot Beaupassage à Paris. La réhabilitation d'ensembles immobiliers des années 1970, comme la tour Sunflower à la gare de Lyon, en s'ouvrant à nouveau sur leur environnement urbain, témoigne également de ce nouvel intérêt des maîtres d'ouvrage pour une ville ouverte, complexe, consciente de la richesse des sédimentations de son passé. Mais ce renouveau par un commerce qui s'adresse aux plus nantis ne renforce-t-il pas, malgré ses vertus, la ségrégation sociale qui menace tant nos métropoles ?