A la fin de l'année 1970, Adelina Tattilo, première éditrice féministe et libertaire italienne, décide de lancer un magazine d'un genre nouveau : l'hebdomadaire "eroticomico" Menelik. Parmi ses collaborateurs permanents, elle cherchait un dessinateur qui sût tout faire : l'anatomie féministe dans ce qu'elle a de plus alléchant, des couvertures percutantes, des bandes dessinées, des vignettes satiriques, et des illustrations coups de poing mêlant érotisme, humour et charge sociale. Adelina Tattilo chercha, et elle trouva? Guido Buzzelli. Ce troisième volume réunit ainsi des courtes bandes dessinées, des illustrations parodiques et des doubles-pages explosives, à l'image de cette collaboration brève (Menelik ne devait durer que deux ans), mais ô combien féconde. Buzzelli y enchaîne à coeur joie les visions d'horreur et de jubilation. Stupre, furie et Grand Guignol sont au rendez-vous à tous les étages. Sous son pinceau digne des maîtres italiens de la Renaissance, les faux-semblants s'annulent, les bonnes manières s'oublient, les limites entre les milieux, les générations et les espèces humaine et animale s'effacent. Débarrassée de son vernis de culture et de politesse, la société apparaît pour ce qu'elle est : une foire d'empoigne au sens propre du terme.
A travers les figures d’un monstrueux animal, synthèse d’un doux agneau et d’un chien méchant, et d’un metteur en scène qui propose à un double maléfique et criminel de tenir le rôle principal de sa pièce, Guido Buzzelli évoque la dualité d’une humanité capable du meilleur comme du pire. L’Agnone est un récit criminel haletant dont l’inspiration graphique n’est pas sans parenté avec les peintures noires d’un Goya. C’est aussi l’une des oeuvres majeures réalisée, dans les années soixante-dix, par un très grand artiste.
Résumé : En 1970, les lecteurs de Charlie Mensuel crurent voir une météorite traverser le ciel plutôt sage de la bande dessinée. Sous la signature de Guido Buzzelli, ils découvrirent, au fil d'histoires à dormir debout, un auteur se dessinant lui-même, d'abord imberbe, puis affublé d'une barbe noire, à la fois inquiet et inquiétant, parfaite victime expiatoire de la cruauté des hommes. Avec un humour grinçant, Buzzelli s'est dessiné laid, faible, paranoïaque et retors, se maltraitant sans mesure, jusqu'à disloquer son propre corps. Avant de réaliser des bandes dessinées, il fut un peintre et un dessinateur capable de tout représenter avec une même virtuosité : corps et visages humains, chevaux, fauves, rapaces, foules en furie, éléments déchaînés, atmosphères asphyxiantes. Georges Wolinski, son premier éditeur en France, le soulignait : "Il fut d'abord un peintre qui faisait des bandes dessinées en attendant de pouvoir vivre de son art." Avant d'ajouter : "Heureusement, il n'y est pas encore arrivé. Il est toujours obligé de dessiner dans les journaux." Buzzelli conjugue le grand art du dessin et celui d'une littérature inquiétante et pessimiste, où l'humour et le grotesque tiennent un rôle majeur. Il y a chez lui du Piranèse et du Goya ; il y a aussi du Gogol et du Kafka. Depuis la fin des années 1980, on l'a un peu oublié. Ses premiers éditeurs ne sont plus là, ses albums ne sont pas réédités. Comment a-t-on pu vivre pendant tout ce temps dans l'ignorance de cet esprit lucide et visionnaire, dont Wolinski disait avec justesse : "Les histoires qu'il raconte en bandes dessinées sont irracontables autrement qu'en bandes dessinées : il faut les voir pour les croire." ?
Résumé : La terre a été victime d'une catastrophe. Certains survivants se sont regroupés dans des villes, développant une technologie faite de contrôles vidéos au service de lois rigides. D'autres habitants errent dans une nature redevenue sauvage. Ils vivent d'élevage et de chasse, couchent dans d'anciennes épaves d'avion. Soudain, ces derniers découvrent un cheval venu d'ailleurs, capable de courir avec une extrême rapidité. Ils parviennent à le capturer, et ce sera le début de tous leurs malheurs, la bête s'avérant être un robot sophistiqué et les patrouilles venues de la ville tentent de récupérer celui-ci. Ce récit futuriste à la fois satirique et désespéré offre à Buzzelli, assisté de son scénariste Alexis Kostandi, l'occasion de se plonger dans un univers inédit pour lui.
Depuis des siècles, le tarot fascine et interroge par sa richesse symbolique. Derrière ses images colorées et ses arcanes mystérieux se cache une structure d'une précision insoupçonnée. Carlo Bozzelli, expert en tarot, en révèle une lecture inédite, accessible à tous : chacune des cartes s'inscrit dans un système codifié qui permet de comprendre l'essence véritable de leurs symboles. Selon cette théorie novatrice, le tarot conserve la mémoire d'un enseignement ancestral, transmis à travers les siècles et lié aux plus grands mystères du christianisme, dont celui de Marie Madeleine. Cette hypothèse audacieuse est parfaitement étayée par une démonstration logique et passionnante, fondée sur la structure cryptée des cartes. Et si le tarot n'était pas seulement un jeu de cartes, mais la clé oubliée d'un savoir millénaire enfoui ?
