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Heureux le voyageur. Edition bilingue français-anglais
Walcott Derek ; Malroux Claire
CIRCE
16,77 €
Épuisé
EAN :9782908024531
Heureux le voyageur fait suite au Royaume du fruit-étoile, le premier recueil de Derek Walcott à être traduit et publié en France en 1992, année où le poète antillais reçut la consécration du prix Nobel de littérature. Derek Walcott est né en 1930 à Sainte-Lude, une ile des Petites Antilles. Il fait des études à l'université des Antilles de la Jamaïque, se fait connaître très jeune par la publication de 25 poèmes (1948). En 1953 il s'installe à Trinidad où il fonde l'Atelier de théâtre qu'il dirige jusqu'à la fin des années 1980. Parallèlement à son oeuvre de dramaturge, il poursuit son oeuvre de poète : In a green Night (1962), The Castaway and Other Poems (1965), The Gulf(1970), Another Life (1973), Sea Grapes (1976). Il enseigne ensuite aux Etats-Unis, à Columbia, Yale, Harvard et Boston. 1979 : The Star Apple Kingdom ; 1982 : The Fortunate Traveller ; 1984 : Midsummer. Ses poèmes sont réunis en 1986 sous le titre Collected Poems. Deux recueils ultérieurs ont vu le jour depuis The Arkansas Testament (1987) et Omeros (1990). Claire Malroux : traductrice d'oeuvres de fiction et de poésie anglo-saxonnes. Prix Maurice Edgar Coindreau pour sa traduction des Poèmes d'Emily Dickinson (Editions Belin, 1989). Poète sous le pseudonyme de Clara Sara Roux. A signé le traduction du précédent recueil de Derek Walcott.
« Un homme vit la moitié de sa vie / la seconde moitié est mémoire. » Ainsi Derek Walcott commente-t-il sobrement les raisons qui l'ont incité, aux abords de la quarantaine, à entreprendre le long travail de remémoration dont témoigne l'écriture d'Une autre vie, recueil publié en 1973. Ce livre n'est pas un recueil de poèmes, mais plutôt une narration poétique, divisée en parties et chapitres ou, si l'on veut, en chants, peut-être sur le lointain modèle de l'Odyssée. Le poète articule son récit autour de trois êtres ayant marqué dans sa jeunesse sa rencontre presque simultanée de l'amour (Arma), de l'art (Gregorias) et de la mort (Harry Simmons). Derrière ces figures à la fois réelles et symboliques se dessine celle de l'artiste, saisi aux sources mêmes de la création, dans le dépassement par l'imaginaire d'une réalité souvent désespérante. Comment devient-on et peut-on rester poète dans un territoire perdu des Antilles anglophones, sans tradition ni langue propres? Une autre vie est une éblouissante réponse, un texte qui fait voyager dans l'espace et le temps, mêlant lyrisme et ironie, épopée et truculence. Derek Walcott s'y affirme comme la plus grande voix d'une région du monde sur laquelle il a focalisé l'attention internationale avec l'obtention en 1992 du prix Nobel. - G M.
Résumé : Derek Walcott (1930-), lauréat du prix Nobel en 1992, est une figure de proue de la littérature antillaise contemporaine. Il revêt pour les lettres anglophones une importance comparable à celle d'Aimé Césaire ou de Léopold Sédar Senghor pour la francophonie littéraire. En résistant à la tentation de S'exprimer dans un créole confidentiel, il a su donner à la créolité une universalité qui la fait entrer sans conteste dans le canon de la littérature mondiale. Loin qu'elle soit antillaise seulement par les thèmes, sa poésie est un exemple flamboyant de la renaissance créole, puisant sa vigueur créatrice dans la mixité et les mélanges d'une tradition populaire qui tient beaucoup du carnaval et du calypso. C'est l'expression d'une pensée archipélique, diffractée, rhizomique, captant dans les complexités mobiles de la culture caribéenne les sources d'une inspiration retrouvée, qui se tourne vers l'avenir du monde contemporain.
Pour qui chercherait ici des définitions de la modernité, la lecture sera décevante. L'histoire du siècle passé, celle que pour l'instant nous vivons (mais savons-nous ce que nous vivons ? avons-nous la moindre idée de ce qui se fomente ?), ont donné d'autres significations à ce qui, par exemple, pour Rimbaud précisément, se jouait dans l'ordre de l'" inouï, du fulgurant, de l'illuminant ". D'autres idées sur ce qui peut être appelé " commencement " se sont frayé, se frayent leur chemin. Elles les discernent, ces commencements, comme plus dispersés, plus dissimulés, moins spectaculaires, et surtout, tributaires de la répétition, du ressassement, parfois de l'après-coup de mornes rabâchage. Tout dans ce numéro, sans en faire systématiquement la critique, est à côté des idées qui ont cours sur la modernité et la post-modernité. L'inattendu se révèle véritablement inattendu, sans tambours ni trompettes, la plupart du temps en marge du champ officiel de la pensée, et parfois du champ social de l'innovation. C'est, pour nous, de ce côté que sont les surprises.
C'est à peine si nous sommes les collaborateurs de notre amour , et c'est par cela même qu'il restera au-dessus des dangers banaux. Tâchons de connaître ses lois, ses saisons, son rythme et la marche des constellations à travers son vaste ciel étoilé". (Rilke à Merline, le 28 septembre 1920). Rainer Maria Rilke dessine à travers sa poésie amoureuse une géographie universelle de l'amour, des premiers regards échangés à la douleur de l'absence. Au-delà de l'expérience intime, à côté des grands poèmes métaphysiques où s'inscrit une métaphysique de l'amour, le poète s'adresse dans les poèmes réunis dans ce volume à la Bien-Aimée : femme multiple et unique, pensée (mais non rêvée), extrêmement proche et extrêmement lointaine en même temps, dans la figure de laquelle s'opère la transmutation du discours amoureux en discours poétique.
Chaque vers est enfant de l'amour" écrivait Marina Tsvétaïéva. Mais si l'exacerbation amoureuse, l'intensité de la passion, est effectivement une des caractéristiques de son oeuvre, ce qui frappe avant tout, au-delà de la liste infinie des "muses" masculines ou féminines, c'est qu'elle n'est que très peu assimilable à la poésie amoureuse, classique ou moderne. Il s'agit non pas tant de chanter, célébrer, sanctifier l'objet de sa passion, son propre sentiment, de mettre en scène l'épiphanie de l'amour ou la souffrance de la séparation, que de fonder sa poésie, donc son être même, sur un "absolu de l'amour" antérieur au monde et qui trouve sa plus parfaite expression dans le langage fondateur. La poétique de la rupture, propre à Tsvétaïéva, déterminait elle-même dans une grande mesure son comportement amoureux. Le traducteur s'est par conséquent efforcé de restituer les articulations sémantico-prosodiques de cette "étreinte de poésie" qui, lorsqu'elle aura reflué, ne pourra déboucher que sur la mort. "Puisque j'aurai pu cesser d'écrire des poèmes, je pourrai aussi un beau jour cesser d'aimer. Alors, je mourrai. Et ce sera bien sûr un suicide, car mon désir d'amour est tout entier désir de mort", avait-elle consigné dès mars 1919 avec une précision cliniquement prémonitoire. Marina Tsvétaïéva, un des plus grands poètes russes, avait choisi l'exil en 1922 puis était rentrée en Union Soviétique dix-sept ans plus tard, avant de se pendre à une vieille poutre le dernier dimanche du mois d'août 1941.