Avec le sixième tome de l’Histoire naturelle, générale et particulière (1756), s’achève la série des quadrupèdes domestiques : le chat, le plus indocile d’entre eux, « domestique infidèle », forme la transition, en quelque sorte, avec la série suivante, celle des animaux sauvages de France. Buffon, fidèle aux principes énoncés dans le Premier Discours de 1749, commence par traiter des espèces les plus utiles à l’homme, c’est-à-dire, du point de vue d’un grand seigneur du xviiie siècle, les animaux que l’on chasse. Cinq d’entre eux figurent dans ce volume : le cerf, le daim, le chevreuil, le lièvre et le lapin. Chacun offre l’occasion à l’écrivain de séduire un large public par la qualité du style, et au savant et philosophe d’élever l’esprit de la collection de faits aux réflexions générales sur la nature. L’exactitude des descriptions de Daubenton et la richesse de l’illustration témoignent de leur côté du double dessein de l’entreprise, l’agrément et l’instruction.
Dans ce huitième tome de l'Histoire naturelle, générale et particulière, daté de 1760, Buffon et Daubenton terminent de traiter des animaux sauvages de France : hérisson, musaraigne, taupe, chauves-souris, loir, lérot, muscardin et surmulot. Puis, suivant le plan annoncé dès 1749, ils commencent à aborder les espèces étrangères. Cependant la transition ne s'effectue pas brutalement, et un ensemble d'animaux de statut géographique incertain ou intermédiaire rendent le passage graduel : ainsi, le cochon d'Inde, animal importé du Nouveau Monde mais devenu commun en Europe ; la marmotte et l'ours, qui vivent sur les marges montagneuses du royaume ; et le castor, présent en France mais dont les sociétés complexes ne s'épanouissent pleinement que dans les grands espaces sauvages de l'Amérique du Nord. Le volume s'achève avec trois espèces indiscutablement exotiques : le raton, le coati et l'agouti. Buffon, comme il l'a fait depuis le début de l'histoire des quadrupèdes, saisit toutes les occasions qu'il peut pour rompre la monotonie des descriptions et aborder des questions scientifiques ou philosophiques plus générales.
Le cinquième tome de l’Histoire naturelle, générale et particulière est consacré à la suite des animaux domestiques. Quatre nouvelles espèces y sont traitées : la brebis, la chèvre, le cochon et le chien. À nouveau Buffon y déploie tout son génie littéraire, brossant un portrait de chaque animal digne des Fables La Fontaine. Mais au delà de ces morceaux de bravoures, il approfondit sa réflexion sur des questions scientifiques et philosophiques fondamentales, comme la place de l’homme dans la nature, les insuffisances des classifications des naturalistes ou la légitimité du recours aux causes finales. Daubenton, quant à lui, poursuit infatigablement son travail de description.
Darwin Charles ; Tort Patrick ; Bernard Christiane
Patrick Tortavec la collaboration deClaude RouquetteUN VOILIER NOMMÉ DÉSIRUn coeur à marée hauteAu cours de la première quinzaine du mois d'août 1831, tandis que le jeune Charles Darwin, âgé d'un peu plus de 22 ans, fraîchement diplômé de Cambridge et converti à la géologie par son cher et respecté maître et ami John Stevens Henslow (1796-1861), se livrait à des études de terrain dans le nord du pays de Galles en compagnie d'un autre professeur de la même université, Adam Sedgwick (1785-1873) - ou bien l'avait déjà quitté pour rejoindre des camarades à Barmouth -, une lettre, écrite par un certain George Peacock (1791-1858), proche de ce dernier et mathématicien influent, parvint à Henslow. L'offre qu'elle contenait devait jouer dans la vie et la carrière de Darwin un rôle absolument décisif:George Peacock à J.S. Henslow [samedi 6 ou samedi 13 août 1831]Mon cher HenslowLe Capitaine Fitz Roy est sur le point de partir pour effectuer les relevés de la côte méridionale de la Terre de Feu, visiter ensuite de nombreuses îles de la Mer du Sud & revenir par l'Archipel indien: le vaisseau est équipé expressément à des fins scientifiques, combinées avec le relevé [,]: il fournira donc une occasion rare pour un naturaliste et ce serait un grand malheur si elle devait être perdue:On m'a proposé de recommander une personne appropriée pour partir à titre de naturaliste avec cette expédition; elle sera traitée avec tous les égards; le Capitaine est un jeune homme aux manières très avenantes (un neveu du duc de Grafton), d'un grand zèle dans sa profession et dont on parle avec une très haute estime; si Léonard Jenyns pouvait partir, quels trésors il pourrait rapporter avec lui à son retour, étant donné que le navire serait mis à sa disposition chaque fois que ses recherches le rendrait nécessaire ou souhaitable; faute d'un naturaliste aussi accompli, est-il une personne que vous pourriez recommander fortement: une personne d'une qualité telle qu'elle ferait honneur à notre recommandationRéfléchissez-y: ce serait une perte grave pour la cause de la science naturelle si cette belle occasion était perdue Le navire appareille vers la fin de septembre].Pauvre Ramsay! Quelle perte pour nous tous et particulièrement pour vousÉcrivez-moi immédiatement et dites-moi ce que l'on peut faire Croyez-moi | Mon cher Henslow | Très sincèrement vôtre | George Peacock.7, Suffolk Street | Pall Mall East[P.S.]Mon cher HenslowJ'ai écrit cette lettre samedi, mais c'était trop tard pour la Poste: Quelle magnifique occasion ce serait de former des collections pour nos musées: écrivez-moi immédiatement et veillez à ce que cette occasion ne soit pas perdueCroyez-moi | Mon cher Henslow | Très sincèrement vôtre |Geo Peacock 7, Suffolk St. |Lundi