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La croisière incertaine
Bofa Gus
CORNELIUS
30,50 €
Épuisé
EAN :9782915492996
GUS BOFA range la bibliophilie, avec le sadomasochisme, au nombre "des déformations mentales, des voluptés parfaitement localisées et réglées, où l'orgasme se produit selon des rites précis." C'est pourtant la vogue, au lendemain de la Grande Guerre, du livre de luxe illustré qui lui ouvre un champ où exercer son talent, plus vaste et libre que celui des journaux. Pour lui, un livre ne demande pas plus à être illustré "qu'une statue à être coloriée et vêtue d'étoffe": il reproche aux illustrateurs de s'interposer entre l'auteur et le lecteur et d'imposer, au risque de trahir la pensée du premier, une réalité plastique que le second aurait le droit d'imaginer tout autre. S'il publie des livres aux titres familiers, Gulliver, L'assassinat considéré comme un des beaux-arts ou Don Quichotte, Bofa y dissimule une ?uvre parallèle et toute personnelle. Les textes de Swift, Quincey ou Cervantès, ses frères en inquiétude, lui sont prétexte à une rêverie d'où émergent, comme de la brume, de nouveaux personnages et des décors inconnus. "Joyau de bibliothèque, réservé à quelques amateurs, illettrés de préférence, pour n'avoir pas à souffrir d'être trop souvent lu ou feuilleté", le livre de luxe permet à Bofa de se "débarrasser" des dessins qui le hantent et d'organiser "dans la clairière autour de sa cabane, une grande exposition de ses tableaux, pour les animaux de la forêt." Voyant en toute création "un ectoplasme du subconscient", qui exige pour être perçu l'état de rêve, Bofa travaille la nuit, lorsque, le frein social et physique desserré, "les idées s'enchaînent librement, avec une logique absurde et parfaite, qu'on n'accepterait pas volontiers en plein jour." Il en vient à illustrer ses propres livres car ainsi "les gravures et le texte sont deux ectoplasmes sortis de la même rêverie et se complétant l'un l'autre." De cette rêverie fructueuse naissent Malaises, Zoo ou La Symphonie de la peur. Mais la crise économique, puis la Seconde Guerre mondiale ont raison de la mode du livre illustré et quand la Librairie des Champs-Élysées, fondée en 1926 par Albert Pigasse, publie La Croisière incertaine en 1950, le secret des collections privées en engloutit sans bruit les 360 exemplaires. À peine si un écho anonyme du Figaro signale cet ouvrage "d'une qualité, d'une poésie, d'une satire mordante très remarquables." La Croisière incertaine constitue un essai de fantastique synthétique, une tentative de court-circuiter le cerveau conscient pour recréer, à l'état de veille, la logique du rêve qui transforme, par exemple, une femme désirée en poste de T.S.F. ou en voiture à bras: "Ce n'est qu'au réveil que le cerveau, redevenu conscient, constate que vous avez forniqué avec une voiture à bras ou une boîte de radio, mais de façon parfaitement acceptable par votre cerveau de rêveur." Le texte, "dépouillé à l'absurde, se repose sur le dessin de toutes les précisions pittoresques, qui porteront cette absurdité jusqu'au point où doit se produire le choc en retour et une destruction de l'absurde." L'écriture lapidaire de Bofa réduit ses contes à une action imaginaire, ni datée ni située, et privée de tout élément plastique. Le dessin transpose l'élément littéraire "dans un autre plan, choisi arbitrairement, comme le décor, l'époque, les détails mêmes, sans souci de ce texte." Donnant l'évidence de la vie à l'absurde, l'image oblige le lecteur à tenir, ne serait-ce qu'un instant, l'absurde pour la norme. Toute vie et toute mort sont pour Gus Bofa dépourvues de sens. Pareil au patron de la boutique sur la dune attendant des clients qui ne viendront jamais, l'homme perd son temps à chercher la réponse à une question qui n'en a pas. La race humaine endure par habitude, parce que "la vie invivable, ou la vie tout court, est léguée de père en fils, en même temps que les moyens accumulés peu à peu, depuis des siècles, de l'accepter et de la vivre." Comme les gens de Manouque sous la rivière suspendue qui menace de les engloutir, l'humanité poursuit "sous une sorte de voûte tragique une vie à peu près normale et paisible." La mort n'est pas un obstacle à la vie, et à la vie heureuse. Tout le secret est de se fabriquer une existence sur mesure, au risque de sembler anormal ou provocant aux yeux du Léviathan, la mécanique sociale qui voit en toute fantaisie le grain de sable potentiellement fatal. Pour satisfaire son innocente passion du cerceau, le "joueur nocturne" accepte de passer aux yeux des autres pour un vieux débauché. Mais renoncer à sa liberté pour rejoindre le groupe est un marché de dupes. Invité au palais du Roi, le géant Krach sacrifie, par gloriole, sa vraie grandeur qui est d'être géant parmi les nains et d'être seul. Seul et libre. L'individu embarque, à sa naissance, pour une croisière dont il ignore le but, la durée et les joies qu'il pourra, ou non, en tirer. Il n'a donc rien à perdre, nous encourage Gus Bofa, en renonçant au cabotage prudent ou aux expéditions commerciales pour partir "au long cours vers des pays imaginaires, toute la toile dehors, sans avoir pris souci de lever l'ancre." En recréant le monde à notre image, le rêve ou la poésie, lui donnent un sens. Les enfants ont raison qui, malgré les taloches paternelles, continuent de croire "que les yeux bleus, les yeux verts, les yeux noirs, voient le monde de couleurs différentes." (Emmanuel Pollaud-Dulian)
