La révolution anglaise est peu connue et étudiée en France. Est-ce d'avoir, cent cinquante ans plus tôt, décapité son roi et posé les fondements juridiques des gouvernements modernes ? On ne sait. Il reste que les événements marquants de cette période agitée qui court de 1640 à 1660, date du rétablissement provisoire des Stuarts sur le trône, serviront de modèles aux Insurgents anglo-américains, aux révolutionnaires de 1789, et même à ceux de 1917 en Russie. Pendant la guerre civile (1642-48), l'aile marchante des troupes de Cromwell était constituée par ceux qu'on nommait les Niveleurs, en fait, des démocrates dont l'égalitarisme ne sortait guère du cadre politique, et dont le Lord Protector se débarrassa après avoir vaincu les royalistes. Plus radicales étaient les sectes des Ranters (Vociférateurs), des premiers Quakers (Trembleurs), qui recrutaient leurs ouailles parmi le peuple - et surtout dei Diggers (Piocheurs) qui se considéraient comme les "Vrais Niveleurs". Menée par l'auteur de ce texte, une petite troupe d'entre eux installa en 1649 dans le Surrey une communauté agricole sur des friches. Bien qu'ils en furent chassés au bout de quelques mois par les fermiers du cru, le souvenir de cette tentative originale s'est conservé en Angleterre jusqu'à nos jours.
Winstanley Gerrard ; Popelard Mickaël ; Curelly La
Résumé : Cet ouvrage a pour objectif de porter à la connaissance du lectorat francophone une pensée parmi les plus fécondes et originales qu'aient engendrées la Révolution anglaise du milieu du XVIIe siècle, laquelle conduisit à l'exécution du roi Charles Ier et à l'abolition de la monarchie, puis à l'instauration d'une république qui prit très tôt les traits d'un régime oligarchique. Commerçant londonien, Gerrard Winstanley devint l'un des meneurs des Diggers, ou Bêcheurs, membres d'une petite colonie qui s'installa sur des terres communes dans le Surrey en 1649, l'année du régicide et de la constitution de la république. Les Diggers expérimentèrent ainsi une forme de communisme agraire mais furent pourchassés par les propriétaires locaux et par les autorités de la république, qui craignaient une contagion à l'ensemble du pays de pratiques qu'elles jugeaient séditieuses. La petite colonie fut dispersée un an après sa création. L'existence de cette colonie s'accompagna de la rédaction et de la diffusion de pamphlets, dont certains étaient des productions collectives tandis que d'autres étaient signés de la seule main de Gerrard Winstanley. Défendant la communauté des biens et infusée de mysticisme chrétien, la pensée de Winstanley irrigue l'ensemble des écrits des Diggers qui, pour la plupart, sont pour la première fois traduits en français.
A tous mes frères en la création", c'est par ces mots que Winstanley ouvre son livre. Et déjà le ton est donné. Un souffle millénariste, une ferveur révolutionnaire nourrie de lectures bibliques vont traverser l'ouvrage de part en part. Le sous-titre précise encore les choses : "L'Etat de communisme exposé et offert aux fils des hommes". Selon les propres termes de Winstanley, son texte constitue une "Déclaration aux Puissants d'Angleterre, ainsi qu'à tous les puissants du monde, destinée à exposer la raison pour laquelle le Petit Peuple d'Angleterre a entrepris d'un commun accord de bêcher, retourner et fumer le sol, puis de semer du Blé à George-Hill, dans le Surrey. Par ceux qui y ont souscrit, et par des milliers d'autres qui sont en accord avec eux." Lyrique, emporté, Winstanley met en oeuvre toutes les armes de la rhétorique des prédicateurs pour défendre la cause de ceux qui n'ont rien. Contre la tyrannie et l'injustice, il a su trouver des accents qui, par-delà les siècles sont encore capables de résonner dans la conscience de quiconque ne se satisfait pas de l'état des choses. Ce n'est pas pour rien que l'un des mouvements de contestation les plus virulents des années soixante aux Etats-Unis s'est baptisé à son tour les Diggers : l'esprit de révolte, sous ses multiples formes, est intemporel.
