Elsa Triolet se rend en Espagne en 1937, avec Aragon et une délégation d'écrivains, pour soutenir les Républicains. Le récit direct et simple de ces Dix jours en Espagne, donne à voir au jour le jour la vie d'un peuple en lutte. L'auteur nous fait découvrir et aimer des gens ordinaires qui, sans avoir l'air d'être des héros, en deviendront le moment venu. Les intellectuels sont là aussi et nous rencontrons dans l'intimité Mikhail Koltsov, Rafaël Alberti et sa femme, Pablo Neruda, l'écrivain allemand Ludwig Renn et bien d'autres encore. Mais la vie des hommes et des femmes anonymes qui s'organisent pour défendre leur pays compte tout autant et même plus. C'est l'histoire plus vraie que l'Histoire qui s'écrit alors. Dix jours en Espagne est suivi de J'ai perdu mon coeur au Boulou qui relate l'arrivée à la frontière française des Républicains espagnols en 1939, lors de leur défaite.
Je me suis encore réveillée à midi. C'est que je n'ai pas dormi de la nuit. Une insomnie noire. Le monde nage dans le sang, n'empêche qu'un clou dans mon soulier me fait tout aussi mal, n'empêche que dans cet aujourd'hui de mitrailleuses, on peut trouver la mort en glissant sur une peau de banane. Oui, le coeur peut battre à l'unisson avec des millions d'hommes et avoir en même temps des battements secrets qui ne dépassent pas les limites du coeur. Il y a des crimes passionnels en temps de guerre. Oui, oui, il y en a... Un petit crime dans un coin, malgré la grande machine à hacher la viande. Cette disproportion me dérange bien plus que l'idée du crime même... Une insomnie noire."
Le cheval roux commence alors que la bombe, les bombes atomiques, ont presque totalement détruit la vie sur la terre, et l'auteur reprend connaissance seule, dans ce monde brûlé, elle-même brûlée, défigurée. C'est d'abord un soldat américain, un aviateur, Henry, lui aussi ayant pris cet aspect terrible, qui sera son compagnon à la recherche des survivants. Et c'est pourquoi, parce que d'abord elle était la seule femme qui demeurât, pour lui elle portera le nom d'Eve. Mais il n'y a pas dans ce roman que l'enfer, l'apocalypse. Le sous-titre ou Les intentions humaines implique une autre anticipation. "C'est l'avenir au bien, comme il y avait dans la première partie un avenir au mal", disait Elsa Triolet. C'est l'homme en devenir, à l'heure où il prend en main sa destinée, où il va dompter les fatalités anciennes, et dans le monde extérieur et dans lui-même, que l'écrivain ici a l'ambition fantastique d'exprimer, d'incarner, de tirer d'elle-même.
La nature a beaucoup donné à Martine, les hommes peu. Elle est belle, elle a le rare don d'aimer. Mais à notre âge de nylon, elle est venue au monde dans des conditions de l'âge de pierre. Aussi le confort moderne, le cosy-corner, seront-ils son premier idéal, et le métier de manucure parmi les miroirs et les parfums d'un salon de coiffure suffit à ses rêves de beauté. Elle est en cela semblable à des millions d'êtres. Daniel Donelle, l'amour de Martine, est déjà au-delà de cet idéal électroménager. Rosiériste, touché par l'aile de la science, il rêve à une rose nouvelle qui aurait la forme de la rose moderne, et le parfum inégalable de la rose ancienne. Un jour, Daniel créera la rose parfumée Martine Donelle, mais elle ne sera plus un hommage qu'à la souffrance.
Résumé : Le héros de ce roman est un mort. De son vivant, Régis Lalande a été un historien qui ne croyait pas à la vérité historique. Après sa mort, avec la gloire posthume, il se trouve qu'il devient lui-même une démonstration de sa thèse : en effet, avait-il des yeux noirs ou bleus ? Avait-il la foi ou non ? Ses écrits relevaient-ils de l'Histoire ou du roman ? Qui a raison, de sa femme, la fidèle infidèle qui défend sa mémoire, ou de ceux qui lisent son oeuvre à leur manière ?
Alinsky Saul ; Görtz Nic ; Zamora Daniel ; Hellier
Après avoir étudié la sociologie et la criminologie à Chicago où il travailla sur la mafia d'Al Capone et ses techniques organisationnelles, Alinsky (1909-1972) s'est consacré à l'organisation politique des habitants les plus pauvres de Chicago à des fins émancipatrices. De sa pratique, il a tiré des conclusions, des recommandations passionnées et une méthode qu'il a systématisée dans ce livre phare, Etre radical, publié pour la première fois en 1971. Rédigé dans un climat social et politique explosif aux USA (Black Panthers, radicalisation des campus universitaires, luttes dans les ghettos, Weather Underground, grèves), ce livre assurera à Alinsky bien des adeptes aux USA dont un certain Barack Obama. Etre radical donne aux radicaux des clés pour opérer une transformation sociale constructive et comprendre "la différence entre un vrai radical et un radical de papier".
Rocker Rudolf ; Chomsky Noam ; Baillargeon Normand
Rudolf Rocker (1873-1958) est l'une des figures les plus marquantes de l'anarchisme du XXe siècle. Il a exercé une immense influence sur un grand nombre de militants et de théoriciens libertaires ultérieurs, notamment Noam Chomsky. Rédigé à la demande d'Emma Goldman en pleine guerre civile espagnole, avec l'ambition de faire connaître à un large public les idéaux qu'elle incarnait et les moyens qu'elle mettait en oeuvre pour les atteindre, Anarcho-Syndicalism: Theory and Practice est paru à Londres en 1938. L'ouvrage donne une présentation exemplaire de l'anarchosyndicalisme, de son histoire, de ses méthodes et de ses finalités, une présentation qui dépasse à ce point son simple objectif ponctuel de vulgarisation qu'il est désormais, avec raison, tenu pour un des classiques de la théorie anarchiste. La traduction inédite qui en est proposée ici a été réalisée par Normand Baillargeon. Elle est précédée d'une substantielle introduction du traducteur et suivie d'une riche bibliographie qui replacent l'auteur dans son époque et l'oeuvre dans son contexte.
Résumé : "La maladie du XXIe siècle, c'est le stress !" C'est la terrible réalité que le docteur Hans Krammisch et son collègue le docteur Staf Henderickx constatent chaque jour. Ces deux médecins exercent tous deux depuis plus de 30 ans. "Quand j'ai commencé mon métier, je soignais des patients qui avaient la silicose, la maladie des mineurs ou d'autres maladies "classiques" liées au monde du travail" se souvient le docteur Krammisch. Mais aujourd'hui "la nouvelle maladie professionnelle qui frappe en silence, c'est le stress." Staf Henderickx et Hans Krammisch ont voulu montrer le vrai visage de ce redoutable ennemi en brossant les portraits d'hommes et femmes, ouvriers, routiers, secrétaires, manutentionnaires, commerciaux, facteurs, cadres et même managers qui souffrent de maladies causées par le stress subi sur leur lieu de travail. Ces témoignages forment un panorama inquiétant des conditions de travail néfastes qui se généralisent au détriment de la santé physique et psychique des travailleurs. Les entreprises usent rapidement leurs ressources humaines et s'en débarrassent pour les remplacer par de la chair fraîche sans payer le coût social et humain de ces nouvelles méthodes d'organisation du travail. Les médecins Krammisch et Henderickx organisent la riposte...