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Les amants de silicone
Tomeo Javier ; Laroutis Denise
CORTI
18,00 €
Épuisé
EAN :9782714311047
Extrait PREMIÈRE LIVRAISON 1 Les héros de l'histoire que vous vous apprêtez à lire -annonce d'emblée Ramón à ses futurs lecteurs, sur la première page, dans un prologue - forment un couple d'âge moyen. Lui s'appelle Basilio K. et elle Lupercia J. Des raisons facilement compréhensibles, étant donné le côté scabreux de l'histoire qui va suivre, m'obligent à taire leur nom. Aussi bien Basilio que Lupercia offrent à la vue un aspect si banal qu'il ne vaut même pas la peine de gâcher trois mots pour le décrire. Je me contenterai de dire que Basilio a les oreilles décollées et des arcades sourcilières très prononcées. Enfant, il allait à l'École allemande et aujourd'hui, quarante-cinq ans plus tard, il est encore capable de chanter, avec un accent des plus acceptables, l'Altgewohntes Geräusch de ce Crépuscule des dieux qui fait se dresser les cheveux sur la tête de tant de bons bourgeois de notre pays. Lupercia, quant à elle, éprouve un fort penchant pour l'alcool (surtout le rhum et l'anis doux), même si elle ne va presque jamais jusqu'à l'ivresse, du moins en public. C'est une de ces femmes à l'ossature puissante, possédant une grande capacité ovarienne, excessivement poilues, qui imposent le respect au petit dégourdi qui les voit arriver en face de lui. «Femme moustachue, de loin on la salue», se conseillent ainsi les habitantes de son quartier en passant prudemment sur l'autre trottoir. Basilio est né sous le signe du Sagittaire et, comme tel, est un homme sexuellement peu actif, bien qu'il ait une vive propension au pelotage et aux longs baisers profonds. Lupercia, de son côté, native du Cancer, comme presque toutes les natives de ce signe n'est guère du genre passionné et n'est pas de ces femmes dont on peut attendre, au cours de l'acte sexuel, de grands cris ou d'étranges postures, même quand elles sont jeunes et pétillent à longueur de journée. Les époux sont gérants d'une petite bonneterie de quartier, spécialisée dans ce que l'on pourrait appeler la lingerie de charme (strings et porte-jarretelles fantaisie surtout), qui leur permet de vivre dans une certaine aisance. Ils habitent un appartement d'environ cent dix mètres carrés, sis au deuxième étage, et dorment dans des chambres séparées par un long et sinistre couloir. La chambre de Basilio a une fenêtre qui s'ouvre sur la courette, ou puits de lumière, de l'immeuble et la chambre à coucher de Lupercia, bien plus grande, donne sur la rue Général-Recaredo, militaire ayant participé de manière héroïque, à ce qu'il paraît, à l'une de ces nombreuses guerres qui mirent notre pays à feu et à sang au cours du siècle dernier, mais qui, au final, n'ont apparemment pas été de quelque utilité que ce soit. Le salon où trône un téléviseur de vingt-trois pouces est à mi-distance entre les deux chambres, mais la cuisine se trouve plus près de la chambre de Basilio et donne sur une autre courette. On remarquera aussi dans le salon un grand ficus en plastique et le portrait ovale d'un personnage barbu datant d'au moins cent ans. (...)
Où l'on retrouve les êtres microscopiques qu'agite Javier Tomeo dans ses textes toujours surprenants. Sous sa loupe colorée aux acides de son esprit pointu, il leur en arrive de drôles, à ces bons-hommes qui nous ressemblent. S'ils y voient trouble, les myopes, borgnes et mirauds en tout genre de ce livre, c'est pour mieux nous révéler à nous autres, lecteurs parfois aveugles aux beautés du dérisoire, les clartés qui demeurent dans les labyrinthes obscurs de l'âme humaine. Le rire jouerait-il comme un révélateur, le style comme une boule de cristal, Javier Tomeo aurait-il la plume clairvoyante ?
