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Le Galaté au Bois. Edition bilingue français-italien
Zanzotto Andrea ; Di Meo Philippe
BARQUE
30,00 €
Épuisé
EAN :9782917504529
- Andrea Zanzotto : " Le Galaté au bois " (Il Galateo in bosco) Le titre, pour partie néologistique en français, emprunte au célèbre traité des règles de savoir-vivre de Monsignor Della casa, intitulé en italien Galateo, oppose culture (les règles sociales) et nature (bois touffu). Il s'agit du premier volet (1978) de la trilogie de la maturité du poète que le plus grand critique italien du siècle dernier, Gianfranco Contini a tenu à présenter. C'est aussi le seul recueil de cet ambitieux projet poétique à ne pas être aujourd'hui disponible en français. Les deux autres pans dudit triptyque, " Idiome " (1983) et " Phosphène "s (1986), sont tous deux présents en librairie. L'ouvrage prend pour thème un lieu défini, celui de la forêt du Montello situé au sud du bourg où le poète est né. Cette région s'avère particulièrement riche en sédiments historiques, échos, réseaux et figures. Là se dressent, par exemple, les ruines d'une grande abbaye où vécu Monsignor Della Casa, dans ces mêmes parages évolua la poétesse de la Renaissance Gaspara Stampa. Ce fut aussi un champ de bataille durant la première guerre mondiale et, de tout temps, un refuge pour les marginaux. Ces éléments, ici rapidement évoqués à titre indicatif, campent un sud et son histoire érodée reconduite à ses bribes surnageant dans l'histoire locale sous forme de fourmillantes historiettes, citations mémorables, épiphanies diverses. Cet enchevêtrement de temporalités dissemblables détermine un mélange stylistique familier aux lecteurs italiens : celui d'un plurilinguisme dont le Dante de la " Divine Comédie " est l'épigone. Autrement dit, la rencontre de styles diversifiés appartenant à des âges différents, tous dûment déhiérarchises dans une promiscuité généralisée mêlant mémoire littéraire, onomatopées, oralité : du sublime au trivial. Cet encyclopédisme langagier se révèle comme le juste rendu stylistique d'une histoire s'offrant tout à tour comme enfouissement et surrection, survivance et oubli, dont la faille périadriatique traversant de part en part la géographie concernée est aussi une métaphore seyante. Une syntaxe inattendue en résulte dans laquelle l'articulation est dévolue non au mot mais, le plus souvent, à des séquences verbales hétérogènes : accidenté, seul leurs heurts, chevauchements, juxtapositions, télescopages assoit le sens. L'histoire littéraire s'en trouve remaniée d'autant : paradoxalement, des styles distincts appartenant à des ères différentes finissent par y tenir un seul et même discours. Les styles mis en oeuvre sont ainsi arrachés à leur historicité pour vérifier la circulation du symbolique qu'ils viennent vérifier par-delà toute prétendue clôture : de langues en langages irréductibles. D'un italien d'une littérarité soutenue à un dialecte simplement parlé, par exemple. La critique italienne y a vu non seulement l'oeuvre maîtresse du poète de Vénétie mais également le chef-d'oeuvre le plus original de la poésie cisalpine du XXe siècle, qui en compte pourtant beaucoup d'autres. Au-delà, on peut tenir pareil recueil pour " généalogique " (dans une acception non nietzschéenne du terme) dans la mesure où prenant conscience du caractère suranné d'une tradition, l'européenne à travers l'italienne, ce recueil opère, idéalement et réellement, une synthèse de toutes les traditions précédentes, un peu comme Rabelais en son temps vis-à-vis de la tradition médiévale, et, cela, rien que pour donner un futur au genre poétique. Au reste, sa temporalité n'est-elle celle d'un futur antérieur (titre d'un célèbre poème de " Phosphènes " : " Futurs simples - ou antérieurs ") ? (Philippe Di Meo)
C'est le recueil central du poète vénitien, le point d'aboutissement de ses recherches verbales. Le poète met à contribution des citations savantes de la tradition littéraire, de Virgile à Hölderlin, mais aussi des onomatopées et le babil des enfants, appelé "pétel" en vénitien. Andrea Zanzotto nous donne des vers empreints d'une très grande fraîcheur et d'une délicatesse exquise noués autour du thème de la beauté féminine et artistique. Une trame sonore et rythmique enivrante conjugue avec bonheur les registres les plus disparates. Il parvient à rajeunir et à revigorer le discours poétique de façon aussi douce que surprenante. C'est le plus grand poète italien depuis Leopardi.
