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Marcher est ma plus belle façon de vivre. Notes éparses
Vernet Joël
RUMEUR LIBRE
16,00 €
Épuisé
EAN :9782355772061
Il est encore temps d'aller aux fontaines, de trancher les secondes comme un fruit, d'écouter le chant des paroles montant de Babel. Personne n'est plus dans sa vie, dans aucune vie. Oui, tout est à réinventer, tout. Même l'amour, surtout l'amour et la bonté. Ces deux diamants qui se sont éteints au cours des siècles, sur lesquels nous avons jeté les eaux de nos tourments, sur lesquels nous crachons notre fiel. Oui, tout est à faire jaillir de la lumière, pour étendre la liberté, la liberté de tous. Nous sommes au matin de l'aventure fabuleuse, avec nos outils de préhistoire, nos goûts de caverne, nos vieux démons. Nous manquent la fraîcheur des sources, le renouveau des fleuves, la fraternité des oiseaux. Nous manque le plus simple que nous avons relégué aux oubliettes. Il est encore temps d'aller aux fontaines. Ce livre est composé de quatre parties.
Sous ce ciel, il y a trop d'injustice et cette injustice soulève en moi des tempêtes. Ce chant massif, je l'entends. Cela vous donne, si j'osais ce mot, une sorte de responsabilité, d'humilité à l'égard de chaque phrase, de chaque être que vous fûtes un jour amené à croiser. Notre défi invisible, ce sont des carnets écrits presque au jour le jour, des notes, des bouts de phrases, des dessins sur papier, admirateurs zélés de la vie qui passe, meurt, naît, ressuscite, s'efface, rejaillit, tremblante, démoniaque, heureuse. Et cela dans l'admirable silence du mouvement, des rythmes infinis. Vivre est la danse d'un funambule. Aux livres, j'ai souvent préféré la belle palpitation du monde et suis allé au dehors pour amasser toute la chaleur du soleil, sa bonté inouïe. J'ai flâné longtemps sans jamais me lasser de cette contemplation peu ordinaire. Les visages des hommes sont sans mensonge. Les plis de leurs yeux disent la vérité.
Dès son premier livre, Joël Vernet tentait de répondre à la violence du monde par la recherche éperdue des sensations de l'enfance. Il ne peut se résoudre à accepter les coups portés à la beauté et à l'innocence. Ce nouveau livre a pour cadre la maison de l'enfance, les terres isolées de la Margeride. L'auteur y est réfugié et, tout en se livrant au courant des jours, il évoque les visages et les voyages qui ont jalonné sa vie. La figure du père, le grand " absent ", la figure mythique de Rimbaud, la petite gitane qui envahit l'espace et la mémoire... C'est un voyage immobile, rythmé de temps de contemplation et de temps de réflexion, au cours duquel l'auteur ne cesse de s'interroger sur l'utilité, la portée, la sincérité des mots écrits ou parlés.
J'ai habité toutes sortes de chambres. Je passais là, inconnu. Puis j'ai vu tout le remue-ménage dans le monde, vivant ici ou là, pour prendre la mesure du désastre. Mais certains ne veulent pas voir le désastre qui s'annonce. Surtout pas. Je regardais la route, je cherchais d'autres chemins. Je voulais la route. J'ai toujours voulu la route. Tourné le dos à ce désastre qui est aussi le mien. J'ai quitté le village pour entreprendre de lents détours. Je me suis installé dans vos villes qui sont devenues des enfers. J'ai vu vos agissements de fourmi. Siècle de fourmis, de petits boutiquiers. Où est le coeur, où est l'âme, où sont la joie et le rire? Où est l'amour, l'amour des gens, des plantes, des animaux, du Vivant? Où est l'amour fondu dans vos pièces d'or? Où est la lenteur sous les roues de vos automobiles? Je pars car il n'y a plus de lenteur dans votre ville, et l'homme, c'est le génie, c'est la lenteur, c'est le regard qui boit le paysage.
En 1954, frappé du verdict sans appel d'inaptitude à la vie religieuse par la Société de Marie qui lui interdit de renouveler ses voeux, Marius Alliod perd sa raison d'être en ce monde. À l'âge de 24 ans, il se voit exilé dans une forteresse de silence, bien loin de l'espace enchanté où son coeur s'était enflammé. C'est près de cinquante ans plus tard qu'il entreprend cette correspondance fictive avec son directeur spirituel d'autrefois, ce "Père" auprès de qui il dépose sa plainte tragique et son indignation. Trente lettres demandant raison de cette exclusion sans parole, sans confrontation avec ses juges ; éprouvés posthumes devenus pures réminiscences d'un chagrin si puissant qu'il le laissa dans la stupeur du deuil de son désir et la honte angoissée d'avoir failli à son devoir d'amour. Chaque lettre verse le flot furieux de prières et de plaidoyers malheureux destinés à briser cette chape de silence et affronter une hiérarchie coupable d'avoir usurpé le pouvoir de valider l'appel de Dieu ! C'est une âme qui se sonde jusqu'à l'épuisement de toute raison, qui entend la détresse d'une enfance captive de la souffrance d'une mère abîmée en un puits sans fond de mélancolie. Au lendemain de son renvoi, elle lui adressera les dernières lignes écrites de sa main : lamentation sans espoir devant la perte de sa vocation, mais aussi cri ultime d'amour auquel répondent peut-être toutes ces lettres, insistantes et belles dans la pureté d'une langue tendue jusqu'à se rompre, modulant tour à tour au sein de l'ample bercement de la rhétorique ce tremblement intérieur d'une poésie du coeur et la violence éruptive d'une voix qui cherche encore ce lieu où s'éprouve la présence du maître de la Parole.