La justice, écrit John Rawls, est la première vertu des institutions sociales comme la vérité est celle des systèmes de pensée." Rawls renoue ainsi avec la grande tradition de la philosophie politique classique, kantienne en particulier. Les principes de justice qui gouvernent nos démocraties peuvent faire l'objet d'un accord unanime, légitimé par la procédure suivie et non plus par référence à une conception du souverain bien. Mais sa démonstration suppose une société unifiée. Or cette condition n'est plus valable étant donné la diversité culturelle de nos sociétés multiethniques. La nouvelle question qui se pose est donc celle "de savoir comment une société juste et libre est possible dans des conditions de conflits doctrinaux profonds sans espoir de solution." Dans Libéralisme politique (1993), Rawls amorce une réponse. Le consentement recherché sur des principes de justice ne doit pas être compris comme une adhésion globale: c'est un consentement uniquement "politique" qui laisse toute liberté en matière philosophique, morale ou religieuse. Mais peut-on ainsi séparer le politique et le métaphysique? Est-il possible et même utile de rester "philosophiquement superficiel" pour parvenir à un consensus politique? Biographie de l'auteur Catherine Audard est professeur à la London School of Economics.
Le respect, une vertu certes, mais seulement si son objet en est vraiment digne. Il existe, en effet, une forme de respect, faite de conformité sociale ou de soumission aux hiérarchies qui relève purement du dressage. Lorsqu'il justifie une obéissance sans réflexion, sans discussion, le respect est la porte ouverte à l'irresponsabilité et à l'inhumanité. Ce n'est pas de ce respect-là dont il est question dans cet ouvrage. Il s'agit, au contraire, d'une prise de conscience qui me fait "reconnaître l'humanité dans la personne d'autrui comme en moi-même" selon Kant ou "le visage de l'autre qui m'oblige" pour reprendre les mots d'Emmanuel Levinas. Ce respect-là est retenue, suspension de l'acte insolent, blasphématoire, violent ou destructeur. Il pose silencieusement, par un accord tacite, une limite à ne pas franchir: auto-limitation de notre pouvoir d'agir en reconnaissance d'une valeur absolue. Mais qui décide de ce qui a de la valeur? Par cette question, nous voilà renvoyés aux racines mêmes du problème moral. Respect d'autrui, de soi, respect des droits et de la dignité de chacun, respect de la différence, de la vérité, de la loi; autant de champs qui interrogent la morale, le droit, la politique, l'expérience littéraire, le sentiment du sacré. Dans cet ouvrage, on découvre à la fois la nécessité existentielle du respect et sa fragilité, ce qui l'asservit et l'aliène; ce sentiment indispensable à notre vivre-ensemble, qui peut si aisément se dégrader en dépendance et en soumission, suscite ici une réflexion vigilante et sans concession.
Résumé : Trois auteurs marquent le XIXe siècle utilitariste : John Stuart Mill, Henry Sidgwick et G.E. Moore. La tâche de ce deuxième volume, L'utilitarisme victorien, est de permettre l'accès à des textes qui continuent de féconder la philosophie morale contemporaine. Malgré son éducation " utilitariste " sous la tutelle de son père, James Mill, et de Bentham, et bien qu'il fût l'auteur du manifeste de la doctrine, L'Utilitarisme (1863), John Stuart Mill a développé dans son ?uvre en particulier dans sa Logique (1843), dans ses Essais et dans De la liberté (1839) une philosophie personnelle infiniment riche et complexe. Sa version de l'utilitarisme, " l'utilitarisme indirect ", pose que les hommes ne sont pas directement motivés dans toutes leurs actions par la recherche de la satisfaction. Henry Sidgwick est, probablement, l'un des plus grands philosophes du XIXe siècle, par la rigueur et la profondeur de ses analyses. Dans ses Methods of Ethics, il tente une synthèse ambitieuse entre le kantisme, qu'il qualifie d'intuitionniste en raison du rôle qu'y jouent les principes a priori, et l'utilitarisme. Synthèse toujours menacée par la dualité, insurmontable, selon lui, de la raison pratique. Quant à G.E. Moore, poursuivant le travail de Sidgwick d'émancipation de la philosophie morale à l'égard de la psychologie, il est considéré comme un des fondateurs de la philosophie analytique contemporaine.
