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Le pont flottant des rêves
Atlan Corinne
CONTRE ALLEE
8,50 €
Épuisé
EAN :9782376651819
D'où vient ma passion pour cette langue qui fonctionne pour ainsi dire à l'envers de la nôtre, et pour la civilisation dont elle est le vecteur ? Pourquoi me consacrer à une tâche impossible, paradoxale, consistant à effacer les sons, l'écriture, et jusqu'à l'arrière-plan culturel d'un texte, pour reconstruire à partir de ces ruines avec une langue aux paradigmes si différents ? Pour répondre à ces questions, j'ai entremêlé éléments fondateurs de ma vocation de traductrice et réflexions nées d'une longue pratique. Chemin faisant, j'ai tenté de décrypter les sensations liées à cette activité : frustration de ne pouvoir tout transmettre, joie de la création nichée dans la part du texte original qui irrémédiablement résiste, vertige addictif du décentrement, analogue à celui que procure le voyage... " Corinne Atlan
Les Japonais ne sont pas nostalgiques. Le temps glisse sur l'archipel, emportant avec lui le bonheur comme les malheurs. Le tsunami de mars 2011, qui engendra la pire catastrophe nucléaire de l'histoire, reste une plaie perpétuelle. Mais le Japon n'est pas qu'une catastrophe. C'est un art de vivre. Une société unique. Un écheveau de règles dites et non dites qui font du quotidien un rituel bien réglé, que la démographie vieillissante de ce vieux pays entreprend peu à peu de bousculer. Qu'est ce qu'être Japonais aujourd'hui ? Comment concilier l'infini romantisme des pavillons d'or et d'argent de Kyoto et les émois forcément pervers du Kabuki-cho, le quartier dévoyé de Shinjuku, à Tokyo ? Comment raconter le Japon de ce siècle sans comprendre que son dessein industriel et occidentalisé, fruit de mutations aux forceps, se fracasse aujourd'hui sur la concurrence effrénée de la Chine dont l'archipel refusa toujours d'être l'obéissant vassal, jusqu'à se lancer dans les plus folles épopées nationalistes ? Ce petit livre n'est pas guide. C'est un décodeur. Il dit le Japon des Japonais et plonge le lecteur au coeur de traditions millénaires, pourtant toujours omniprésentes. Il pointe les transformations de l'archipel et souligne ses fractures. Plus qu'un récit, une autobiographie d'un Japon raconté comme une personne.
Au XIXe siècle, sous l'ère Meiji, le Japon s'ouvre à l'Occident. Epris d'absolu, le jeune Mitsudô cherche d'abord au monastère du Mont Koyala la voie de la "pure conscience primordiale" prêchée par l'école Shingon. Devenu ermite, il fuit Kyoto en proie à la guerre civile et décide pour y échapper de quitter son pays et de partir sur les traces du Bouddha. Il va poursuivre sa quête spirituelle, au gré de ses rencontres et de ses aventures, en Inde, au Népal, où une danseuse sacrée l'initie au symbolisme et à la sexualité tantriques, au Tibet enfin, Douze ans plus tard, c'est un homme différent, lucide et serein, qui regagne un Japon profondément transformé...
Résumé : Le goût pour les "mots étrangers" - de l'anglais au grec ancien en passant par le latin -, Corinne Atlan l'a toujours eu. Mais rien n'avait laissé présager qu'elle s'intéresserait au japonais... Pourquoi choisir cette langue ? Peut-être pour cet éloignement, pour le dépaysement que représentent les idéogrammes et syllabaires japonais - kanji et autres hiragana et katakana. Parsemant son récit de références fascinantes à la littérature et à la culture japonaises, Corinne Atlan nous permet de côtoyer, par son travail, des auteurs incontournables : Haruki Murakami, Sawako Ariyoshi, Ryû Murakami, Mori Ôgai, Fumiko Hayashi, ou encore Kôtarô Isaka. L'autrice revient également sur le parcours surprenant qui est le sien, réfléchissant sur la traduction d'une langue si différente du français, convoquant ses souvenirs, ses doutes, questionnant sans cesse ses pratiques et dépeignant son processus de traduction, de l'interprétation d'un texte à sa traduction, pointant le nécessaire lâcher-prise et l'importance de faire son deuil de l'original. Loin de "l'exotisme" qui a longtemps accompagné les écrits au sujet de "l'Empire du Soleil-Levant" , Corinne Atlan nous raconte les spécificités d'une langue dont le sens passe par le dessin, évoquant la richesse d'une cultue basée sur les oppositions et les paradoxes nés de son histoire. Au-delà d'une réflexion sur la traduction, Le Pont flottant des rêves est aussi une véritable invitation au voyage, à la découverte, par la lecture, de l'incroyable richesse de la culture et de la littérature japonaises.
La traduction n'est pas seulement mon travail alimentaire. C'est mon métier, et je suis attachée à ce mot avec tout ce qu'il connote de soin, de savoir faire, de travail minutieux sur la trame de l'écrit. La traduction est mon métier, elle a forgé ma personnalité, y compris en tant qu'autrice ; j'écrirais sans doute autre chose et autrement, si je ne passais pas une partie de mon temps à traduire depuis deux langues étrangères, si j'étais ancrée dans une seule langue, une seule culture, un seul territoire. Cesser de traduire, ce serait renoncer à ce qui m'a faite telle que je suis.
C'est ici que nous nous retrouvons tous les deux, toi et moi, comme lors de ces lentes promenades sur le Paseo de los Chopos avant que ton coeur n'éclate un midi de printemps il y a plus de vingt ans. De tout cela, père, il y a bien trop d'années, et bien trop de silence. Bien trop.
Puisque j'étais occupé à rompre le lien organique qui m'unissait à Rougeville, nous serions sous peu appelés - la ville et moi - à nous installer dans une crise sans fin : moi dans une crise d'identité aux multiples rebondissements, pour cause d'impostures successives ; et la ville, de son côté, dans une longue agonie économique (suite à l'arrêt de l'exploitation de ses puits de mine au milieu des années 1970)."
Mon voyage intérieur vers l'Europe commença dès l'instant où, m'étant inscrite à un cours d'allemand à Tokyo, j'ouvris le manuel. Prononcer l'alphabet autrement que pendant les cours d'anglais eut un effet libérateur. Mozart sonnait enfin comme Mozart puisque je ne prononçais plus le z comme dans zéro, mais comme dans pizza, donc plutôt d l'italienne, et par conséquent à l'européenne. [...] Mon insolence juvénile me donnait l'illusion d'avoir parcouru déjà la moitié du chemin vers l'Europe."