Quel bonheur pour une fois d'écrire en sachant que mon lecteur dispose d'une information fiable sur la réalité de celles que les médias désignent d'un bloc comme les " filles de l'Est ". Car si la personnalité de l'auteure peut être sans hésitation qualifiée d'exceptionnelle, le parcours qu'elle relate est plus proche de ce que vivent la plupart de ses collègues que des mauvais romans policiers que l'on nous donne habituellement pour la vérité de leur expérience. " C'est en ces termes que s'exprime le postfacier de cette autobiographie d'une jeune prostituée moldave sur les trottoirs de Bruxelles. A travers son histoire, on découvre que ce qu'on appelle communément traite et esclavage ne sont autres que les moyens d'entrer dans l'espace Schengen que doivent monnayer des migrants volontaires, mais clandestins et, à ce titre, dépendants de passeurs rarement respectueux de leurs clientes ; que la " vente " des jeunes femmes au cours de leur périple n'en est pas une, même si les acteurs utilisent ce terme ; que le pire pour les prostituées de rue, ce n'est pas leur travail mais leur peur d'être expulsées. " La vie qu'on a " est une véritable leçon de vie, faite de larmes, certes, mais aussi et surtout de courage. Elle devrait nous faire réfléchir sur le gâchis et les crimes qu'entraînent la fermeture des frontières de l'Union Européenne et le traitement comme délinquants de clandestins, soutiens économiques de leur pays d'origine - quand ce n'est pas de leur pays d'adoption.
Le coucher de soleil est un classique des cartes postales. Mais pourquoi choisir une scène qui indique un déclin, un achèvement ? Parce que le spectacle émeut. Le soleil teinte le ciel une dernière fois, dans un mélange audacieux de couleurs. Il nous irradie avec ses rayons affaiblis, avant de céder la place à la nuit et à son immensité. Ainsi, la personne souffrant de la maladie d'Alzheimer quitte le monde de l'efficacité, de la rentabilité, de la promptitude, de la maîtrise. Mais elle se rapproche d'autres trésors : le silence, la fragilité, l'abandon confiant, la simplicité. Ce dépouillement imposé pourra enrichir son entourage, qui apprendra peut-être la patience, la persévérance, la générosité, la gratuité. La réalité qui s'impose au malade et à ses proches est celle d'une vie définitivement passée. C'est aussi celle de l'émergence d'une nouvelle vie. Pleine de sens cachés, réservée, plus obscure, cette vie rayonne également, à sa manière. Différente, déstabilisante, elle nous déconcerte et nous remet en question. Elle suscite parfois la déception et la nostalgie, dans son irréversibilité. Elle n'en demeure pas moins belle, marquante, émouvante et décisive. Comme toute vie, en somme. C'est ce que montreront des expériences et des témoignages (1re section), des études plus philosophiques et théologiques (2e section), et des réflexions plus personnelles (3e section et conclusion).
Dans cette étude, Magdelena Burlacu se pose la question de ce qui est resté, dans la vision des peintres actifs sur le territoire de l'ancienne principauté de Moldavie, de spécial et de spécifique à faire pour l'homme en vue d'une divinisation comme image ou à l'image du Christ. Images et déification ? Dans notre culture, l'image semble être une fin en soi, ce qui peut être déstabilisant pour l'intelligence de la foi. Cependant, l'image peut aussi être considérée dans le contexte de la théôsis - la déification par la grâce, la perfection du chrétien visant son union avec Dieu -, qui est l'un des sujets traités par la théologie morale. La Roumanie constitue, grâce à sa région moldave et ses églises peintes à l'extérieur dont sept sont des monuments classés au Patrimoine mondial de l'UNESCO, l'un des domaines privilégiés pour l'étude des programmes iconographiques hérités et développés à partir des programmes byzantins. Dans cette étude, l'auteur se pose la question de ce qui est resté, dans la vision des peintres actifs sur le territoire de l'ancienne principauté de Moldavie, de spécial et de spécifique à faire pour l'homme en vue d'une divinisation comme image ou à l'image du Christ. Néanmoins, il est nécessaire de préciser qu'aucune composition iconographique spécifique sur le thème de la déification n'existe. L'auteur a donc rassemblé, dans les programmes iconographiques moldaves médiévaux, de nombreux éléments et de nombreuses compositions qui paraissent correspondre à une théologie de la déification aux " allures iconographiques " présente dans les écrits des auteurs iconophiles, proposant ainsi une introduction à la contribution des icônes moldaves médiévales des XVe-XVIIe siècles à la théologie et à l'art byzantin.
