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Journal fugitif au Moyen-Orient. Vers Alep
Vernet Joël ; Nuñez Françoise ; Plossu Bernard
TEMPS IL FAIT
20,00 €
Épuisé
EAN :9782868535511
Pour ma part, je n'ai jamais écrit que les lieux où je n'ai fait que passer, j'ai écrit en fugitif, comme si le temps m'était compté, retenant quelques images, quelques portraits hauts en couleur, brossant des sortes de manuscrits enluminés par des tableaux de vie récente." Un séjour de deux ans à Alep (1999- 2001) a permis à Vernet de sillonner la Syrie et les alentours en voyageur sans but, habillé d'effacement et d'invisible, avec ce seul programme : "greffer son ignorance à de l'inconnu". Son récit n'est pas un journal, plutôt une chronique sans date des grandeurs et misères, sublime et sordide, qui lèvent sous le pas de l'errant avide des rencontres les plus humbles et les plus fortes. Méditation plus encore que reportage, ces pages témoignent moins d'une fuite hors du monde civilisé que d'une marche décidée vers la solitude essentielle. Patience du regard partagée par les compères photographes.
Les livres naissent bien avant l'écriture. C'est certitude. Je vivais alors dans le Nord du Mali. Des phrases montaient en moi que je ne retenais pas. C'était plutôt un chant, des psalmodies. Mes petits livres dansaient déjà autour des feux. Ils venaient lentement sous ma main puis repartaient vers un désert plus grand. Me fascinait cet étrange théâtre dont je mesurais si mal la portée. J'habitais chez un homme qui eût pu être mon père. J'avais pour maison sa terrasse et, pour toit, des étoiles. Cet homme était l'oncle d'un ami, d'un frère. Tous les dés étaient jetés autour des lampes lorsque nous conversions avec des nomades de passage à la maison. J'aimais mes carnets recouverts de poussière, la fragilité de leurs pages, de chacun de mes jours. J'aimais déjà ce qui allait surgir plus tard, presque à mon insu. J'aimais cette vie aventureuse, les rencontres qu'elle me procurait.
Ce livre est un hommage à l'immense poétesse russe Marina Tsvetaeva, qui vécut en France de 1925 à 1939, dans l'obscurité quasi-totale. Ce livre n'est pas une biographie mais un récit épistolaire, qui interroge ce que fut la négation humaine sous le stalinisme, et l'effervescence tragique qui suivit la révolution d'octobre 1917. Marina Tsvetaeva éclaire d'une lumière brute la poésie de notre époque. Lisant l'un de ses livres dans une chambre perdue de Vladivostok face à la mer du Japon, je lui adresse ce récit en forme d'hommage pour ce qu'elle a été en tant que femme, mère et poète, et pour ce que nous offre la lumière de ses livres, de sa vie brûlée interrogeant l'Histoire et l'aventure poétique. Son aventure fut exemplaire. Quatorze années d'existence invisible dans la banlieue parisienne, puis un retour en Russie, vers l'enfer de la Russie de ce temps où l'on détruisait pour des broutilles, une phrase de travers. J'ai cheminé en sa compagnie durant de longs mois de Moscou à Koktebel en Crimée, petit village où elle vint souvent dans le temps de sa jeunesse, sous le toit accueillant des Volochine qui reçurent ainsi Mandelstam, Tolstoï, etc... Tsvetaeva, amoureuse-née, entretint une brûlante correspondance avec Pasternak, Rilke, durant tout l'été 1926. Ces lettres merveilleuses témoignent de sa passion et de sa colère.
