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Portrait N° 2, Automne 2014 : Le hasard débusqué
Bevilacqua Rachèle
DU PORTRAIT
18,00 €
Épuisé
EAN :9782371200012
Dans ce numéro, Portrait interroge le hasard. Quelle place occupe-t-il et quel rôle joue-t-il dans nos vies ? Pour certains, il est la réponse aux questions qui demeurent suspendues. Pour d'autres, le hasard porte des clés de compréhension. libraire iconoclaste interviewé dans un portrait chinois, confie : "Le hasard permet de faire des écarts ou des choix qui mènent là où on doit aller." Jean-Claude Ameisen, psychiatre et président du Comité d'éthique, laisse planer l'ombre de Spinoza sur son entretien, convaincu que "le hasard est d'abord un asile de l'ignorance". Les auteurs de Portrait se sont glissés là où le "hasard" agit sur une vie et lui donne une tournure nouvelle. Pacôme Thiellement décode, dans la Correspondance imaginaire, la face sombre de Donny Hataway, figure de la soul music, alors que Laure Albernhe, journaliste à TSF Jazz, dresse un portrait musical sensible de Jean-Claude Zylberstein, avocat-éditeur. Gaëlle Josse, elle, ausculte avec les manques qui ont poussé cette ex-rédactrice en chef du Vogue Espagne à s'établir au Ghana pour se consacrer aux enfants abandonnés. De son côté, Geneviève Flaven, fondatrice d'une agence en conseil, s'est installée à Shanghai et raconte, dans Carnet de bord, son autre vie, celle d'un écrivain. Enfin, Elsa Lepoivre, sociétaire à la Comédie-Française, révèle en quatre séquences son féminisme né sur les planches et Richard Renaldi dévoile, dans le Portfolio, des extraits de sa série d'images Touching Strangers.
L'Amant de Lady Chatterley est un des romans les plus célèbres du XXe siècle. Mais on ne sait guère que les découvertes érotiques de Constance Chatterley dans les bras de son garde-chasse ont été imaginées par Lawrence lors de ses nombreux séjours en Italie et en particulier après les semaines qu'il passa au bord de la mer de Ligurie avec son épouse allemande, Frida von Richthofen. Mieux encore : le personnage de Mellors aurait été largement inspiré à l'auteur par un superbe Italien, Angelo Ravagli, qui fut l'amant puis le troisième mari de Frieda à la mort de Lawrence. Telle est la révélation surprenante qui constitue le point de départ d'À travers ton corps. À Spotorno où séjournèrent David et Frieda, dans la villa même qu'ils y avaient louée, Bevilacqua retrouve l'ancien officier des bersagliers, laissé pour compte de l'histoire officielle. Au fil des conversations, le mythe du personnage romanesque fait place à la réalité d'un homme stupéfait de son destin, avide de le comprendre et que Bevilacqua accompagne dans sa découverte, comme un metteur en scène aide l'acteur à saisir son rôle. Mais le romancier ne sort pas indemne de cette enquête qui le plonge dans une étrange osmose avec les souffrances et les tourments de son illustre prédécesseur anglais. Croisement de deux confessions impudiques, rencontre, par-delà les années et la mort, de deux écrivains, À travers ton corps est une réflexion magistrale sur la création, l'identité et l'érotisme.
A l'occasion du festival America, et de l'ouverture à Chicago (USA) du premier musée consacré aux auteurs américains, des auteurs français rencontrent des auteurs américains et leurs conversations convergent vers l'identité, les identités. Elles sont toutes rebelles car elles sont toutes singulières même si elles sont traversées par une même culture.
Albernhe Laure ; Bevilacqua Rachèle ; Boidé Caroli
De jeunes auteurs, tels que Pacôme Thiellement, Julie Bonnie et Caroline Boidé, se sont penchés sur 50 récits de vie, tous incontournables, pour transmettre les pulsions de vie qui habitent ces écrits. Ils signent ici des textes courts et saisissants et font voyager le lecteur au coeur du portrait, à travers ces 50 oeuvres choisies, de Russell Banks, Simone de Beauvoir, Annie Ernaux, Romain Gary, Jack London, Art Spiegelman, en passant par Stefan Zweig et bien d'autres. Nancy Huston et Catel, qui ont écrit respectivement sur la vie de Romain Gary, sur celle de Samuel Beckett, de Kiki de Montparnasse et de Benoîte Groult, partagent, dans deux longs entretiens, leur savoir sur cette écriture si singulière qu'est celle du portrait. La vie des autres est une merveilleuse manière de lire, de relire et de faire exister 50 récits de vie incontournables.