Au début des années 70, un jeune dessinateur qui signe Fournier commence à s?attaquer, dans les pages de Hara-Kiri, puis de Charlie Hebdo, à tous les pollueurs de la planète, des pétroliers du Torrey Canyon, aux chimistes de l?agro-alimentaire, en passant par les promoteurs du100% nucléaire, jusqu?aux arracheurs de haies et autres bétonneurs. Franc-tireur d?une résistance qui ne s?appelait pas encore écologique, Pierre Fournier réussit à alerter de nombreux contestataires, dont certains rescapés des communautés d?après 1968. Ces écolos n?ont pas de chef, pas de mouvement structuré, mais Fournier, en porte-parole véhément et en polémiste pugnace, dispose d?une tribune nationale avec Charlie-Hebdo, relayée en novembre 1972 par la création de son propre mensuel: La Gueule Ouverte. Les manifestations antinucléaires se succèdent et déplacent des milliers de personnes, un peu partout en France. Mais le 15 février 1973, Fournier meurt subitement d?une crise cardiaque. Il a trente-six ans. EDF et Rhône-Poulenc, réunis et soulagés, lui offrent virtuellement une somptueuse couronne mortuaire sous la plume de Cabu. Peu avant sa mort, entraîné dans ce combat militant, Fournier se prenait à regretter le temps où le dessin était sa véritable passion; il souhaitait retourner à ses crayons, dans la montagne de son enfance, en Savoie. Ce sont précisément les carnets de cette époque d?avant Charlie-Hebdo, et d?avant La Gueule Ouverte, que ce volume propose de faire découvrir en publiant près de 200 dessins demeurés inédits, dessins surprenants, pris sur le vif, dans le métro, dans les bars, à la maison ou en pleine nature. Le regard intime d?un visionnaire.
Résumé : Muzo pose sur la table une pile de carnets haute comme un petit homme. " C'est toute ma vie ", confie-t-il. Et ce sont des dessins par centaines, des esquisses, des astuces graphiques, des fantasmes ou des blagues. Tout un monde s'agite, un monde d'hommes et de femmes obsédés par le sexe, mangés par la peur, les caprices, les doutes. Muzo les observe, de loin, de près, devant, derrière, de bas en haut. Il ne s'en lasse pas. Parfois, pris de démangeaison, il les peint. Résultat : un livre très drôle et très méchant.
Dans les aventures d'Anna Sommer, il n'y a pas d'aventure. Tout peut donc arriver. Ainsi, elle nous entraîne dans sa vie la plus secrète, sans jamais recourir aux procédés habituels de la narration: l'intrigue, le suspense, le happy end... Elle va gratter là où il ne faudrait pas, dans le détail le plus infime, et relate une anecdote presque insignifiante, une phrase anodine, en visant toujours au juste milieu, là où l'innocence se partage avec l'effroi face à l'aventure - la vraie - d'exister, de grandir, de vieillir. Et c'est ici toute sa malice, son humour incomparable, son courage d'exprimer l'indicible. Les philosophes allemands diraient d'Anna qu'elle a une sacrée vision du monde (une Weltanschauung). Elle démontre aussi un talent exceptionnel à faire s'entrechoquer la bande dessinée la plus classique et l'art de l'immobilisme, de la suggestion. Provocation rare, par les temps qui courent.
Folon Jean-Michel ; Weill Alain ; Scheerlinck Karl
Quelle plus belle destinée que celle d'une affiche ! Vous l'avez faite. Les autres la comprennent. Vous travaillez pour la mémoire de la rue. [... ] Et si votre affiche est bonne, elle vivra en morceaux dans la mémoire des gens". Jean-Michel Folon a réalisé près de six cents affiches. Six cents affiches qui sont autant de chefs-d'oeuvre d'inventivité, de sensibilité, de poésie. C'était sa façon à lui d' "entendre le monde en marche". Délicates aquarelles, encres irisées : tranchant avec les productions de son époque tout en photos et en surcharges typographiques, il a choisi le dessin, privilégiant la simplicité du trait et la puissance émotionnelle de la couleur. Se méfiant du monde publicitaire, avec lequel il a peu collaboré, il a mis son art au service de ses convictions : la défense de l'environnement et des droits de l'homme, le dictionnaire Larousse, le cinéma, les manifestations culturelles, scientifiques et sportives. Flèches, personnages, masques, yeux, mains, oiseaux, arbres - on retrouve ses éléments de prédilection, son humour singulier, son onirisme confinant à la métaphysique. Nous proposons ici une sélection de cent cinquante affiches, que viennent éclairer un entretien avec l'artiste, ainsi que les textes de connaisseurs tels que Karl Scheerlinck et Alain Weill.