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Revue d'Architectures N° 260, mars 2018
Caille Emmanuel
D ARCHITECTURE
15,00 €
Épuisé
EAN :3663322097874
Ce qui peut rendre passionnant la conception avec des matériaux de construction non conventionnels, que ce soient les nouveaux matériaux composites, la terre crue ou ceux de récupération et de réemploi, cest quils nous offrent lopportunité de reconsidérer entièrement notre manière daborder le projet. Epaisseur, poids, résistance, matérialité : lorsque tout change, les processus de mise en oeuvre sont à repenser, provoquant par cette remise à plat un questionnement de léconomie, de la réglementation et bien sûr de la forme de lespace que toutes ces sujétions déterminent. Lusage du métal ou du béton a ainsi radicalement changé le cours de lhistoire de larchitecture il y a un siècle. Les matériaux composites à ne pas confondre avec le plastique ne produiront peut-être pas le même bouleversement, mais ils pourraient bientôt faire bouger les lignes. Des expériences des années 1960, nous avions surtout retenu la grande liberté de forme que cette matière entre tissage et moulage offrait aux rêveurs de la pop culture. Longtemps suspects, parce que ses composants ne sont pour linstant pas recyclables, les composites sont pourtant très vertueux dès quils sont envisagés dans une approche globale, notamment grâce à leur légèreté et à leur capacité disolation thermique. Lessor de la fabrication numérique ouvre également à ces matériaux des perspectives très stimulantes. Les matériaux composites font aujourdhui lobjet de multiples recherches et davancées significatives. Les réalisations que nous avons choisi de vous montrer, du Japon à la France en passant par le Moyen-Orient, témoignent de ces développements très prometteurs.
Genre architecture Parce que les étudiantes sont en France aujourd'hui majoritaires dans les écoles d'architecture, parce que la présence des femmes dans la profession augmente chaque année et que leurs réalisations - lorsqu'elles accèdent, trop rarement, à la commande - sont célébrées par la critique à égalité avec celles des hommes, on pourrait croire que la question du féminisme ne se pose plus dans le monde des architectes. Il subsiste pourtant encore beaucoup d'inégalités ; il n'est qu'à voir le peu de femmes présentes dans la tête du classement des agences d'architecture par chiffre d'affaires que nous publions ce mois-ci. Ne pas s'interroger sur le genre dans un monde aujourd'hui fortement traversé par cette question serait surtout se priver d'une dimension essentielle qui lie l'architecture à la société. On sait que l'espace de la ville est souvent déterminé par les comportements masculins, mais qu'en est-il de l'architecture ? D'aucuns associent les femmes à un art de bâtir qui serait plus sensuel, doux, voire coloré ! Ce marketing bassement opportuniste renvoie aux pires clichés du machisme : Monsieur maîtrise les choses sérieuses pendant que Madame choisit les rideaux. Car même si l'oeuvre dessinée de Lequeu (1757-1828) - auquel nous consacrons quelques sulfureuses pages - pourrait le faire croire, le genre relève sans doute moins des formes que des stratégies de conception ou, plus simplement, d'une manière d'exercer la profession. C'est peut-être en cela que la question est importante : au-delà des problèmes de parité ou de justice, elle nous oblige à penser autrement la pratique du projet. Une question à laquelle nous n'avons évidemment pas la prétention de répondre ici. Mais à l'heure où les acquis des combats féministes sont violemment remis en cause, même en Occident, il était plus que temps de l'aborder dans nos pages.