Lorsqu'en avril 1946, le jour de Pâques, une révolte éclate dans les murs de la prison San Vittore à Milan, l'Italie - police, gouvernement, opinion publique - peut croire à un soubresaut assez naturel dans un univers carcéral surpeuplé. Constitué d'anciens fascistes de la République de Salo, d'anciens partisans réduits, par la pauvreté, à des délits de droit commun, de femmes et d'adolescents partageant leurs misères et leurs turpitudes, le peuple prisonnier ignore lui-même, lorsqu'il se mutine, qu'il va dangereusement ébranler les premiers gouvernements post-fascistes. De cette histoire vraie dont les archives de presse rapportent la stupéfiante violence, Alberto Bevilacqua a fait un roman construit autour de la figure fascinante du meneur de la rébellion, Ezio Barbieri. Vaurien des bas quartiers de Milan, chef de la redoutable " bande de l'Aprilia noire ", bandit de grande classe dont les pirouettes et provocations mettent en rage les institutions imperméables à son charisme, Barbieri transforme au fil des jours la mutinerie en saine révolte contre l'État corrompu et ses partisans malhonnêtes. Conteur sans égal de l'histoire politique italienne du XXe siècle, créateur de légendes qui restituent, plus justement que la chronique, la vérité des héros, Bevilacqua signe avec La Pâque rouge un portrait flamboyant, épique, de perdant magnifique.
Ce nouveau numéro de la revue Portrait prolonge la réflexion du précédent autour des géographies intérieures. Mais cette fois-ci, le point de vue change : les auteurs ne parcourent plus les mondes habités des personnes rencontrées, ils s'installent à leurs côtés et questionnent le rôle que joue l'autre dans leurs existences. Il semblait probable qu'à travers ces autres, fictifs ou réels, les portraiturés de la revue, reliés par le désir de penser différemment, révèleraient quelque chose de leur propre travail. L'intuition s'est vérifiée. Agnès Desarthe, dont l'écriture emprunte à la grammaire de la musique, déroule le fil de sa longue et parfois difficile relation à cet art, qui fait écho à sa rencontre avec le jazzman René Urtreger. Michel Lebris, fondateur du festival Etonnants Voyageurs, confie son émerveillement persistant face à la magie des visages, à la manière dont certains d'entre eux relient encore sa vie au réel. Anne Landois, scénariste en chef de la série télé Engrenages, ne cesse, elle, de scruter avec empathie l'autre face à son drame, tandis que l'auteure Caroline Boidé poursuit sa quête intime de liens historiques entre Arabes et juifs, dans une nouvelle inédite : Si j'étais Amina. Pauline Guéna nous dévoile le carnet de bord qu'elle a tenu en marge de ses entretiens littéraires parus dans l'Amérique des écrivains, co-signé avec Guillaume Binet. Enfin, la revue Portrait publie deux portfolios : l'un extrait de Hang on de Neak Sophal, présenté par l'élégant Christian Caujolle, et l'autre, tiré d'Angel de Ronan Guillou, dont les images, dit Wim Wenders, sont précédées par un moment magique : le passage d'un ange...
Taylor Sunaura ; Sancey Elisabeth ; Ayakatsikas Cy
Le récit de ce texte commence à s'écrire lorsque petite fille, l'autrice atteinte d'arthrogryposis, une maladie congénitale qui paralyse les articulations, entend des enfants dire d'elle qu'elle marche comme un singe, mange comme un chien et que son handicap la fait ressembler à un animal. Ils la considèrent comme leur inférieure, elle se voit comme leur égale. Elle s'étonne également que la comparaison avec l'animal soit péjorative. Quelle influence joue notre capacité physique et mentale sur la compréhension de notre humanité ? Qu'est-ce qui différencie l'homme de l'animal, les handicapés des valides et que signifierait faire tomber ces différences, pour reconnaître l'animal et le vulnérable dans chacun de nous ? L'autrice s'attache aussi à la question de l'accessibilité. Si quelqu'un ne peut pas franchir une bordure de trottoir et se retrouve marginalisé, est-ce la faute de son corps ? Où la faute du trottoir qui n'a pas été aménagé ? Il est important de comprendre qui nos sociétés ont privilégié, traditionnellement, et pour quels types de corps elles ont été conçues. La question est donc : pourquoi certains corps ont-ils été présentés comme la norme à laquelle les autres seraient comparés ? En tentant de répondre à ces questions, Sunaura Taylor signe un texte très important. Récompensé en 2018 par l'American Book Award décerné par la Before Columbus Foundation, elle parle de la différence, de l'altérité, comme un état de fait, consubstantiel à la vie et donc nécessaire à notre bonne santé même si nous, êtres humains, nous voulons l'effacer. Et pour ce faire, nous avons trouvé un