Dans ce huitième tome de l'Histoire naturelle, générale et particulière, daté de 1760, Buffon et Daubenton terminent de traiter des animaux sauvages de France : hérisson, musaraigne, taupe, chauves-souris, loir, lérot, muscardin et surmulot. Puis, suivant le plan annoncé dès 1749, ils commencent à aborder les espèces étrangères. Cependant la transition ne s'effectue pas brutalement, et un ensemble d'animaux de statut géographique incertain ou intermédiaire rendent le passage graduel : ainsi, le cochon d'Inde, animal importé du Nouveau Monde mais devenu commun en Europe ; la marmotte et l'ours, qui vivent sur les marges montagneuses du royaume ; et le castor, présent en France mais dont les sociétés complexes ne s'épanouissent pleinement que dans les grands espaces sauvages de l'Amérique du Nord. Le volume s'achève avec trois espèces indiscutablement exotiques : le raton, le coati et l'agouti. Buffon, comme il l'a fait depuis le début de l'histoire des quadrupèdes, saisit toutes les occasions qu'il peut pour rompre la monotonie des descriptions et aborder des questions scientifiques ou philosophiques plus générales.
Les dix volumes que Buffon consacre aux oiseaux s'inscrivent dans une entreprise inédite au XVIIIe siècle, l'Histoire naturelle. Aussi remarquable que l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, elle en dépassera d'ailleurs le succès. Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, est une figure emblématique du siècle des Lumières. Nourri par la pensée des philosophes, savant de réputation internationale, il mène ses recherches entre Paris et la propriété familiale de Montbard, et sera considéré comme l'égal de Voltaire ou de Rousseau pour son talent d'écrivain et la puissance de sa pensée. Il vient d'être nommé intendant du Jardin du Roi (le futur Muséum national d'histoire naturelle) lorsqu'on lui demande, en 1739, d'établir un catalogue raisonné des collections. Buffon transforme ce recensement en un travail colossal : trente-six volumes parus en plus de quarante ans. Il n'hésite pas à y remettre en cause les thèses de Linné ou de Réaumur, fondant notamment sa propre classification et une théorie de la génération. Son Histoire naturelle des Oiseaux bénéficie des fabuleuses collections dont il dispose et du réseau de scientifiques avec lesquels il correspond dans le monde entier. Elle marque une étape décisive dans la naissance de la science ornithologique. Si les connaissances ont progressé depuis, elle demeure une référence incontournable, longtemps sans équivalent par son caractère exhaustif et le fait qu'elle ajoute à la description l'étude du mode de vie des oiseaux. Les Planches que Buffon commande au dessinateur du Roi, François-Nicolas Martinet, font intrinsèquement partie de cette entreprise. Elles sont conçues comme une source complémentaire d'informations sur la morphologie et les couleurs - un élément essentiel dans la reconnaissance -, mais aussi comme des oeuvres à part entière par leur valeur visuelle. Ce document exceptionnel était cependant peu accessible car le tirage en fut limité. L'ouvrage présenté par les éditions Citadelles & Mazenod réunit pour la première fois la totalité des 1008 planches de Martinet (973 planches représentant des oiseaux, auxquelles s'ajoutent 35 illustrations d'animaux divers), accompagnant les textes de Buffon. Les connaisseurs comme les amateurs peuvent retrouver ce qui fait toute la particularité de l'oeuvre de Buffon : l'association harmonieuse de la science, de la littérature et de l'art.STEPHANE SCHMITT, chargé de recherche au CNRS dans le groupe de Recherches épistémologiques et historiques sur les sciences exactes et les institutions scientifiques (UMR 7596), agrégé et ancien élève de l'ENS (Ulm), a soutenu en 2000 une thèse de doctorat en histoire de la biologie, publiée par la suite sous le titre : Histoire d'une question anatomique ; la répétition des parties (Éditions du Muséum national d'histoire naturelle, 2004). Il est également l'auteur de plusieurs articles et ouvrages en histoire des sciences de la vie, dont Aux origines de la biologie moderne. L'anatomie comparée d'Aristote à la théorie de l'évolution (Belin, 2006) et Les Force vitales et leur distribution dans la nature (Brepols, 2006). Il travaille en particulier sur l'histoire de l'embryologie, de l'anatomie et des théories de l'évolution depuis le milieu du XVIIIe siècle, a édité un volume d'oeuvres de Buffon (Gallimard, bibl. de la Pléiade, 2007) et dirige la publication des oeuvres complètes de cet auteur aux éditions Honoré Champion.. CÉDRIC CRÉMIÈRE, conservateur du patrimoine, dirige actuellement le Muséum d'histoire naturelle du Havre. Pourvu d'une double formation en philosophie et en muséologie, il a soutenu en 2004 une thèse de doctorat sur La Science au musée : l'anatomie comparée au Muséum de Paris, 1745-1898. Connaisseur de l'oeuvre de Buffon et de son collaborateur Daubenton, il a publié plusieurs articles sur ce sujet et sur d'autres domaines de l'histoire des sciences, et collabore avec Stéphane Schmitt à l'édition des oeuvres de Buffon.
