2009 est une année qui met à l'honneur une grande figure de la science puisqu'elle marque le bicentenaire de la naissance de Darwin (1809-1882) et les 150 ans de la publication de The Origins of Species (1859). En cette occasion, Otrante vous propose d'explorer quelques uns des nombreux points de rencontre entre science et arts fantastiques, et ce à par-tir d'un constat : depuis ses origines, le fantastique reste une force de résistance aux systèmes et schémas hérités des révolutions scientifiques qu'il retourne comme un gant, à l'affût de toutes les faces cachées, de toutes les zones d'ombres que la science crée lorsqu'elle se veut flamme de progrès et d'évolution. Dès lors, ce numéro entend parcourir les différentes interpénétrations entre la littérature et les crises épistémologiques. Ainsi, l'émergence des sciences naturelles, la découverte de l'origine et de l'évolution des espèces, les premiers pas de la psychanalyse ont déchaîné au XIXè siècle des querelles violentes entre religion et science, et fait voler en éclat des représentations iconiques que l'humain avait de lui-même et de son environne-ment. De même, le XXè siècle et ses déchirements historiques et politiques conduisent également à une crise de la représentation dont la portée iconoclaste se révèle dans une écriture post-moderniste qui questionne non seulement la possibilité de représenter mais aussi la notion même de réa-lité. Enfin, dans un nouveau tournant de siècle où les limites de l'humain et surtout son intégrité sont remis en cause par les biotechnologies, la génétique, le clonage et les nanotechnologies, l'appel à la déréalisation dépasse le cadre des limites du genre et s'étend au roman et aux arts visuels contemporains.
Beccaria Cesare ; Audegean Philippe ; Ferrajoli Lu
Qu'est-ce qu'une peine juste ? Qu'est-ce qu'une violence juste ? À partir de quelques principes clairs et évidents, Beccaria fonde le droit pénal moderne : principe de proportionnalité, distinction du crime et du péché, codification (principe de légalité), principe d'utilité, dépénalisation des délits d'opinion et de moeurs, etc. Des délits et des peines reste d'une brûlante actualité en nous apprenant que le droit pénal a toujours pour vocation de défendre le plus faible contre le plus fort : ce plus faible qui, au moment du crime, est la victime ; ce plus faible qui, au moment du procès, est le prévenu ; ce plus faible qui, au moment de l'exécution, est le condamné.
Son baiser brûlant me troublerait. Et aussi son odeur, conservée depuis longtemps dans mes neurones. Je poserais mon nez dans son cou pour inhaler les arômes de son corps et m'en délecter comme un parfumeur. J'aurais aussitôt la nostalgie de sa bouche et je la parcourrais dehors et dedans, lentement, très lentement, comme s'il me fallait une année entière pour la visiter. Les sensations seraient différentes de celles qu'avait éprouvées la petite Martina. A cette époque, je jouais à explorer une terre inconnue où ma fébrilité n'était autre que de la curiosité mêlée à un besoin de me donner, d'une certaine manière, à Damian pour le garder près de moi. Mais, là, je pourrais arpenter ces terres au gré de mon désir enfin libéré, sachant que son propriétaire me désirait tout autant. Un désir érotique et amoureux à la fois, une ?uvre d'art inachevée."
Ce volume propose une nouvelle traduction des Recherches concernant la nature du style, où Cesare Beccaria (1738-1794) entreprend de trouver scientifiquement la formule du bonheur de l'expression et de la communication réussie. Sont joints, en annexe, quelques brefs textes économiques inédits. Beccaria prend ici sa pleine stature de philosophe des Lumières et d'ami de l'humanité.
L'idéologie américaine repose sur un principe : chacun peut réussir dans ce pays s'il s'en donne la peine. Cette assertion a inspiré un concept : le rêve américain. Cependant, comme dans tout autre pays, seule une minorité connaît le succès. Si l'essentiel du cinéma américain fait l'apologie des Etats-Unis, il existe un faible pourcentage de cinéastes qui ont choisi, dès la naissance du parlant au moins, d'offrir une image beaucoup plus sombre de leur pays. Ainsi est né un personnage paradoxalement très américain, le loser, celui qui, pour avoir cru au rêve, paye le plus souvent sa conviction au prix de sa déchéance et même de sa vie. En réalité, le loser est le produit de trois données : l'histoire, qui repose sur un quasi-génocide et sur l'esclavage ; le calvinisme, qui fait de l'élection divine le moteur de toute existence ; le capitalisme qui privilégie absolument la réussite économique au détriment de la loi sociale. Avec plus ou moins de constance, tous les genres cinématographiques ont montré des personnages de losers, mettant ainsi en évidence une véritable sociologie des laissés-pour-compte. Ce faisant, le cinéma américain, montrant les tares d'une société productrice d'individus trahis par l'illusion à laquelle elle incite à croire, démontre à la fois que l'Amérique n'est pas l'Eden dans lequel les Pèlerins ont pensé pénétrer, et qu'elle est condamnée, comme le loser, à l'échec, parce qu'elle contient dans ses fondements les tares qui auront raison d'elle.
Violence, domination, inégalité, tyrannie et insurrections : la réflexion de Spinoza sur le droit et la politique ne se limite pas au pacte social, ni à la liberté de philosopher. Il ne s'agit pas seulement de dresser la liste des droits respectifs du souverain et des sujets, dans le sillage des théories du droit naturel. Déjà Althusser avait rapproché Spinoza de Marx et Alexandre Matheron avait montré le rôle essentiel des passions dans la Cité et ses transformations. Toute une génération de chercheurs s'est interrogée ensuite sur les notions par lesquelles se pense ce devenir : foule, peuple, nation, mais aussi multitude. C'est ce dernier terme surtout qui concentre le mieux une pensée de l'initiative historique des citoyens et de leur puissance collective. Il restait à en tirer les conséquences sur les rapports entre individu et multitude, sur les relations de la pensée spinoziste avec Machiavel, Grotius et Hobbes, sur l'attitude de Spinoza envers révolution et conservation, résistance, assimilation et intégration, citoyenneté, désobéissance et révolte. Autant de thèmes qui sont développés ici, à travers la lecture renouvelée de L'Ethique, du Traité théologico-politique, et du Traité politique. Le volume s'achève par un entretien avec Toni Negri, qui fut le premier, dans son livre L'Anomalie sauvage, à mettre en lumière l'importance et le rôle de ce concept. Il y fait le bilan de son propre itinéraire et des discussions qu'il a suscitées.
Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859). Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché. Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.