La violence est d'abord celle que subissent les textes dans le processus d'écriture utilisé par Nanni Balestrini; textes d'origines diverses, souvent des coupures de presse relatant les mêmes faits avec des mots et des points de vue différents, parfois des oeuvres littéraires, d'où il extrait des tronçons de phrases; la recomposition qu'il en fait tient du tissage, par la réapparition du fil à intervalles dans la texture; mais il s'agit d'un tissage irrégulier, ou souvent se croisent des fils d'origines très éloignées, et les rencontres fortuites, apparemment fortuites, engendrent des ruptures de sens et des sens nouveaux. Violence farte à la langue comme métaphore de la violence vécue au quotidien ou en situation de crise ? Sans doute, cela est plus que jamais évident dans cette oeuvre ou sont présentes violence existentielle de la maladie et de la mort, violence prédatrice de la guerre, violence sociale des insupportables inégalités de condition et l'exploitation du travail, violence réactionnelle de la rébellion individuelle ou de groupe et violence de la répression.
Résumé : Chaosmogonie est la preuve qu'il n'y a pas deux Balestrini d'un côté, le poète d'avant-garde ; de l'autre, le militant de l'autonomie, co-fondateur de Potere Operaio (Pouvoir Ouvrier) en 1967. Tous les poèmes de ce recueil sont "montés" , c'est-à-dire que les phrases ou fragments sont repris, déplacés, répétés, et que ce sont justement ces reprises (de Bacon, de Cage, de Godard, entre autres), ces déplacements et ces répétitions qui opèrent et analysent politiquement le monde. Chaosmogonie, Balestrini ré-invente ce qu'on pourrait appeler une poésie théorique confessionnelle, une poésie où l'intime est entièrement externalisé et prend sa force d'opposition dans l'art toujours libre et violent du montage.
Résumé : Rendre en vers la parabole des mouvements contestataires des années soixante-dix, leur force, leur rage, leur déclin, c'est l'exploit réussi par Nanni Balestrini dans les textes ici réunis. Par un savant équilibre entre la rigueur de la composition, qui repose sur des habiles techniques combinatoires, et une langue fragmentaire, portant inscrite en elle-même la trace d'une histoire en devenir, l'auteur donne vie à une mosaïque vaste et mouvante. Si Vivre à Milan reflète la radicalité et la complexité des conflits qui ont mis à feu et à sang l'Italie au cours de la décennie, Blackout apparaît incontestablement comme le grand poème épique de cette saison de révoltes. Lamentation funèbre pour la mort du mouvement mais aussi ultime cri de rébellion et d'espoir, cette épopée des vaincus, dont l'architecture répétitive évoque un mythique éternel retour, vibre de l'élan des grands événements collectifs et résonne d'une multitude de voix, personnelles et publiques. Ce sont l'intimité et la suspension qui dominent enfin dans Hypocalypse, images poétiques de la condition existentielle d'incertitude et de repli liée à la fin des grandes aspirations collectives.
Résumé : Premier roman à déchirer le voile d'indifférence et d'omertà qui couvre le crime organisé du sud de l'Italie, Sandokan confirme le courage avec lequel Nanni Balestrini fait de la littérature un puissant instrument d'exploration de la réalité et de dénonciation. Deux ans avant le célèbre Gomorra de Roberto Saviano, ce roman de Balestrini met à jour les liens profonds entre la Camorra et les milieux politiques, entre l'économie souterraine et l'économie officielle et montre comment les ramifications internationales de la Camorra s'étendent de la gestion agricole à la drogue, du commerce des armes à celui des déchets. Un système gouverné uniquement par la logique du profit, dans des villages-bunkers meurtris par la violence quotidienne, les crimes impunis, la lutte sanglante entre bandes, que l'on découvre par le flux de paroles irrépressible et lucide qui jaillit de l'expérience vécue d'un jeune méridional ayant refusé toute accointance avec ces milieux.
Tafuri Manfredo ; Assennato Marco ; Brun Françoise
Projet et utopie est la réédition du classique - paru en français en 1979 - de Manfredo Tafuri (1935-1994), architecte et théoricien de l'urbanisme italien. En s'attachant à appliquer les thèses opéraïstes aux domaines de l'architecture et de l'urbanisme, l'auteur propose une réflexion sur la métropole comme lieu de l'accumulation capitaliste et de l'antagonisme social. La ville devient dans cette optique l'un des sites majeurs de déploiement de la critique sociale, mais aussi de bon nombre d'entreprises avant-gardistes et utopiques : l'espace urbain comme enjeu politique, imbriqué aux rapports de domination et d'aliénation, qu'il s'agit toujours de subvertir. Projet et utopie ou comment l'histoire de l'architecture se fait critique de l'idéologie.
Résumé : Le 14 juin 2019 a eu lieu, en Suisse, la deuxième grève nationale des femmes. Ces quatre textes s'inscrivent dans ce contexte. L'invisibilisation du travail reproductif et gratuit fournit par les femmes est une des raisons de la colère qui s'exprime aujourd'hui. Les quatre textes regroupés dans cet ouvrage mettent en lumière l'enjeu de ce travail pour les luttes féministes actuelles. Quels sont les usages de la grève hors du travail marchand ? Comment mener une grève du travail domestique, du travail gratuit ou du travail du sexe ? Une grève permet-elle de valoriser/visibiliser ce travail tout en le contestant ? Peut-on lutter contre le patriarcat sans lutter contre le capitalisme ?
Bakounine Michel ; Lehning Arthur ; Angaut Jean-Ch
Quelle est donc cette curiosité impérieuse qui pousse l'homme à reconnaître le monde qui l'entoure, à poursuivre avec une infatigable passion les secrets de cette nature dont il est lui-même, sur cette terre, la dernière et la plus parfaite création? Je n'hésite pas à dire que, de toutes les nécessités qui constituent la nature de l'homme, c'est la plus humaine, et que l'homme ne se distingue effectivement des animaux de toutes les autres espèces que par ce besoin inextinguible de savoir, qu'il ne devient réellement et complètement homme que par l'éveil et par la satisfaction progressive de cet immense besoin de savoir. Etre éphémère et imperceptible, perdu au milieu de l'océan sans rivages de la transformation universelle, avec une éternité ignorée derrière lui, et une éternité immense devant lui, l'homme pensant, l'homme actif, l'homme conscient de son humaine destinée, reste calme et fier dans le sentiment de sa liberté, qu'il conquiert en s'émancipant lui-même par le travail, par la science, et en émancipant, en révoltant au besoin, autour de lui tous les hommes, ses semblables, ses frères. Si vous lui demandez après cela son intime pensée, son dernier mot sur l'unité réelle de l'Univers, il vous dira que c'est l'éternelle transformation, un mouvement infiniment détaillé, diversifié, et, à cause de cela même, ordonné en lui-même, mais n'ayant néanmoins ni commencement, ni limite, ni fin. C'est donc le contraire absolu de la Providence: la négation de Dieu.
Résumé : Ce rapport de Marx pour le conseil général de la Première Internationale illustre dans les grandes lignes la thèse de la plus-value qu'il développera plus tard dans Le Capital. Ce texte est une première approche de l'analyse de Marx du mode de production et de la contradiction entre valeur et travail. La différence entre le salariat et l'esclavage ne se distingue en fin de compte que dans la manière dont est extorqué le travail aux populations.