Résumé : Le troisième volume de cette Anthologie historique et critique présente les thèmes et les débats de l'utilitarisme contemporain. La doctrine a connu un renouveau remarquable depuis le milieu du XXe siècle sous l'influence d'économistes comme John Harsanyi ou Amartya Sen. Elle a été profondément remaniée dans de nombreuses directions : la définition de l'utilité par les préférences et l'abandon de l'hédonisme psychologique, l'utilitarisme de la règle et les rapports avec la morale ordinaire, l'universalisation des maximes de la prudence. Ces remaniements n'ont toutefois pas mis un terme aux critiques centrées essentiellement autour du traitement par l'utilitarisme de la question des droits de la personne et de la justice. On pourra alors se demander pourquoi l'utilitarisme reste une philosophie morale aussi importante. En fait, l'utilitarisme est la doctrine morale qui continue, indirectement et de manière de plus en plus sophistiquée, à influencer nos décisions pratiques, que ce soit en matière de conflits juridiques ou de choix politiques et économiques. Elle est particulièrement importante pour les décisions en éthique appliquée, qu'il s'agisse de l'euthanasie, de l'avortement, des droits des générations futures, de l'environnement ou des animaux ou même, de la guerre et de la dissuasion nucléaire. Le fait que les croyances traditionnelles et les différences culturelles soient exclues par le raisonnement utilitariste pour laisser la place aux seuls faits observables est un progrès sur lequel aucun agent moral ne peut revenir.
Les démocraties occidentales traversent une grave crise de légitimité. La montée des inégalités comme celle des idéologies identitaires menacent aussi bien nos institutions que les valeurs qu'elles incarnent. Si l'ampleur de ces évolutions continue de surprendre ceux qui, après la chute du communisme en 1989, croyaient à une "fin de l'histoire" et au triomphe définitif d'une " révolution libérale " dans un monde globalisé, la crise était, à bien des égards, prévisible. Face à cette évolution inquiétante, quels recours avons-nous ? Publiée en 1971, la Théorie de la justice de John Rawls (1921-2002) a révolutionné la pensée politique et économique avec sa conception anti-utilitariste de la justice comme équité. Pour Rawls, l'égalité et la liberté, loin de s'opposer comme le soutiennent bon nombre de libéraux comme de socialistes, sont compatibles à condition qu'elles oeuvrent pour les plus défavorisés (le " principe de différence "). On a souvent interprété cette approche comme un pur produit, aujourd'hui dépassé, des valeurs et des espoirs des Trente Glorieuses. La thèse ici présentée est tout autre. Plus que le contenu de la théorie, elle interroge l'actualité et la radicalité politiques de la démarche de Rawls — Habermas parle à ce sujet d'une "braise radicale-démocratique" — et la relation constitutive entre raison et démocratie qui la sous-tend. Fidèle à l'inspiration de Rousseau et de Kant, Rawls nous invite à comprendre les principes fondateurs de la démocratie comme l'oeuvre des citoyens eux-mêmes et de leur raison. Bien loin d'être historiquement contingents et arbitraires, ces principes et les raisons d'y adhérer peuvent être réappropriés par chacun et justifiés comme les conditions de toute coopération humaine, même dans un contexte pluraliste. Cet empowerment est constitutif de la citoyenneté et impose une critique vigilante des institutions comme des pouvoirs politiques. Oser cet appel à "la raison humaine libre" (Kant) pour défendre la démocratie et les principes de justice, d'égalité et de liberté contre leurs ennemis était un geste " philosophiquement raisonnable " en 1971. En ce début du XXIe siècle, ne serait-il pas devenu encore plus indispensable et " politiquement radical" ?