Le cadrage de la prostitution est la manière dont celle-ci est représentée, dont elle est réglementée et l'articulation entre les images qui sont véhiculées et le droit appliqué. Deux communautés d'opinion - d'entrepreneurs de morale - s'affrontent pour la détermination des normes: réglementaristes et abolitionnistes. La société française hésite encore beaucoup aujourd'hui. On assiste notamment à une explosion idéologique du féminisme sur le sujet. Le régime juridique est lui aussi ambivalent et distingue deux types d'activités sexuelles rémunératrices auxquels sont associées des règles diamétralement opposées: d'une part une industrie du sexe, qui; s'expose avec ostentation et bénéficie de réglementations commerciales et professionnelles diverses; d'autre part une prostitution de rue pour laquelle des individus sont fréquemment soumis à des peines privatives de liberté. Les "cadres" supérieurs de la prostitution peuvent accéder au vedettariat, tandis que la répression s'abat sur les "ouvrières" du sexe. L'objet de cette étude est de révéler l'arbitraire de ces jugements, et de mettre en évidence la discrimination institutionnalisée qui sévit, en France de nos jours, dans l'espace des échanges économico-sexuels.
A quoi sert la "diplomatie parlementaire" et avec quels résultats ? Centré sur la guerre froide, cet ouvrage étudie ses différentes formes, des voyages de délégations aux groupes d'amitiés, en passant par l'engagement personnel et officieux de ces diplomates non professionnels. A travers son rôle dans le rétablissement des relations avec la RDA, la Chine, l'Afrique du Sud, la politique extérieure n'apparaît pas comme un domaine "réservé".
Ce livre n'est pas seulement le témoignage attendu de Pierre Ménat, ambassadeur de France en Tunisie au moment de la Révolution, qui, en 2011, mit fin au régime de Ben Ali. II constitue aussi une formidable contribution à l'analyse du métier, peu connu, d'ambassadeur. Les projets de coopération, les jeux politiques et médiatiques ainsi que la vie de la communauté française à l'étranger sont en effet le menu quotidien de notre diplomatie. Dans une période de crise intense comme celle qu'a vécue la Tunisie, le témoignage de cet ambassadeur sous le feu des critiques est passionnant. Les révélations de Pierre Ménat méritent le détour. Au contact des dirigeants et opposants tunisiens, mais aussi des Présidents Chirac et Sarkozy, ainsi que de personnalités françaises telles que Bertrand Delanoè, Bernard Kouchner, Alain Juppé ou Frédéric Mitterrand, son récit s'avère précieux, tant d'un point de vue historique que pour la compréhension de la mécanique contemporaine des relations internationales.
Afghanistan, Darfour, Haïti, tsunami : Autant de mots et d'images qui renvoient à la communication des ONG humanitaires. Au-delà de ce qui est dit et montré, cet ouvrage aborde des questions nouvelles. Pourquoi la communication est-elle considérée comme "le sale boulot" dans ces ONG ? Quelles sont les relations entre les agences publicitaires, les médias et les ONG ? Pourquoi la rhétorique humanitaire fait-elle problème ? Comment évaluer l'opportunité de parler dans l'espace public ? Dix auteurs, professionnels de la communication, humanitaires, journalistes et universitaires témoignent de leurs pratiques : diriger un service de communication, prendre en compte les questions "éthiques" au quotidien... Ils analysent le discours humanitaire au regard de sa professionnalisation, des débats qu'il suscite et de son rapport ambigu au politique.
