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L'autre mondialisation
Wolton Dominique
FLAMMARION
20,30 €
Épuisé
EAN :9782082102735
Avec l'ouverture des frontières, la télévision, la démocratisation des voyages et plus récemment Internet, le monde se serait mué en un gigantesque « village ». C'est, du moins, ce que veulent faire croire des industries de la communication plus puissantes que jamais; nous serions tous « citoyens du monde », multi-branchés, capables d'assimiler les héritages les plus divers, bricolant dans la bonne humeur une sorte de culture mondialisée. Rien de plus vain que cette prétention cosmopolite. Pour affronter un monde toujours plus ouvert, et donc plus incertain, il faut au contraire être confiant dans son identité, prêt à se confronter à d'autres valeurs. Bref, avoir des racines. Ce n'est pas parce que l'Autre est aujourd'hui plus accessible qu'il est plus compréhensible, c'est même précisément l'inverse. Plus nos différences sont visibles, plus elles créent des tensions. Curieusement, alors qu'on ausculte à la loupe la mondialisation économique, on oublie de penser cette « autre mondialisation » dont dépendent pourtant la paix et la guerre de demain. A quelles conditions, donc, organiser au niveau mondial une cohabitation des cultures? C'est la question centrale de ce livre et, pour Dominique Wolton, l'un des principaux enjeux politiques d'aujourd'hui. À contre-courant des idées reçues, il risque des propositions qui surprendront.
La seule révolution de ces 50 dernières années est celle de la communication. Plus de messages, plus de diffuseurs, plus de récepteurs, plus de modes de branchement, plus vite, plus loin... Que nous le voulions ou non, nous sommes les héritiers et les acteurs de cette révolution : quand nous regardons les infos du JT, quand nous ouvrons nos portables, quand nous achetons nos billets de train via Internet... Surpuissante communication ? Ce n'est pas si sûr... Derrière les évidences empiriques pointe une interrogation autrement plus grave : et si l'idéal démocratique qui présida naguère à ce développement de la communication était en réalité fortement menacé ? En créant un gigantesque marché mondialisé, les industries de la communication ont prouvé qu'elles étaient florissantes économiquement ; elles n'ont pas su en revanche travailler à une meilleure compréhension entre les gens, entre les peuples. L'autre est autre, irréductiblement. Plus accessible aujourd'hui qu'hier, il n'en est pas plus compréhensible (voir l'échec de la présence américaine en Irak). Il faut donc sortir la communication du leurre de sa surpuissance, il faut, plus modestement, repenser les conditions d'une vraie cohabitation des cultures. Et accepter l'incommunication comme tout horizon de la communication.
A quoi sert la télévision? A rapprocher des publics parailleurs séparés les uns des autres dans une société où chacunest enfermé chez soi. Là réside le génie de la télévision: faireparticiper chacun individuellement, librement, gratuitement àcette activité collective, partagée simultanément par le plusgrand nombre. Elle est le lien social par excellence de ladémocratie de masse. Car du haut en bas de l'échelle sociale,chez les riches comme chez les pauvres, les urbains et lesruraux, les jeunes et les vieux, tout le monde regarde latélévision. Et en parle. Telle est la thèse centrale du livre, quivise à montrer l'importance de la télévision du point de vuedémocratique. Pour cela, il faut critiquer les idéologies,techniques, politiques et économiques, qui l'enserrent etl'étouffent, privilégier la télévision généraliste qui s'adresse augrand public et se méfier des télévisions thématiques qui, souscouvert de satisfaire les publics, ne font que reproduire lesinégalités sociales et culturelles. La télévision est unformidable outil d'émancipation politique et culturelle, aussiimportant pour l'avenir de l'Europe que l'éducation, la cultureet la recherche. A condition de susciter des politiques plusambitieuses que les modes dont elle est l'objet.
Maastricht clôt quarante années de construction technocratique de l'Europe et ouvre une autre histoire : celle de l'Europe démocratique. Réussir cette Europe nouvelle, la dernière utopie, c'est d'abord accepter de raisonner autrement.
Résumé : La communication est un des symboles les plus forts du XXe siècle. Son idéal, rapprocher les hommes, les valeurs et les cultures, est au c?ur du modèle démocratique et triomphe par l'intermédiaire de techniques de plus en plus performantes et séduisantes. Sa réussite est à ce point exemplaire que nombreux sont ceux qui voient dans le multimédia et les réseaux la réponse aux maux de nos sociétés et l'esquisse de nouvelles solidarités. Dominique Wolton remet les choses à leur place et explique avec vigueur qu'il ne faut pas confondre performance technique et nouvelle société. Au bout de toutes ces techniques les plus sophistiquées et les plus interactives, on retrouve toujours des inégalités. Surtout la même difficulté à se comprendre et parfois la même solitude. Plus la communication technique est performante, plus on découvre ce qui la sépare de la communication humaine. Ce livre enthousiaste sur la communication montre les dangers dont il faut la protéger. Pour mieux communiquer, il faut renforcer les identités, retrouver le temps et respecter ce qui nous sépare. Penser la communication, c'est d'abord rappeler qu'il n'y a pas de démocratie sans communication. C'est ensuite développer des connaissances pour garder ses distances à l'égard de tant de promesses. C'est enfin éviter que la communication ne s'abîme dans les intérêts et les idéologies au moment où triomphe sa dimension instrumentale ; bilan de vingt ans de recherches sur la télévision, la culture, la communication et la politique, le journalisme, les nouvelles techniques et l'Europe, cet ouvrage est aussi le regard lucide et courageux d'un chercheur sur sa discipline.