Ce troisième et dernier volume des écrits du centre Racard aux éditions L'Harmattan, clôt une boucle et en ouvre d'autres, de cette tentative, telle que l'entend Fernand Deligny, d'hospitalité -au sens fort du terme-institutionnelle et psychosociale offerte à des personnes souffrant de troubles importants de la personnalité. Le Racard, centre d'hébergement et lieu de vie avec appui psychosocial situé à Genève, réussit, depuis sa fondation en 1981 jusqu'à nos jours, à persévérer dans la conception d'un espace vital de recomposition subjective et psychique non psychologisant et non éducatif. Et ceci malgré les fréquentes pulsions normatives qui, dans la durée, guettent quotidiennement toutes sortes de dispositifs d'aide sociale et psychologique. Le défi, et tout professionnel du champ " psy " ou social peut s'en rendre compte, est à la hauteur des pressions inconscientes ou objectives de normalisation, venant non seulement de l'extérieur de par la rigidité des paradigmes en vogue, mais aussi de l'intérieur de par le côté déstabilisant et angoissant que peut engendrer cette démarche vis-à-vis des professionnels eux-mêmes. Durant toutes ces années il a fallu, au centre Racard, articuler structure ou structuration de l'espace du faire et de l'agir institutionnel, avec des plages protégées vis-à-vis de toute codification normative préalable. Le plus difficile, certes, dans les rapports humains, ce n'est pas tant de structurer, de réglementer l'espace institutionnel, social et transsubjectif des échanges que de pouvoir laisser à chacun la place d'évoluer dans un climat de haut coefficient de liberté. D'évoluer, selon ses rapports de convenance ou de disconvenante, pour que l'humain, ainsi fait et tel qu'il se vit, puisse s'approprier le lieu, sortir de sa carapace invalidante afin de s'aventurer à saisir, voire " fabriquer ", sa propre et singulière possibilité de se retrouver sans crainte d'être jugé.
Norambuena Miguel-D ; Porret Michel ; Dominicé Pie
Depuis quinze ans, le Racard, centre d'hébergement d'urgence et lieu de vie à Genève, accueille toute femme ou tout homme en difficulté sociale ou psychologique, pour un séjour de courte ou moyenne durée. Appartement convivial à huit lits, où cohabitent des toxicomanes, des personnes psychiatrisées, des jeunes suicidaires ou des individus souffrant de solitude, le Racard donne sens et forme à une culture institutionnelle humaniste qui reconstruit le lien avec la vie pour celles et ceux qui en sont exclus. L'éthique institutionnelle du Racard apparaît ici comme une culture du métissage que permet l'alliance intellectuelle avec les autres sciences humaines, mais aussi avec des pratiques artistiques ou poétiques qui constituent la singularité même de ce centre d'hébergement. Parfois sceptique face à la médicalisation grandissante du champ social, Miguel D. Norambuena montre que la pratique de résidence mise en oeuvre au Racard incarne un travail psychosocial qui place l'individu et ses contradictions au coeur de tout projet thérapeutique. Il nous rappelle en fait ce qu'une société moderne doit valoriser contre la violence et la précarité afin que les plus démunis puissent renouer avec leur dignité morale et sociale.
Les portraits d'Yvrose sont révélateurs d'un essai, d'une tentative d'explorer la vie et c'est en cela que cette démarche touche à l'essentiel : essayer de se comprendre pour mieux comprendre.
Cet ouvrage sur une pratique élaborée au cours de plusieurs années de travail par des professionnels de l'aide psychosociale est traversé par une question de fond : comment offrir un espace de vie et d'émancipation des subjectivités à des personnes qui ont été classées invivables avant même de franchir la porte d'un centre social ou thérapeutique ? Cette réflexion s'inscrit avant tout dans une critique de l'institutionnalisation et reprend les analyses du système asilaire élaborées par Foucault, Goffman, Deleuze et Guattari. Elle représente une tentative de remise en question des grandes institutions thérapeutiques et éducatives. Le Racard, centre d'hébergement d'urgence et lieu de vie avec appui psychosocial, situé à Genève, tente de pallier les échecs des pratiques normalisantes appliquées à des personnes en processus d'exclusion sociale. Dans ce lieu, les repères de la pratique concernent l'usage de l'espace, la réinvention du lien social et subjectif, le travail de sevrage des redondances invalidantes, l'invention des temps " mineurs ", la mise en avant des rituels sociaux. Au cœur du " managérisme " triomphant et du mythe du progrès, de la pensée consensuelle, de la désertification des rapports humains, Miguel Norambuena et son équipe d'animation psychosociale tentent de montrer, au travers d'une pratique institutionnelle centrée sur le ici et le maintenant, la possibilité de devancer la précarisation subjective et la désaffilialion sociale en cours.
