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Collection suivi de L'Avarice
Wajcman Gérard
NOUS
13,20 €
Épuisé
EAN :9782913549043
[...] Le kit minimal d'une collection c'est : des objets + un désir. [...] Toute collection est, dans son principe, un acte délibéré et libre, de pure liberté, de pur désir. C'est-à-dire accompli sous la contrainte, la férule tyrannique de l'objet. Rien de moins libre qu'un collectionneur, ça se voit à l'œil nu. [...] Quelle qu'elle soit, toute collection d'objets pluriels montre spécialement qu'il y a l'objet Single. La collection visible d'objets divers est une forme qui rend visible l'Objet unique qui ne se voit pas, qui n'est même pas là. Qui manque. La collection renferme l'essence de l'Objet : qu'il manque mais il a tout un tas de façons de manquer. La collection s'anime du Jeu de l'Objet, où c'est le sujet qui est joué. [...] La collection dénude l'Objet - Unique Objet et Absent de Tout Bouquet. Tout ça.
[ ] Elle avait pris le revers de ma veste entre ses doigts. Indéfinissable la couleur de votre costume. Ce n'est ni clair ni foncé, ni brun, ni vert, ni rien. Comment vous diriez pour une couleur pareille ? [ ] Chaïm n'était pas une victime, il était un juif en armes, un non-violent au combat. Même si en 1945 il est retourné à son atelier de tailleur, il est demeuré un juif en armes jusqu'au bout. Il y a ici le récit de Wolf Trafiquant qui passe son temps à peindre des femmes de dos. Son idée c'est que les femmes regardent ailleurs, et Trafiquant le peintre aimerait bien savoir ce que regardent les femmes. Ce que son père a connu durant la guerre il voudrait aussi le voir, ces histoires anciennes qu'il lui raconte encore et encore. Il y a ici un autre récit, de Trafiquant le fils qui arrache quelques images à un passé qui s'efface, emportant un peu de lui, le secret de ce qui l'a fait peintre, c'est possible - un juif peintre, bizarre espèce. Les femmes, la mémoire, deux voyages, deux récits. Ce livre est composé de ces deux récits tissés. Ensemble, ils racontent l'histoire d'un étrange personnage invisible - le roman du regard.
Par la fenêtre nous prenons des nouvelles du monde. Mais ouvrir une fenêtre, c'est non seulement s'ouvrir au monde, y plonger par le regard, c'est aussi le faire entrer, élargir notre propre horizon. Jadis, la fenêtre, via la peinture, a dessiné les territoires du monde, métamorphosant dans son cadre le pays en paysage. On a cependant négligé que cette fenêtre qui ouvre sur l'extérieur trace aussi la limite de notre propre territoire, qu'elle dessine le cadre d'un "chez soi". La fenêtre qui ouvre sur le monde ferme notre monde, notre intérieur. Moi et le monde - ils se croisent à la fenêtre. "Qu'est-ce que le moi? Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants", répondait Pascal. Se pencher sur la fenêtre, ce sera réfléchir sur ce bord où viennent se rencontrer le plus lointain et le plus proche, et sur le fait que la fenêtre oblige peut-être à concevoir que le Moi et le Monde ne peuvent que se penser ensemble - jusqu'à ce point: et si la subjectivité moderne était structurée comme une fenêtre? C'est ici, tout de suite, qu'il faut préciser: pas n'importe laquelle: la fenêtre née à la Renaissance. Et là encore, pas n'importe laquelle: la fenêtre de la peinture, la fenêtre du tableau, exactement, celle inventée par Alberti. Voilà l'hypothèse, elle donne le fil de l'histoire. En grand hommage à l'idiot chinois de la fable qui, quand le maître montre du doigt la lune, regarde le doigt, j'invite donc ici à regarder la fenêtre. Invitation à détourner notre regard fasciné de spectateur du spectacle vers l'objet qui ferme et ouvre notre regard - la fenêtre.
La série Les Experts annonce que nous sommes entrés dans l'âge des experts. Dans le monde des experts, on dit qu'on peut tout savoir, qu'on peut faire la lumière sur tout, arracher son secret à toute chose, à la mort elle-même. Ce monde-laboratoire où nul crime ne reste jamais opaque, ce monde de transparence et de vérité, c'est le nôtre. Plus exactement, c'est le monde de la grande promesse de la science. Prêtres de la religion du chiffre, les experts ne travaillent que sur le certain. Mais la seule chose vraiment certaine en ce monde, c'est la mort. C'est pourquoi cette série sur la police scientifique qui fait parler les choses et va chercher la vérité au fond des cadavres montre la vérité de toute expertise: elle n'opère que sur un monde enfin froid. Pour ce qui est du monde chaud, du monde des vivants, du monde réel secoué de crises financières et de tsunami, c'est plutôt l'impuissance des experts qu'on y a mesurée...