Si Le Galaté au bois, premier volet de la trilogie d'Andrea Zanzotto, prenait pour thème un sud matérialisé par les bois sombres et feuillus du Montello, semés de riches traces historiques, Phosphènes, le second pan du dessein trinitaire, campe, pour sa part, un nord peu ou pas historicisé, fortement minéralisé, inclinant à un blanc enneigé, givré ou glacé. Dans cet univers comme surexposé, de réfractions en diffractions, la lumière est au surcroît. Une foule de scintillements se propage de place en place, la parole s'émiette en une multitude de bribes tantôt abstraites tantôt concrètes où les effets de vérité et les épiphanies - Eurosie qui protège de la grêle, Lùcia porteuse de clarté au plus sombre de l'hiver - se bousculent. Cet univers transi et congelé se révèle toutefois réversible car, invisibles, des lacs peuvent se former sous les glaciers les plus hostiles, la lumière ricocher sur les surfaces blêmes. Un jeu d'oppositions contradictoires, mimant d'une certaine façon le silence et le cri, se fraye alors la voie. Le couple conflictuel et finalement complice du carbone et de la silice, à l'occasion susceptible de se changer en silicium, se fraye la voie. Une recomposition des minuscules signes éblouis, aveuglés explose alors en une pulvérulence de phosphènes proches et lointains, intérieurs et extérieurs, impersonnels ou privés. Des gisements épars de souvenirs fossilisés ou enfouis réaffleurent, à mi-chemin du sens et du non-sense, sur une page virginale mimant tous les jeux du recommencement. Là le moi et le monde se superposent sans se confondre pour parler ensemble et l'un de l'autre, l'un à travers l'autre, comme dans la transparence d'un prisme cristallin faceté. Un miracle synesthésique et anagrammatique devient alors tangible, la conquête d'une apaisante lumière dorée, procédant d'une temporalité au futur antérieur devient finalement tangible.
Si, à côté de sa poésie, Andrea Zanzotto nous a nous a légué une oeuvre critique particulièrement abondante, il n'a pour ainsi dire jamais écrit sur des artistes. C'est, peut-être, que fils d'un peintre, pour des raisons bien compréhensibles, il était pour lui difficile de se mesurer avec ce genre d'écriture. Ce "Corot" est donc une exception majeure qui a elle seule en souligne toute l'importance. Car dans le même temps, cette analytique prose n'est, de surcroît, pas fortuite ni même inattendue chez un poète qui a fait du paysage l'un des signifiants majeurs de sa poésie. Souvenons-nous : son premier recueil ne s'intitulait-il pas "Derrière le paysage" (1951) ? Le Corot de Zanzotto est ce peintre qui traite des arbres comme autant de personnages vivants pour exalter le sentiment de vie de la nature, comme par exemple dans "Souvenir de Mortefontaine" . Et, cela, au moment même où dans la peinture impressionniste le personnage était bien près de perdre peu à peu de son aura pour bientôt se changer en évanescente silhouette. Pour le poète de Vénétie, toujours en suspens, jamais passible d'une définition totalisante, une certaine idée du paysage se pose depuis longtemps comme l'horizon ouvert de toute activité psychique. Pour lui, elle est surtout "issue de la peinture" , justement. Ne demeure-t-elle pas l' "épiphanie" la "plus appropriée" de la "nature". Le "paysage" de Corot se révèle comme une tentative humaine de saisir, fût-ce l'espace d'un instant, le rapport avec une vérité potentiellement globale où l'origine de la nature et l'origine du moi se rencontrent. Le tout sous-entendant une "vision-idée" : celle du paysage tel qu'il a été, pour l'essentiel, médié par la peinture. De sorte qu'au-delà de la fine reconnaissance critique de l'oeuvre de Corot, cet écrit nous permet de cerner au plus près la poétique d'Andrea Zanzotto. Philippe Di Meo
Tout au long de sa vie, comme Pier Paolo Pasolini, Eugenio Montale ou Italo Calvino, Andrea Zanzotto a multiplié les essais critiques sur des auteurs étrangers ou italiens ressentis comme proches : Michel Leiris, Henri Michaux, Antonin Artaud, Fernando Pessoa, Joseph Conrad, Félix Guattari, Gilles Deleuze, Jacques Lacan, Giuseppe Ungaretti, Giacomo Leopardi, Umberto Saba, la science-fiction, etc. Loin de tout académisme, le poète y reconnaît le noyau spécifique de chaque oeuvre prise en compte. D'une acuité et d'une originalité étonnante, le point de vue du poète surprend par la justesse de son propos, la richesse de son information, l'étendue de sa curiosité et son encyclopédisme. Dans ces essais, nous pouvons également, parfois, identifier des déclarations de poétique transversales. Ces réflexions ont aidé à la réalisation de l'oeuvre poétique du poète italien. Au-delà, dans l'affligeante insuffisance des outils critiques disponibles sur la littérature et la poésie italiennes, cet ensemble constitue un précieux viatique pour le lecteur français soucieux d'approcher cette tradition.