À nos yeux, le Journal authentique n'existe pas ou à de très rares exceptions, la plupart posthumes. Il n'est le plus souvent qu'accompagnement d'une oeuvre ou bribes sauvées à travers les jours lorsque l'écriture s'avère impossible. Il ne peut témoigner d'une extraordinaire authenticité ou d'un pitoyable mensonge. Il est, comme toutes les pages, soumis à réécriture immédiate ou différée. Le Journal ment et révèle, tente un tant soit peu de suspendre le temps dans l'acrobatie des dates, des heures et des jours. Le journal est toujours le Livre par défaut, celui qui marque l'impuissance de l'écrivain à trouver l'élan de l'épopée, du récit ou du poème. Ou alors soumis à d'autres arrières- pensées, même si l'auteur s'en défend.
Sous ce ciel, il y a trop d'injustice et cette injustice soulève en moi des tempêtes. Ce chant massif, je l'entends. Cela vous donne, si j'osais ce mot, une sorte de responsabilité, d'humilité à l'égard de chaque phrase, de chaque être que vous fûtes un jour amené à croiser. Notre défi invisible, ce sont des carnets écrits presque au jour le jour, des notes, des bouts de phrases, des dessins sur papier, admirateurs zélés de la vie qui passe, meurt, naît, ressuscite, s'efface, rejaillit, tremblante, démoniaque, heureuse. Et cela dans l'admirable silence du mouvement, des rythmes infinis. Vivre est la danse d'un funambule. Aux livres, j'ai souvent préféré la belle palpitation du monde et suis allé au dehors pour amasser toute la chaleur du soleil, sa bonté inouïe. J'ai flâné longtemps sans jamais me lasser de cette contemplation peu ordinaire. Les visages des hommes sont sans mensonge. Les plis de leurs yeux disent la vérité.
Les personnages de ce petit roman ne se séparent pas de l'auteur : Ils sont l'auteur, mais jeune, en plusieurs personnes, et surtout en Roger Bourcier ; il est tellement l'auteur, qu'il est impossible de parler de lui sans évoquer le paysage de Saint-Samson, près de Morlaix, où est né ce récit, et le jeune homme que j'étais appliqué à la tâche de vivre et d'écrire, à la tâche d'étudiant volontairement raté et de vivant insatisfait. Tout ce qui lui advient m'est arrivé. Ses émerveillements d'amoureux craintif, son angoisse devant la vie, c'est moi. Le lecteur d'aujourd'hui s'y reconnaîtra car tous les jeunes gens, d'une génération à l'autre, passent par là, sous des formes imprévues.
Résumé : " L'un des plus beaux livres écrits sur Rome. Une Rome suspendue entre le clair et l'obscur, le ciel et les ruines, les enfers et l'au-delà : une ville de fontaines et de foudre, de fleuve et d'incendie, de fables et d'artifices; cité du théâtre et de l'illusion, élémentaire comme Isis, tragique comme Borromini, abyssale comme Piranese... Et l'érudition est voilée comme chez Nerval, c'est une érudition qui joue, invente jusqu'au délire, tire des feux d'artifice, pâlit avec les couleurs et les reflets de la nacre, avant de s'éteindre dans la mélancolie. " Pietro Citati
Le journal inédit que Jacques Chauviré nous livre ici estun document de grande valeur sur un monde presquetotalement disparu, et sur la vie intérieure d'un hommeremarquable. Tenu pendant dix ans - juste avant la publication de son premier roman -, il alterne les observations médicales et les réflexions littéraires. Il vaut également par l'un et l'autre aspect, qui se répondent en écho. Compassion devant la douleur, refus obstiné de la mort dialoguent avec les traces pudiques d'une recherche spirituelle soutenue, nourrie par l'amour de la campagne et la fréquentation des livres. Ses riches échanges avec Jean Reverzy et Albert Camus ne détourneront pas le médecin dévoué de la mission quotidienne qu'il s'est donnée, ni ne briseront son isolement. Il écrira, sans fréquenter le monde des Lettres, comme pour approfondir son unique objet de préoccupation: la condition humaine. De celle-ci, Chauviré a une vision plutôt sombre dont il donne la mesure dans la suite de proses intitulée Funéraires: dix morts minuscules, exemplaires, et forcément inacceptables.