Résumé : Les forêts deviennent une industrie ! Parée du discours trompeur de l'énergie verte et des vertus de la biomasse, une entreprise massive et silencieuse de transformation de la sylve en matière se déploie en France. Nous pensons la forêt comme le refuge de la liberté, nous la parcourons pour respirer le parfum de la nature, nous nous y réfugions des trépidations urbaines. Mais les abatteuses, les voies forestières démesurées, les centrales à biomasse sont en train de l'avaler, de la quadriller, de la standardiser. Cette dramatique industrialisation de la forêt, on ne l'avait pas encore racontée. Pendant des mois, des Landes au Morvan, de l'Auvergne aux Vosges, Gaspard d'Allens a couru les bois pour décrire et raconter le désastre en cours. Car la forêt subit maintenant la logique productiviste qui a ravagé l'agriculture, détruisant les emplois, dispersant les produits chimiques, gaspillant l'énergie, réduisant la biodiversité. Mais il est encore possible d'inverser le cours de la destruction. Des bûcherons réinventent leur métier, des forestiers promeuvent un usage doux de la forêt, des Zad luttent contre les machines. L'espoir est là, l'alternative est vivante, les humains et les arbres peuvent se réconcilier.
Résumé : Parmi les espoirs et les craintes que suscite la numérisation de nos sociétés, la constitution de grandes bases de données confère une place de plus en plus centrale aux algorithmes qui gouvernent les comportements de chacun. L'ambition de ce livre est de proposer une exploration critique de la manière dont les techniques de calcul façonnent nos sociétés. Classement de l'information, personnalisation publicitaire, recommandation de produits, orientation des déplacements, mesures corporelles, etc., les calculateurs sont en train de s'immiscer, de plus en plus profondément, dans la vie des individus. Cet ouvrage voudrait montrer comment les techniques statistiques qui prennent leur essor avec les big data enferment des conceptions différentes de la société qu'elles calculent. Loin d'être de simples outils techniques, les algorithmes enferment un projet politique. La thèse défendue dans cet ouvrage est que la personnalisation des calculs est à la fois l'agent et la conséquence de l'individualisation de nos sociétés. Elle témoigne de la crise des catégories statistiques traditionnelles qui permettaient à la société de se représenter. Elle encourage le déploiement de la course méritocratique vers l'excellence, la compétition des individus pour la visibilité et le guidage personnalisé des existences. Comprendre la logique des nouveaux algorithmes du web, c'est aussi donner aux lecteurs les moyens de reprendre du pouvoir dans la société des calculs.
Résumé : L'énergie est au coeur de la vie économique et sociale et le dérèglement climatique bouleverse des millions de vies. Pourtant les politiques de l'énergie sont aujourd'hui un monopole des experts et des multinationales. Cela doit changer ! Gouvernants et multinationales soucieux de gérer les apparences annoncent la "transition énergétique" sans limiter les émissions de gaz à effet de serre en deçà du seuil qui éviterait le dérèglement climatique qui s'accentue. Prendre au sérieux la crise climatique implique aujourd'hui de décider de laisser dans le sol une grande partie des énergies fossiles actuellement connues. Ceux qui s'y refusent, ceux qui étendent la logique extractiviste en forant toujours plus loin et toujours plus sale, ceux qui professent que la privatisation, la finance ou la technologie vont sauver le climat agissent comme de dangereux et irresponsables climatosceptiques. Sur leur chemin se dressent celles et ceux qui ne se résignent pas au naufrage planétaire. Contre l'extractivisme, les hydrocarbures de schistes, les grands projets inutiles et la marchandisation de l'énergie et du climat, ils inventent aujourd'hui les contours d'un monde décarbonné, soutenable et convivial de demain. Il est temps de sortir de l'âge des fossiles et une véritable transition est en marche !