Aspe Bernard ; Atzei Patrizia ; Balaud Léna ; Casa
Occupation, hégémonie, féminisme, poésie... Cet exemple numéro 4 peut apparaître comme un hétéroclite assemblage. Nous ne renonçons pas à l'hétéroclite, nous voulons seulement qu'il nourrisse les certitudes les plus tranchées. Celles qui permettent de tisser une alliance. Y voir clair : telle est la première exigence. Et le premier obstacle : notre embarras, notre habitude à nous éprouver ainsi : encombrés de nous-mêmes. Englués dans une réflexion" plus ou moins esseulée, qui nous a donné ce pli : sur tout ce qui peut concerner l'existence, et l'existence politique, il faut tout d'abord hésiter, ne pas savoir, avouer que l'on ne comprend pas tout, que l'on n'est pas à la hauteur. Nous voulons en finir avec cette modestie. Revient le temps des manifestes. Le temps des affirmations, des prises de parti, le temps où il nous faut tirer les conséquences. Nous ne voulons plus de ce monde de tiédeur douceâtre, qui régente même nos manières d'être ensemble. Nous voulons le retour de l'incandescence. Nous voulons que brûlent des feux nouveaux.
Le corpus des 149 lettres de Kafka A Milena est ici restitué pour la première fois dans son intégralité et dans sa véritable chronologie, suivant le tout récent établissement du texte original en allemand. Cette nouvelle traduction s'efforce de se tenir au plus près de la langue de Kafka : sèche, précise, rythmée, évitant soigneusement de "faire du style". Traces de l'"amour de loin" de Franz Kafka et Milena Jesenskâ, ces lettres inscrivent l'intensité de leur passion fulgurante, faite de manque, d'attente, de quelques éclairs de bonheur et, surtout, de peur. A Milena n'est pas une simple correspondance, c'est un objet littéraire fascinant, central dans l'oeuvre de Kafka et indispensable à sa compréhension.
Dans un monde déclaré sans dehors, enfermé dans l'interconnexion généralisée, la philosophie ne peut apparaître que comme une hérésie. Parce qu'elle est dangereusement atopique - hantée par quelque chose de l'ordre d'un sans-lieu lui permettant ses déplacements improbables. Cette atopie n'est pas propre à la philosophie : elle constitue le coeur sombre et lointain de toute pensée, de toute parole, de toute existence. Nous aimons, nous créons, nous refusons, nous nous coalisons parce que nous sommes voués au dehors. Contre les pensées en termes d'objets, contre les géolocalisations identitaires assistées par ordinateur, contre un monde saturé d'immanence, ce livre propose un existentialisme radicalisé attentif aux désastres psychiques et écologiques qui ravagent le monde.
Les Journaux de Kafka : voici, enfin, la première traduction intégrale en français des 12 cahiers, écrits de 1910 à 1922, que cette édition reproduit à l'identique, sans coupes et sans censure, en rétablissant l'ordre chronologique original. La traduction de Robert Kahn se tient au plus près de l'écriture de Kafka, de sa rythmique, de sa précision et sécheresse, laissant "résonner dans la langue d'arrivée l'écho de l'original". Elle s'inscrit à la suite de ses autres retraductions de Kafka publiées aux éditions Nous, A Milena (2015) et Derniers cahiers (2017). Les Journaux de Kafka, toujours surprenants, sont le lieu d'une écriture lucide et inquiète où se mêlent intime et dehors, humour et noirceur, visions du jour et scènes de rêves, où se succèdent notes autobiographiques, récits de voyages et de rencontres, énoncés lapidaires, ainsi qu'esquisses et fragments narratifs plus longs. Dans ce battement entre vie écrite par éclats et soudaines amorces fictionnelles, les Journaux se révèlent être le coeur de l'oeuvre de Kafka : le lieu où les frontières entre la vie et l'oeuvre s'évanouissent. Il est plus clair que n'importe quoi d'autre que, attaqué sur la droite et sur la gauche par de très puissants ennemis, je ne puisse m'échapper ni à droite ni à gauche, seulement en avant animal affamé le chemin mène à une nourriture mangeable, à de l'air respirable, à une vie libre, même si c'est derrière la vie.