Il s'appelle Diego García, mais on dit l'Accusé, au cours de ce procès d'Inquisition qui ne laisse pas de prendre une drôle de tournure. Ils sont tous là, les évêques, le dominicain aux bésicles, aigre procureur, et le président, qui pourrait se prendre d'amour pour ce jeune accusé qui a de drôles d'idées. Entre autres que l'homme pourrait bien voler, monté sur une machine pourvue d'ailes, et d'une nacelle de jonc. Quelle doit être la longueur de ces ailes ? Le poids d'une telle machine ? Et le diable, dans tout ça ? Il plane au-dessus de la salle des Sentences, avec les sorcières, les corbeaux, les rocks et les griffons, et tout ce qui vole au temps de l'Inquisition. Entre-temps, les minutes courent comme les nuages de l'orage qui se déchaîne au-dessus de cet étrange tribunal flottant dans un monde improbable, un rayon de soleil tourne et poursuit l'Accusé au travers des vitraux, une mouche vole, un ange passe. Les débats se délitent, le Président fond, le Dominicain s'effondre. Cette vieille Inquisition, ce vieux thème si espagnol, palpite encore dans les pages de Javier Tomeo.Mais surtout, il crée, comme par enchantement de mots, une espèce de théâtre poétique et sonore, une vision d'un moment, peuplée de marionnettes agitées par des doigts malins et visibles, insidieusement attachantes, dans une lumière de lanterne magique.
Javier Tomeo frappe encore et toujours. Toujours attentif, plus que ça, séduit, subjugué, envoûté par le petit monde des bêtes, et d'abord des plus dévaluées de toutes, des insectes. Tomeo fait tourner cette fois autour du grouillement silencieux et mystérieux de la fourmilière un petit monde d'êtres comiques, marionnettes trop humaines s'agitant dans un décor de carton-pâte où le lecteur subtil pourra reconnaître, parmi les lieux privilégiés de Tomeo, certain petit port fort célèbre de la Costa Brava, Cadaquès pour ne pas le nommer, où l'auteur passe chaque année des semaines ensoleillées et parfois désenchantées.On retrouve les thèmes chers à Tomeo, la précision des géographies et des comptages, les obsessions visuelles, la mise en place sonore du récit, les listages, les dialogues savoureusement plats, les déroulés de scènes imperturbablement frustrants, le ratage et la solitude, baignant, en contre-chant, dans une sorte de climat d'allégresse vitale, et puis ce désir de faire contre mauvaise fortune bon coeur, le fameux sourire à la Tomeo, pas loin de la larmette.
Résumé : Ce livre est né de dix années d'affût, et d'un si long regard que l'oeil qui observait s'est peu à peu identifié à l'oiseau qu'il pourchassait. Chasseur pacifique, chasseur d'images, qui a épié les faucons pèlerins dans une vallée débouchant sur les marécages de l'estuaire de la Tamise, entre octobre et avril, quand les étangs désertés se chargent des brumes et des silences de l'automne, des soleils pâlis et des drames de la nature, et qui, à son tour devenu proie, s'est fondu dans le paysage mouillé, s'est fait lui-même roman, journal, livre de nature, poème-jeté, comme l'oiseau, point dans le ciel, parole dans le silence. Ce livre, d'abord publié au Mercure de France, en 1968, était épuisé, nous le rééditons enrichi d'une postface de Francis Tabouret, dans la traduction d'Elisabeth Gaspar, revue.
Un virus a fait disparaître la quasi-totalité des animaux de la surface de la Terre. Pour pallier la pénurie de viande, des scientifiques ont créé une nouvelle race, à partir de génomes humains, qui servira de bétail pour la consommation. Ce roman est l'histoire d'un homme qui travaille dans un abattoir et ressent un beau jour un trouble pour une femelle de "première génération". Or, tout contact inapproprié avec ce qui est considéré comme un animal d'élevage est passible de la peine de mort. A l'insu de tous, il va peu à peu la traiter comme un être humain. Le tour de force d'Agustina Bazterrica est de nous faire accepter ce postulat de départ en nous précipitant dans un suspense insoutenable. Roman d'une brûlante actualité, tout à la fois allégorique et réaliste, Cadavre exquis utilise tous les ressorts de la fiction pour venir bouleverser notre conception des relations humaines et animales.