Résumé : Ernst, lycéen dans une petite ville de l'Allemagne du sud, s'éveille à toutes les complexités de la vie. Les injustices et les inégalités sociales, la mesquinerie et la médiocrité de nombre de ses camarades de classe qui prennent plaisir à persécuter plus faible ou plus sensible qu'eux le heurtent, ainsi que la méchanceté et l'hypocrisie de beaucoup d'adultes. L'éveil de sa sexualité, impérativement attrayante mais que l'ignorance et l'hypocrisie rendent mystérieuse, lui valent bien des déboires et des frayeurs. Sa solidarité spontanée avec un jeune Juif, souffre-douleur d'un maître de gymnastique sournoisement antisémite, le rapproche d'un garçon plus averti et plus mûr que lui, fils d'un ancien officier anticonformiste. Brutalement, cette société bien ordonnée bascule dans la guerre et bouleverse le quotidien. Emportés par la vague nationaliste, tous les habitants se retrouvent dans une grande union chauvine : bourgeois et petits-bourgeois se sentent pousser des ailes de héros, les ouvriers sont abreuvés de musique militaire et de discours patriotiques, les militants socialistes sont trahis, abandonnés par leurs chefs dont les idées chancellent. Tous, bras dessus bras dessous, s'engagent dans la guerre que l'on annonce courte et... victorieuse.
Résumé : Richard Müller n'était ni un théoricien ou un politicien comme Rosa Luxemburg ou Karl Liebknecht, mais un ouvrier tourneur, simple adhérent du SPD d'avant 1914, l'un de ces héros que l'Histoire tire de l'ombre avant de l'y replonger, une fois sa tâche accomplie. A la tête du réseau des Délégués révolutionnaires, créé en 1916 pour résister au militarisme, il fut, plus que la Ligue Spartakus, "l'homme de la Révolution de novembre". A travers son action, nous découvrons les ressorts prosaïques des événements, souvent plus décisifs que les discours enflammés et les postures héroïques. Modéré, "centriste", il s'opposera au soulèvement prématuré de janvier 1919 à Berlin et à l'aventureuse "Action de mars" de 1921, lancés par le Parti communiste. Pas toujours avisé dans ses choix, il était aussi parfois courageux et déterminé, à l'image finalement de la classe ouvrière allemande de ces années-là. Partisan d'une "République des conseils", adhérant au KPD en 1920, comme la majorité des socialistes de gauche, il en sera assez vite écarté de fait par la bolchévisation. Après la publication de précieuses Mémoires au milieu de la décennie, il abandonnera toute activité politique pour une inattendue carrière de promoteur immobilier, qu'il mènera sans trop de scrupules.
Résumé : Cette publication rassemble en un seul volume l'ensemble des textes écrits par les deux rivaux de la Ire Internationale l'un contre l'autre. ? On découvrira que si certains éléments de leur longue polémique sont excessifs, versant dans des accusations calomnieuses pour Marx ou antijuives pour Bakounine, d'autres illustrent utilement les deux tendances fondamentales (libertaire et autoritaire) qui divisèrent longtemps, jusqu'à aujourd'hui, le mouvement ouvrier socialiste. On verra aussi que s'ils se combattirent implacablement, les deux hommes ne laissaient pas de nourrir une admiration réciproque, quoique à éclipses, l'un pour l'autre. Ce sera un beau et gros volume (avec des rabats) qu'il fera bon avoir dans sa bibliothèque, et même lire...
Entre 1901 et 1912, L'Assiette au beurre s'est attaquée hardiment, par ses dessins et ses lithographies, à l'ensemble du personnel politique et aux m?urs hypocrites de la soi-disant "Belle Epoque". Alliant le talent de la composition graphique à la férocité satirique, le tout sur fond de gouaille parigote, cette revue est restée la référence majeure en matière de dessin de presse et de caricature. Les peintres qui ont assuré sa prospérité avaient pour certains d'entre eux atteint la célébrité (Steinlen, Vallotton, Forain...), tandis que d'autres allaient l'obtenir dans des genres différents (Poulbot, Van Dongen, Gris...). Mais ce sont surtout les artistes anarchistes Grandjouan, Delannoy et le stupéfiant Jossot qui ont donné véritablement son ton à l'hebdomadaire. Qu'on en juge. Voici 288 dessins présentés en chronologie qui donneront un aperçu de sa production, ainsi que de son évolution au fil du temps.