Les enseignants et formateurs du XXIe siècle peuvent-ils espérer que la psychologie scientifique les aide dans leur pratique? Cet ouvrage prend le parti d'affirmer que, même si la science ne peut apporter toutes les réponses attendues, elle peut identifier des conditions nécessaires mais non suffisantes! pour « apprendre et faire apprendre »: des conditions liées aux caractéristiques des apprenants en interaction avec celles de leur environnement d'apprentissage. Les psychologues d'aujourd hui n'étudient plus l"« Apprentissage » avec un grand « A », comme s'il s'agissait d'un objet défini et statique. Ils préfèrent en décrypter les mécanismes et les dynamiques spécifiques. Leur objet est donc moins « l'apprentissage » qu" « apprendre », verbe d'action qui permet d'intégrer les facettes cognitives, affectives et sociales en jeu. L'expression « faire apprendre » rappelle par ailleurs que l'action ne se déclenche pas nécessairement d'elle-même. Elle nécessite une implication de l'apprenant lui-même, mais aussi de celui qui lui transmet connaissances et compétences: l'enseignant, le formateur ou tout autre éducateur. Les auteurs ont dès lors choisi de convoquer les sous-disciplines de la psychologie qui, en 2006, peuvent l'éclairer: les neurosciences cognitives, dont fait partie la psychologie cognitive, la psychologie différentielle, qui cherche à comprendre les spécificités individuelles, la psychologie du développement, mais aussi la psychologie sociale et la psychologie de la motivation. En plus d'être collectif, cet ouvrage est donc pluridisciplinaire et fondé sur les travaux de recherche les plus récents, tout particulièrement dans les différents pays francophones.
Résumé : L'ouvrage est destiné à tous ceux qui s'intéressent à la question fondamentale : " Est-ce que j'éduque bien ? " Parents, enseignants, éducateurs, responsables politiques, travailleurs sociaux, chercheurs peuvent y trouver matière à réflexion. Un modèle de besoins psychopédagogiques fondamentaux est présenté. Il tente de prendre en compte les dimensions les plus importantes entrant en jeu dans la construction de l'identité d'un individu : besoins affectifs, cognitifs, sociaux, idéologiques. Il donne donc un contenu - et, en cela, il constitue une véritable innovation - à la réponse à la question précitée. Par ailleurs, les auteurs s'interrogent : " Comment, concrètement, répondre au mieux à ces différents besoins ? " Pour cela, ils proposent un " système pédagogique multiréférentiel et intégré " car ils se sont aperçus que les divers courants de pensée pédagogique développent spécifiquement un besoin particulier. Ainsi, ils font correspondre une pédagogie à chaque besoin fondamental. Leur proposition - et c'est en cela que leurs propos sont " postmodernes " - est de ne pas privilégier un courant au détriment des autres. Chaque courant apporte des éléments importants. La multiréférence que chaque adulte doit intégrer dans un modèle pédagogique propre est, selon eux, une démarche incontournable. Leur conception de la formation des adultes est de faire de ceux-ci des sujets-acteurs, voire, mieux, des sujets-auteurs de leur projet éducatif. En d'autres termes, on peut dire que complexité éducative et agir communicationnel sont ici au c?ur des propositions.
Héraclès, Thésée, Jason, Athéna, Zeus... Tous ces héros et ces dieux nous sont familiers, mais connaît-on véritablement les mythes qui s'attachent à leurs noms? Pourtant, Ceux-ci revêtent une importance considérable pour qui se passionne pour l'histoire de la pensée humaine. Mais l'intérêt de les connaître concerne aussi chacun d'entre nous. Constamment repris, réutilisés dans la littérature antique, médiévale, mais également contemporaine, ils sont devenus des références que nul ne peut ignorer, un patrimoine que chacun se doit de connaître. Pierre Grimal, grand spécialiste des études latines, n'a pas eu pour objectif de proposer un système explicatif de ces mythes, mais de les faire connaître et d'apporter ainsi des éléments indispensables à la compréhension de nombreux textes et oeuvres d'art. Fruit d'un colossal travail d'inventaire et de classement des textes, ce dictionnaire est d'un abord simple, clair et précis. Classés par ordre alphabétique, les mythes sont accompagnés des références des textes qui en font mention. Complet et pratique, cet ouvrage publié en 1951, réédité de très nombreuses fois, est toujours précieux.
Daniel Ligou est professeur émérite à l'Université de Dijon. Auteur de nombreux ouvrages, ses travaux et publications sur la franc-maçonnerie font autorité.