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SCHREBER THEOLOGIEN. L'INGERENCE DIVINE II
ALLOUCH JEAN
EPEL
23,00 €
Épuisé
EAN :9782354270575
Question de registresDieu n'a pas encore fait son exit.JACQUES LACANPeut-être même les infortunes personnelles que j'ai dû endurer, et la perte de béatitude que j'ai subie à ce jour, pourront-elles trouver une compensation, si, à l'occasion de mon cas, la connaissance des vérités religieuses s'ouvrait à l'humanité d'un seul coup, dans une mesure incomparablement plus ample qu'il n'en eût été pour des siècles - ou pour jamais - par voie de la seule recherche scientifique [...].DANIEL PAUL SCHREBERCette seconde épigraphe dit très exactement mon projet en relisant, aujourd'hui et après tant d'autres, les Mémoires de Daniel Paul Schreber. Dieu y est reconnu mal en point, ce qui l'amène à intervenir auprès des humains vivants, là où, pourtant, il n'a en principe et en pratique rien à faire. Cela s'appelle «ingérence divine» (göttliche Einwirkung), le français rendant Einwirkung également par «influence» ou «action». Ce que l'on appelle ses infortunes personnelles, annonce ici Schreber, est porteur d'un savoir inaccessible par voie scientifique. Il décrit ces infortunes, il ne les rapporte d'ailleurs pas seulement dans ses Mémoires, en souhaitant qu'un jour, qu'il juge probable, on puisse accueillir ce savoir au titre d'«une source importante de connaissances pour l'édification d'un système religieux tout à fait neuf» (p. 158, note 80) - ce qui fut dit d'emblée et répété à la fin des Mémoires, plusieurs fois aussi, tout au long des chapitres. Schreber ne s'engagera pas pour autant dans l'entreprise qui aurait consisté à fonder une nouvelle religion, il n'est pas prosélyte, il laisse largement libre son lecteur.Soit. Il ne reste donc plus qu'à ne pas user de cette liberté autrement qu'en jouant le jeu qu'il propose. N'est-ce pas le moins que l'on puisse attendre de l'analyse? Il va donc s'agir de mettre comme à nu ce savoir en l'extrayant de l'ouvrage foisonnant qu'il a écrit des années durant et qui, par sa complexité, reste d'un accès aussi ardu que, par exemple, la Critique de la raison pure - que je ne mentionne pas ici tout à fait par hasard, on le verra.Jacques Lacan invitait à en passer par ses signifiants, faute de quoi l'on ne saurait, affirmait-il, avoir accès à son dire. À une importante réserve près, cela est largement aussi vrai avec Daniel Paul Schreber, et d'autant plus inévitable que ses signifiants apparaissent plus «infamilliers» (Freud). Sans ici mettre en liste les nombreux noms propres auxquels on a affaire en le lisant, voici celle de quelques-uns des termes qu'il prend soin, chacun, de définir: malice (que l'on pourrait aussi rendre par «manipulation» ou «machination»), rayon, meurtre d'âme (déjà chez Luther), force d'attraction, hommes bâclés à la six quatre deux (la traduction est quelque peu dépréciative: «hommes fabriqués/produits fugitivement»), parler des nerfs, contrefaçon de la pensée, éviration, système de louvoiement, ordre de l'univers, petits hommes, temps sacré, perturbation, dérèglement, fractionnement d'âme, loi de renouvellement des rayons, fixation, arrimage, système de prise de notes, passer pour, rayon traceur, petits diables, machine à corseter la tête, conception des âmes, texture nerveuse de la volupté, mouvements tournants, oiseaux miraculeux, etc. Ces définitions signalent qu'il s'agit de concepts, non de signifiants au sens de Lacan, c'est-à-dire d'une matérialité qui, comme telle, opère hors sens.
On voudrait comprendre ; on ne peut. C'est le caractère vraiment hallucinant de cette affaire que l'horreur de ce double crime – l'un des plus atroces qui aient jamais été commis – soit encore dépassé par le mystère qui l'enveloppe. (...) Tous ceux que j'ai interrogés sont comme désarmés devant l'inexplicable. Eux non plus ne comprennent pas, et ils invoquent la folie. (...) A quoi pensent-elles, tandis que se déroulent, renouvelées, les images de leur crime, et que se joue leur sort ? Etrangères au débat, figurantes, n'apparaissent-elles ainsi presque privées de vie que parce que toute leur vie, justement, est tirée vers l'intérieur ? N'ont-elles point cessé, depuis le 2 février, de ressusciter le seul moment de leur morne et honnête existence où elles sont sorties d'elles-mêmes, ou plutôt elles ont sorti d'elles-mêmes cette mortelle fureur qui, à leur insu, y dormait ? Leur vie est-elle suspendue depuis ce jour, et le temps, au lieu d'écouler des heures nouvelles, répète-t-il inexorablement cette heure-là, qui fut la seule ? Louis Martin-Chauffier, extraits de Les mauvaises brebis du "Bon Pasteur", paru dans Vu, n° 290, 4 octobre 1933.