Avec le sixième tome de l’Histoire naturelle, générale et particulière (1756), s’achève la série des quadrupèdes domestiques : le chat, le plus indocile d’entre eux, « domestique infidèle », forme la transition, en quelque sorte, avec la série suivante, celle des animaux sauvages de France. Buffon, fidèle aux principes énoncés dans le Premier Discours de 1749, commence par traiter des espèces les plus utiles à l’homme, c’est-à-dire, du point de vue d’un grand seigneur du xviiie siècle, les animaux que l’on chasse. Cinq d’entre eux figurent dans ce volume : le cerf, le daim, le chevreuil, le lièvre et le lapin. Chacun offre l’occasion à l’écrivain de séduire un large public par la qualité du style, et au savant et philosophe d’élever l’esprit de la collection de faits aux réflexions générales sur la nature. L’exactitude des descriptions de Daubenton et la richesse de l’illustration témoignent de leur côté du double dessein de l’entreprise, l’agrément et l’instruction.
Les oeuvres complètes de Buffon se confondent pratiquement avec sa monumentale entreprise, l'Histoire naturelle, dont les trente-six volumes parurent de 1749 à 1789. Cet ouvrage, souvent réédité jusqu'à la fin du XIXe siècle, ne l'a plus été depuis lors. Nous proposons donc ici pour la première fois l'intégralité de ce texte sous une forme qui corresponde aux critères actuels de l'édition scientifique. Dans ce second volume, Buffon présente son audacieuse théorie de la génération des animaux, qui rompt avec les conceptions préformationnistes alors dominantes, et forge les notions de "moule intérieur" et de "molécule organique". Dans une seconde partie, il entame l'Histoire naturelle de l'Homme, dont il tente de définir la nature et dont il explore les âges de la vie.
Le septième tome de l'Histoire naturelle, générale et particulière (1758), poursuit la description des animaux sauvages de France, et conformément au plan annoncé, Buffon et Daubenton s'intéressent ici à des espèces qui ont de moins en moins d'intérêt pour l'homme. Une grande partie du volume est ainsi consacrée à la série des " animaux carnassiers ", dont une dizaine d'espèces sont traitées (notamment le loup et le renard). Le plan de l'ouvrage devient ensuite plus difficile à cerner, et à la fin de ce tome, comme dans le suivant, Buffon va aborder des espèces sans ordre particulier, en commençant par divers rongeurs (l'écureuil, le rat, etc.). Comme les volumes précédents, celui-ci vise à la fois à la précision des données, à la qualité du style et à la recherche des vues générales. A cet égard, le texte introductif, " Les animaux carnassiers ", offre à Buffon l'occasion de revenir sur d'importantes questions scientifiques et philosophiques, comme celle des fonctions cérébrales, et de poursuivre son dialogue avec Rousseau sur le rapport entre la nature humaine et la société.