Au tout début du XVIIIe siècle, lorsque la première Mission jésuite française s'établit en Chine, les pères vont révéler à l'Europe un univers à la déconcertante et fascinante étrangeté. Leur connaissance du pays et de la langue, leur introduction à la cour de Pékin et leur accès à tout l'Empire du Milieu vont faire de leurs lettres, officielles ou privées, une sorte de reportage sur la Chine qui captive le public cultivé européen, à travers une profusion d'aventures exotiques, d'images nouvelles et d'idées originales. Passionnant Montesquieu, Voltaire et tous les Philosophes, elles jouèrent un rôle primordial dans l'évolution des mentalités au siècle des Lumières. Elles séduisent encore par l'ampleur et la diversité des sujets traités. Rites, modes de gouvernement, moeurs, coutumes, sciences, arts, techniques : il n'est rien que les jésuites ne relatent de cet immense Empire. D'une incontestable valeur littéraire, leurs lettres constituent un document passionnant sur la Chine de jadis, mais aussi sur un Occident avide de s'élargir aux dimensions du monde.
Voici pour la première fois réunies les lettres qu'échangèrent la Marquise du Deffand et Voltaire, ces amis et complices de longue date, ces deux grandes figures du scepticisme et de la liberté d'esprit. Voltaire s'y montre un vieillard faussement modeste, mort et enterré entre les Alpes et le Mont Jura . Et la Marquise de conclure en la faveur de l'immortalité de l'âme , en voyant ce mort si vivant... Un échange épistolaire éblouissant, élégant et facétieux, qui fait la chronique de la vie littéraire, politique et philosophique d'un quart de siècle. . . Isabelle Vissière et Jean-Louis Vissière, agrégés de Lettres Classiques, sont tous deux maîtres de conférences à l'université de Provence.
Résumé : "Vous n'avez pas le droit de me rejeter ! C'est Dieu qui m'envoie..." Dans son cabinet, Mme de Merbouton, l'abbesse des clairets, pousse un soupir de soulagement. Cette vagabonde a tant fait de tapage la veille au soir qu'il a paru charitable de l'héberger pour la nuit. Est-elle vraiment religieuse ? C'est douteux : on n'a jamais vu une nonne, même animée de zèle mystique, traverser la France pour venir frapper à la porte de l'abbaye sous prétexte que la lecture des vies d'ermites lui a donné le goût d'une règle stricte... Tirées des Causes célèbres, publiées aux XVIIIe et XIXe siècles à partir des minutes des procès, les affaires criminelles présentées ici, romancées mais authentiques, mettent en cause des hommes et des femmes d'église, êtres a priori exempts des passions qui mènent au crime, et pourtant...
Le Second Empire offre une riche collection de faits divers: du meurtre de l'archevêque de Paris à l'élimination du journaliste Victor Noir par un parent de l'empereur, ce régime rime bien souvent avec crime. Le souverain lui-même n'est pas à l'abri: il y eut diverses tentatives d'assassinat par les républicains fronçais qui voyaient en Napoléon III un despote à abattre. De leur côté, les patriotes italiens exilés en Angleterre étaient convaincus que sa politique à l'égard du pape et de l'empereur d'Autriche faisait obstacle à l'unité italienne. Eux aussi l'avaient condamné à mort et c'est par miracle qu'il échappa au spectaculaire attentat d'Orsini. Devant toutes ces menaces, le régime se durcit: toute parole jugée immorale et donc subversive est immédiatement censurée. C'est ainsi qu'on assiste à la persécution des auteurs devenus depuis les maîtres incontestés de notre littérature: Hugo, Flaubert et, bien sûr, Baudelaire, dont les décadentes Fleurs du mal firent frémir le pouvoir au même titre que les bombes artisanales. Depuis Petits crimes en soutane, Jean-Louis Vissière poursuit, au Masque, une carrière de romancier- historien avec un goût très sûr pour les affaires criminelles. Toujours documentées, ses nouvelles ressuscitent le climat de l'époque, sans renoncer pour autant à la création poétique et à l'inspiration romanesque.
Surmonter les déchirures. La guerre d'Espagne et le nazisme amènent la division chez les Lavergne : collaboration, passivité, résistance... Matthieu, cinéaste reconnu, vit à Paris la guerre et le départ de ses fils au front avec angoisse, rêvant du ressourcement dans son Auvergne natale. Comment résister quand on déteste les armes ? André, frère de Matthieu, commissaire à Aurillac, est maréchaliste convaincu. Les rafles des Juifs peuvent-elles laisser indemne quand on est fils de Blanche ? Leur frère adoptif Dieudonné est, quant à lui, ébloui par les jours meilleurs promis par le communisme. Son enthousiasme lui vaudra d'être choisi pour rencontrer les "camarades" moscovites, voyage au péril de sa vie. Les idéaux dispersent les coeurs et enflamment les esprits. Les femmes et le temps font contrepoids, mais cela suffira-t-il pour supporter l'après-guerre, pour reconstruire un monde de paix ?
Homme de guerre et homme du monde autant qu'homme de pensée et d'écriture, Saint-Evremond prend place parmi les grands moralistes du XVIIe siècle, les La Rochefoucauld, Pascal et La Bruyère ; mais sa place est à part : Sainte-Beuve voyait en lui un " Montaigne adouci ". Comme en témoignent généreusement les textes de ce recueil, ce n'est pas l'abstrait des principes qui suscite sa réflexion, c'est l'expérience des rapports que tout homme entretient avec l'histoire, les m?urs, la langue, les livres, avec les autres et avec soi. On voit alors se dessiner en creux la figure du moraliste véritable dont la méthode consiste à prendre la vie pour guide et non les idées préconçues. Cette rare liberté d'esprit et de style qui rend sa lecture si tonique aujourd'hui, Saint-Evremond la laisse s'épanouir dans le mouvement d'un commentaire, d'une conversation, sur le mode privé et amical de la séduction et de la connivence. Il traite de l'essentiel, et, parce qu'il s'agit de l'essentiel, il en traite comme négligemment, du bout des lèvres, avec une fermeté discrète.
La découverte du rhum a suivi celle de l'Amérique. Dès le XVIe siècle, les Espagnols, les Portugais puis les Français et les Anglais découvrent la possibilité d'obtenir à partir du jus de canne une boisson fortement alcoolisée. D'abord réservé à l'usage des Nègres, des boucaniers et de tous les rustres qui écument le Nouveau Monde, le rhum va connaître un succès grandissant, surtout en Europe et en Amérique. L'évolution de la production reste très liée aux bouleversements coloniaux.
Dans la vieille terre d aurochs qu est l Espagne, la mise à mort des taureaux était une activité ancestrale.Né dans les abattoirs sévillans contre la volonté des autorités, le toreo moderne se hausse peu à peu à la hauteur d un art. Codifié au XVIIIe siècle, il atteint son apogée a la fin du XIXe siècle et au début du XXe.Spectacle dont les grands matadors sont les idoles, la corrida est aussi un phénomène social lié à l essor des villes. Par ses relations avec les bouleversements de l Espagne, ses interactions avec l élevage et le tourisme, elle a en outre une dimension politique et économique. Par-delà la péninsule ibérique, la tauromachie exerce un rayonnement mondial, de l Amérique latine au Midi de la France où elle est devenue un phénomène culturel essentiel.