Correspondant du journal Libération de 2002 à 2005 à Jérusalem, Jean-Luc Allouche retrace ses "choses vues", entendues, senties, au milieu des belligérants israéliens et palestiniens. Généraux et guérilleros, épiciers et paysans, intellos et travelos, colons et candidats kamikazes, mais aussi journalistes fanfarons et diplomates arrogants se retrouvent sous sa plume. Ce livre sait mêler la vie quotidienne à la "grande politique", avec ses héros et ses salauds, ses bravaches et ses humbles, ses moments d'humanité simple et sa cruauté inouïe. Pratiquant l'hébreu et l'arabe, l'auteur a parcouru Israël, la Cisjordanie et Gaza pendait les années de la seconde Intifada. Jamais dupe de vérités trop tranchées, il cultive l'humour et la distance face aux deux camps. Et affiche une certitude: la paix n'est pas pour demain.
Chartier Pierre ; Allouch Jean ; Badiou Alain ; Ga
Résumé : Après la puissante poussée théorique des années 1960-1980, celle qu'on a saluée du dehors comme la French theory, à quel repli assistons-nous aujourd'hui? Devant quelles voies de recherche reculons-nous? Bref, quelles questions n'osons-nous plus affronter? Qui donc en est soulagé? La critique indigente mais ramifiée qu'a rencontrée récemment le travail entrepris par François Jullien ouvrant un vaste chantier à partir des pensées de la Chine et de l'Europe en est à sa façon un symptôme. Car construire dans la pensée, quand c'est l'extériorité de la Chine qu'on aborde, oblige à délaisser la comparaison facile où l'étranger est rangé dans des catégories dressées d'avance, et même qu'on ne soupçonne pas. Voilà qui contraint inéluctablement à dé- et re-catégoriser; appelle à dresser des figures d'altérité qu'on n'aura garde d'enfermer dans un binarisme simple mais qui éclairent aussi en retour notre inconscient théorique; force donc à revenir sur l'impensé auquel notre pensée reste adossée. L'enjeu de ce grand déplacement et dépliement via la Chine n'est pas moins que d'explorer de nouvelles configurations du pensable. Qui a donc peur de François Jullien ?
Les psychotropes ont installé une machine au milieu de la scène psy. Comment travaille-t-elle ? Depuis 1852 (mise sur le marché du Largactil), les psychotropes ont d'abord réorganisé la psychiatrie lourde, héritière de la psychiatrie asilaire et de ses patients psychotiques. Puis ils ont fini par envahir et redéfinir tout le champ des troubles mentaux. Mais la machine est restée très modeste. Elle veut seulement aider. Elle a comme rouages un certain nombre de techniques et de tests comportementaux ou cellulaires, qui se pratiquent sur des rats, des souris et des chiens. Cependant, il pourrait bien y avoir une grandeur des psychotropes que les psychanalystes n'ont pas été capables de saisir et qui les met progressivement hors jeu.
Comment Marcel, le brillant mais stérile narrateur d'a la recherche du temps perdu, en est-il devenu l'auteur? Un tel passage à l'acte semble voué à rester une énigme. Cependant, la Recherche est ainsi construite qu'on peut induire l'idée dont Proust fut l'homme, celle qui lui a permis de réaliser sa «vocation invisible». Cette enquête lit Proust à la lumière de ce qu'il fait, souvent sans le dire, ou seulement à demi-mot. Elle montre que le lent accomplissement de sa destinée créatrice recèle une démonstration rigoureuse, aussi nouvelle dans ses principes ou dans ses fins que dans ses moyens romanesques. On ne songe guère à consommer de la philosophie dans Proust. À tort. Car, lorsqu'on relie le théorème du temps retrouvé à la structure profonde de la Recherche, l'idéalisme proustien apparaît alors comme une véritable leçon de créativité. Thierry Marchaisse est philosophe, éditeur, traducteur de philosophie anglo-saxonne (Quine, Rorty, Kripke). Il a publié avec François Jullien, Penser d'un dehors (la Chine), Le Seuil, 2000.
À l'origine de toute oeuvre, artistique ou autre: une mort. Et l'oeuvre est censée effectuer le deuil, telle est aujourd'hui la vulgate. On sait moins que la mort en est aussi le terme, non pas tant la mort physique de l'auteur, car son oeuvre lui survit, mais cette seconde mort à laquelle tout un chacun est promis lorsque le temps vient où plus aucune trace ne subsiste de ce qui a été réalisé. Une question s'ensuit, d'autant plus vive que l'oeuvre produite sera davantage reconnue "immortelle": comment se prêter à cette seconde mort, geste générateur de l'oeuvre, alors même que l'oeuvre en barre l'accès? Chacun à sa manière, une romancière, Yoko Ogawa, un poète, Stéphane Mallarmé, un psychanalyste, Jacques Lacan, a tenté de résoudre cette difficulté. Selon quels biais? Et comment se présenterait l'amour s'il devait, lui aussi, être délesté de son parfum d'éternité? Biographie de l'auteur Jean Allouch exerce la psychanalyse à Paris. Il a notamment publié: Erotique du deuil au temps de la mort sèche (Paris, Epel, 1997), La psychanalyse est-elle un exercice spirituel? (Paris, Epel, 2007), Les impromptus de Lacan (Paris, Epel-Mille et une nuits, 2009).