Présentation de l'éditeur Grièvement touché aux jambes le 7 décembre 1940, lors d'une patrouille dans le secteur du Bois-le-Prêtre, le soldat Gus Bofa refuse de se laisser amputer. Trimballé d'une ville à l'autre, d'un traitement à l'autre, il endure la promiscuité et la rigueur de l'hôpital jusqu'à sa démobilisation en novembre 1915. Deux ans plus tard, alors qu'il commence à peine à remarcher, soutenu par des béquilles, il s'offre le luxe de dénoncer, en plein conflit et malgré la censure, le sort que le service de santé réserve aux blessés confiés à ses soins. A la fois témoignage et pamphlet, Chez les Toubibs paraît en décembre 1917. Qualifié par Roland Dorgelès de "béquille lancée dans les jambes des majors", cet album raconte le quotidien des hôpitaux militaires, univers absurde où l'on rafistole le bétail humain pour le renvoyer à l'abattoir. Dépassé par l'ampleur de la catastrophe, le personnel de santé vaque benoîtement à sa besogne. Cynisme ou indifférence, les toubibs refusent d'avouer leur faillite. Loin du cliché des infirmières sémillantes et des chirurgiens dévoués, Bofa décrit un système qui transforme les blessés en cobayes livrés à l'arbitraire des majors.
Le capitaine Karl, surhomme nietzschéen et travailleur discipliné, se voit confier par l'Empereur Guillaume II une mission si secrète qu'on ne peut lui en révéler le but. Le guerrier aquatique prend le commandement d'un colossal bijou de plusieurs milliers de tonnes, le sous-marin U-713, chef d'oeuvre de technologie militaire. Mais cet hyper-poisson s'éprend d'une jolie senorita et se révolte contre ses créateurs. Après s'être débarrassé de son commandant, le sous-marin tue son équipage et, plongeant au fond des abysses, s'accouple avec diverses créatures marines. Roman satirique et fantastique, à l'ironie inquiétante, U-713 ou les Gentilshommes d'infortune affirme l'incompatibilité de l'aventure et de la guerre moderne, mécanique et industrielle. Composé à quatre mains, ce petit livre marque le vrai début de la collaboration littéraire de Pierre Mac Orlan et Gus Bofa. Le dessinateur y révèle une imagination résolument fantastique. Sous son crayon surgissent des vaisseaux fantômes, des créatures mi-animales, mi-mécaniques, et des corps humains dans divers états de mutilation. L'insouciance de la Belle Epoque le cède au traumatisme de la Grande Guerre. L'humour qui anime U-713 comprend, selon la formule de Mac Orlan, tout ce qui tient une place entre la vie et la mort.
Résumé : Maître de la littérature illustrée de l'entre-deux-guerres, Gus Bofa fait la rencontre d'un auteur clé dans son parcours, Jacques Perret. Deux nouvelles du romancier sont assorties en 1952 de quinze gravures originales de l'artiste, parues en tirage très limité. Ce livre culte, avec un Bofa au sommet de son art, est ici pour la première fois réédité avec ses recherches et croquis préparatoires. Naviguant de conserve, les deux stylistes conjuguent en majesté un imaginaire lié au voyage, à la mer et à ses superstitions.
Les nouvelles réunies dans ce volume ont toutes été publiées dans la légendaire revue Garo. Cette publication d'avant-garde, sur les traces du gek'iga, le mouvement fondé en 1957 par Voshihiro Tatsumi pour rompre avec la tradition enfantine du manga, ouvrait le genre à l'âge adulte. Fondée en 1964, elle accompagna tout au long des années 60 et 70 la jeunesse protestataire qui voyait en elle une forme de contestation de l'establishment. Kusunofei avait une vingtaine d'années quand il publia ces histoires, dans un lapon qui se remettait à peine de sa défaite et des conséquences de la seconde guerre mondiale. Ses nouvelles parviennent à créer un lien entre le lapon traditionnel et la société d'après-guerre marquée par la censure, le culte du travail, l'érosion des traditions et un anti-américanisme virulent. Comme Susumu Katsumata (Neige Rouge, Cornélius), il s'attache à décrire la vie quotidienne du peuple, tout en y insufflant une dimension plus épique. A travers des genres aussi variés que le conte japonais traditionnel, la chronique urbaine ou le récit de samouraï il décortique l'ambiguïté des rapports humains. Mettant à nu les sentiments qui unissent les êtres, les raisons pour lesquelles ils s'attirent et les malentendus qui les séparent, Kusunoki parvient, à travers un style limpide, à exprimer ce qui ne l'est pas... Un auteur immense qu'il est urgent de redécouvrir et de célébrer.