Le 1er août 1909, François Faber remporte la septième édition du Tour de France cycliste. Le " Géant de Colombes ", ancien docker sur le port de Courbevoie, entre dans la légende, mais bien plus qu'un parcours sportif exemplaire son itinéraire est un condensé de la France de la Belle époque. L'histoire d'un gamin de banlieue au physique hors du commun et à l'appétit féroce, grandi entre maraîchages et usines, puis saisi par le démon d'une petite reine qui fera sa fortune. Un enfant de son siècle, qui croise aussi en chemin la terrible crue de la Seine en janvier 1910, le grand Jaurès quelques jours avant son assassinat, puis fauché en pleine gloire en mai 1915, lors de l'une des plus formidables offensives de la Grande Guerre... En s'appuyant sur la presse d'époque et sur de nombreux documents inédits, ce livre retrace le destin romanesque de ce champion attachant, l'un des plus populaires de son temps, né et grandi en France, devenu luxembourgeois à sa majorité sans jamais quitter sa ville de Colombes, puis engagé volontaire dans la Légion étrangère pour défendre sa patrie d'adoption.
Dans un contexte économique caractérisé par la mondialisation où les fusions, délocalisations et liquidations d'entreprises sont autant de risques pour les managers, la ressource principale de l'entreprise reste la connaissance. Véritable capital technique, social et culturel, il convient de la préserver, de l'enrichir et de la transmettre. Le capital mémoire de l'entreprise ouvre la voie au management des savoirs, à la gestion des connaissances et à l'ingénierie de la mémoire organisationnelle qui, chacun dans son domaine, cartographient les compétences et les savoirs que recèle l'entreprise et en définissent les enjeux stratégiques. Loin d'être un tout homogène, la mémoire de l'entreprise emprunte à de multiples sources, individuelles ou collectives, se pourrit de cultures conflictuelles et se fixe sur des supports composites - simples récits d'anecdotes, documents de presse ou institutionnels (affiche, film d'entreprise, banque de données...). Par-delà les clivages culturels, les querelles de territoires, les tactiques du secret, les justifications plus ou moins excusables de l'oubli, cet ouvrage montre en quoi la mémoire constitue, pour l'anticipation stratégique et la construction identitaire des collectifs de travail, un facteur-clef dé la communication d'entreprise. L'exemple des Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire illustre toute là complexité et la richesse du capital mémoire d'une grande organisation.
Au matin du 22 mars 2016, en se rendant à son bureau, Caroline Choplin monte dans le dernier wagon de la rame de métro qui s'arrêtera brusquement à la station Maelbeek. Elle ne le sait pas encore, mais ce choix involontaire lui sauvera la vie. Trois ans après le double attentat qui a frappé la capitale belge, elle revient sur les émotions ressenties ce matin-là et celles des jours et des mois qui ont suivi le choc.
Immobile face à sa femme, il attend les premières séries de l'après-midi. Six mois qu'elle est partie. Elle n'a jamais donné de nouvelles et lui, comme un con, il garde sa photo sur la télé. II s'entend lui chuchoter "ils m'ont viré, tu te rends compte, ces salauds", et il est sûr d'apercevoir aux commissures de ses lèvres l'ébauche désolée d'un sourire. Ici, on voudrait s'aimer et on ne sait pas bien comment ; on parle sans toujours trouver les mots ; on s'accroche au quotidien comme on peut. Au fil des quinze histoires qui composent ce recueil, on croise des individus qui donnent parfois l'impression de marcher à côté de leur propre existence. Le propos est grave, souvent drôle, toujours tendre.