système très efficace : le "validisme" , soit le règne sans partage des bien-portants dans lequel les capacités intellectuelles, physiques ou affectives d'un individu autorisent la discrimination - consciente ou inconsciente et dans tous les cas intériorisée. Mais ce n'est pas tout. Ce livre parle des animaux et de leur incroyable richesse cognitive. Saviez-vous qu'un chien comprend le handicap de son maître qui a perdu ses bras ? Non par le processus de l'identification mais par celui de l'apprentissage. Ainsi, il lui faudra quelques jours pour ne plus chercher le bras de son maître qui auparavant lui lançait sa balle, mais son pied. Le lien entre les personnes handicapées et les animaux ? Il est dans les raisons qui autorisent la discrimination des personnes handicapées et l'oppression (élevage industriel) des animaux. La vulnérabilité, l'interdépendance et bien sûr l' "anomalie" physique et mentale, jugées par les validistes comme un signe d'infériorité. Ce livre est le résultat du cheminement intérieur et intellectuel de Sunaura Taylor qui constate, de façon très argumentée, et en faisant un pas de côté que le schéma du validisme s'immisce dans tous les recoins de nos sociétés et ce parfois malgré nous. "Sunaura Taylor va mettre votre monde sens dessus dessous, secouer vos catégories, vous dire des choses fascinantes et très importantes que vous ne connaissez pas, au sujet de votre corps, de celui des autres, humains ou animaux soumis à un régime inhumain. Un livre réjouissant, accessible parfois hilarant sur la condition humaine, abordée d'une façon tout à fait nouvelle. Ce livre pourrait être très très important. " Rebecca Solnit, autrice de "Ces hommes qui m'expliquent la vie" et sélectionnée en 2018 pour le National Book Award.
En 2015, Portrait va à la rencontre de personnes dont les vies sont traversées par plusieurs cultures. Certaines, pour des raisons économiques, politiques, changent de pays depuis des générations, d'autres se penchent sur leur histoire familiale et découvrent des mondes insoupçonnés. Sortir du monde que l'on connaît n'est jamais chose simple, loin s'en faut, mais il semblerait qu'il n'y ait pas meilleur chemin pour entrer dans le sien. Celui où sont installées nos singularités. L'ethnopsychiatre Tobie Nathan s'intéresse à l'invisible : "On dit "cinglé". On a perdu l'invisible qui vous cingle. Ce qui m'intéresse est cet invisible qu'on ne reconnaît qu'aux manifestations extérieures". Elias Sanbar, ambassadeur auprès de l'Unesco, se bat depuis quarante ans pour que la Palestine, le pays où il est né mais n'a jamais vécu, ne soit pas effacée des cartes géographiques. Gladys Marivat, elle, voyage pour s'extraire de sa vie et la rendre ainsi plus riche. Elle partage cette expérience dans son carnet de bord de Berlin au Ladakh. Henriette Walter, professeure émérite de linguistique, tombée, très jeune, en amour pour les mots et les langues, continue, à 80 ans passés, d'être émerveillée par le monde. Enfin dans le portfolio, extrait de Fifty Shrinks, Sebastian Zimmermann, montre, chose rarissime, des psys, ces explorateurs des mondes intérieurs, dans l'intimité de leur cabinet.
La mise au pouvoir d'un homme raciste à la tête des Etats-Unis a révélé une réalité américaine, ancienne, qui traverse l'oeuvre de James Baldwin : l'idéal américain, une société multiculturelle où les individus sont tous égaux, a été, sans cesse, détourné pour toujours favoriser le profit et donc créer une société dominés | dominants Le mouvement des droits civiques avec la promesse de ses lendemains heureux a laissé place à l'élection de Ronald Reagan et à son conservatisme. Cette réalité n'a pourtant jamais ébranlé la certitude de James Baldwin que chacun porte en soi, le désir de vivre en paix, de vivre avec l'autre. C'est cette confiance de Baldwin dans l'être humain, malgré sa grande colère, qu'Eddie Glaude S. Junior a eu besoin de comprendre pour affronter l'Amérique de Trump et imaginer, grâce aux savoirs laissés par Baldwin, une façon de faire vivre l'idéal américain. Une nouvelle occasion se présente aujourd'hui pour retourner aux fondamentaux qui ont présidé au projet américain. Mais pour se faire, il est nécessaire, comme n'a cessé de le dire et de l'écrire James Baldwin, de reconnaître les faits, de les nommer, de nommer le racisme, l'injustice, l'inégalité, et d'endosser les responsabilités qui en découlent. "Ici recommence l'Amérique, conseils de James Baldwin - à suivre d'urgence" mêle éléments de la vie de James Baldwin, dont beaucoup proviennent d'interviews inédites, événements historiques et le questionnement d'Eddie S. Glaude Jr sur comment vivre dans une société raciste et la changer.