Cercas Javier ; Grujicic Aleksandar ; Louesdon Kar
Le Monarque des ombres retrace le parcours d'un jeune homme qui a lutté pour une cause moralement indéfendable et est mort du mauvais côté de l'histoire, victime d'une idéologie toxique. Ce jeune soldat, qui répondait au nom de Manuel Mena, n'est autre que le grand-oncle de Javier Cercas, tombé en 1938 au cours de la bataille de l'Èbre, déterminante pour l'armée franquiste. C'est dire s'il est l'incarnation du tabou familial, celui qui est probablement à l'origine de tous les romans de Cercas ; à commencer par Les Soldats de Salamine.4e de couverture : Un jeune homme pur et courageux, mort au combat pour une cause mauvaise (la lutte du franquisme contre la République espagnole), peut-il devenir, quoique s'en défende l'auteur, le héros du livre qu'il doit écrire ? Manuel Mena a dix-neuf ans quand il est mortellement atteint, en 1938, en pleine bataille, sur les rives de l'Èbre. Le vaillant sous-lieutenant, par son sacri?ce, fera désormais ?gure de martyr au sein de la famille maternelle de Cercas et dans le village d'Estrémadure où il a grandi. La mémoire familiale honore et transmet son souvenir alors que surviennent des temps plus démocratiques, où la gloire et la honte changent de camp. Demeure cette parenté profondément encombrante, dans la conscience de l'écrivain : ce tout jeune aïeul phalangiste dont la ?n est digne de celle d'Achille, chantée par Homère - mais Achille dans l'Odyssée se lamentera de n'être plus que le "monarque des ombres" et enviera Ulysse d'avoir sagement regagné ses pénates.Que fut vraiment la vie de Manuel Mena, quelles furent ses convictions, ses illusions, comment en rendre compte, retrouver des témoins, interroger ce destin et cette époque en toute probité, les raconter sans franchir la frontière qui sépare la vérité de la ?ction ?L'immense écrivain qu'est Javier Cercas a?ronte ici ses propres résistances pour mettre au jour l'existence du héros fourvoyé, cet ange maudit et souverain dont il n'a cessé, dans toute son oeuvre, de dé?er la présence.Notes Biographiques : Javier Cercas est né en 1962 à Cáceres et enseigne la littérature à l'université de Gérone. Il est l'auteur de romans, de recueils de chroniques et de récits. Ses romans, traduits dans une trentaine de langues, ont tous connu un large succès international. Anatomie d'un instant a été consacré Livre de l'année 2009 par El Pais.Du même auteur, Actes Sud a publié : Les Soldats de Salamine (2002), À petites foulées (2004), ??la vitesse de la lumière (2006), Anatomie d'un instant (2010), Les Lois de la frontière (2014, prix Méditerranée étranger 2014), L'Imposteur (2015), Le Mobile (2016) et Le Point aveugle (2016).
L'Aleph restera, je crois, comme le recueil de la maturité de Borges conteur. Ses récits précédents, le plus souvent, n'ont ni intrigue ni personnages. Ce sont des exposés quasi axiomatiques d'une situation abstraite qui, poussée à l'extrême en tout sens concevable, se révèle vertigineuse. Les nouvelles de L'Aleph sont moins roides, plus concrètes. Certaines touchent au roman policier, sans d'ailleurs en être plus humaines. Toutes comportent l'élément de symétrie fondamentale, où j'aperçois pour ma part le ressort ultime de l'art de Borges. Ainsi, dans L'Immortel : s'il existe quelque part une source dont l'eau procure l'immortalité, il en est nécessairement ailleurs une autre qui la reprend. Et ainsi de suite... Borges : inventeur du conte métaphysique. Je retournerai volontiers en sa faveur la définition qu'il a proposée de la théologie : une variété de la littérature fantastique. Ses contes, qui sont aussi des démonstrations, constituent aussi bien une problématique anxieuse des impasses de la théologie.
Trois soeurs venues d'Espagne prêtes à conquérir New York. New York, 1936. El Capitán, petit restaurant de quartier de la 14e Rue, une des enclaves de la colonie espagnole, peine à être rentable. Le décès accidentel sur les docks de son propriétaire, le casse-cou bourlingueur Emilio Arenas, oblige ses trois jeunes filles au tempérament fougueux à en prendre les rênes. Abattues mais poussées par la nécessité de subvenir à leurs besoins, Victoria, Mona et Luz devront surmonter bien des obstacles pour voir leur rêve se réaliser, celui de transformer la gargote en night-club latino. Aventures, passions, désillusions, vengeances et victoires : avec Les Trois Filles du Capitán, María Duenas nous offre un roman haletant et envoûtant. Le livre est aussi un hommage aux femmes qui font face à l'adversité et à tous ceux qui ont le courage de vivre l'aventure - souvent épique et toujours incertaine - de l'émigration.