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Ecrits de chambre et d'écho
Titus-Carmel Gérard ; Augais Thomas
ATELIER CONT
30,00 €
Épuisé
EAN :9791092444872
Ces Ecrits de chambre et d'écho sont à entendre comme ils ont été rédigés au fil du temps, mais toujours dans le silence particulier de l'écart ménagé dans le travail journalier du peintre, qui attend de la confidence des mots un signe clair de ralliement (pour dire : une complicité), afin de socler l'imaginaire qui sous-tend (et qui arme) une même entreprise : textes de campagne, donc, rêveries et digressions, arrêts sur image et commentaires où s'énonce une forte amitié pour le livre et la poésie, études et récits pris au piège du pur plaisir d'écrire pour se poser en écho à celui de peindre. D'une rive à l'autre : d'un côté la forme en sa présence, de l'autre la langue en son hommage. Les deux offerts au mime vertige que suscite le sentiment de n'avoir rien à pardonner à cette vaste blancheur d'être où se polit l'absence. Si Gérard Titus-Carmel s'est d'abord fait connaître par le dessin, la peinture et la gravure, on aurait tort de croire qu'il situe l'écriture au rang d'une pratique secondaire. Plus juste est de dire qu'elle est l'autre montant d'une porte qui s'ouvre sur un seul et même "vertige". Recueillant l'intégralité des textes qu'il a consacrés à la littérature, et formant un pendant à ses écrits sur l'art, rassemblés en 2016 dans Au Vif de la peinture, à l'ombre des mots, le présent livre doit donc se lire comme un autre point de vue dans une perspective identique.
Né à Paris en 1942, Gérard Titus-Carmel, après ses études à l'école Boulle de Paris, se passionne pour le surréalisme et la poésie. Dès ses premières expositions, dans les années soixante, ses toiles et ses dessins, ses lithographies et ses gravures révèlent un goût puissant pour la littérature, comme en témoignent titres et dédicaces de ses tableaux. Il illustre les poètes qu'il aime, de Jacques Dupin à Philippe Jaccottet, avant de donner ses propres texes. Gérard Titus-Carmel poursuit son oeuvre de peintre et d'écrivain dans le silence d'une grande bâtisse qu'il habite depuis plus de trente ans à Oulchy le Château. Un rêve en éclats, "rêverie hagarde et anglo-normande" comme il aime le quali ? er, est le premier texte de Gérard Titus-Carmel, oublié et resté totalement inédit depuis 1966. Avec cette mise en pièces ou histoire en morceaux, le verbe éclôt et jette une lumière nouvelle sur le demi-siècle de création qui a suivi ? : un vrai règlement de conte.
Les saisons succédant aux saisons, ces poèmes et ces textes disparates ne pouvaient plus se recommander de leur seul désordre pour justifier leur tenue à l'écart ; il fallait donc les rallier à l'aventure commune des livres qui signalaient chaque fois plus leur dispersion autour de l'axe qui portait un désir voisin, mais tous tendus vers le même rêve : celui d'une écriture qui, n'ayant plus - et depuis bien longtemps déjà - de comptes à rendre à (ou à régler avec) la peinture, avait avoué ses intentions et défini ses enjeux en se préoccupant un peu plus de la seule machinerie. Autrement dit, inscrits à part entière dans la secrète ambition de cette entreprise, le temps était venu pour eux de cesser de jouer aux beaux indépendants, et de rentrer enfin dans le rang. Voilà qui est fait.
des Forêts Guillaume ; Rabaté Dominique ; Bettenco
Prolongeant la publication en 2015 des oeuvres complètes de Louis-René des Forêts en "? Quarto ? ", ce livre collectif présente pour la première fois de manière exhaustive tout l'oeuvre peint et dessiné de l'écrivain. On connaissait déjà par des expositions dans les années 70 et par des publications en revue (notamment le "? Cahier du Temps qu'il fait ? " en 1991, certaines reproductions dans le "? Quarto ? ") l'activité picturale de Louis-René des Forêts, à laquelle il s'est consacré durant plusieurs années alors qu'il avait cessé d'écrire. Mais on en avait jamais eu que des vues partielles, plus ou moins bien reproduites. C'est donc un manque que vient combler cette publication collective, en permettant de reproduire en grand format les soixante et une peintures de l'auteur et la totalité de ses dessins. L'ouvrage sert donc de catalogue raisonné de toute cette oeuvre secrète pour la donner à voir de la façon la plus exacte et la plus agréable, de la découvrir enfin dans l'ampleur et l'originalité de ses compositions, dans la variété de ses réalisations plastiques. Reprenant son titre à celui d'un des tableaux de des Forêts, cet ouvrage propose aussi une véritable enquête biographique et critique de la constitution de l'oeuvre picturale, en reprenant patiemment la chronologie des dessins et des tableaux, pour établir précisément l'archéologie ancienne d'une activité qui remonte aux années de collège entre 1930 et 1932. On trouvera ainsi l'ensemble des dessins que le jeune des Forêts fait sous nom d'emprunt de ses camarades et de ses maîtres, et où il jette les bases de l'univers adolescent qui irrigue son oeuvre jusqu'à Ostinato. On découvrira aussi une série de dessins de facture plus réaliste, des choses vues prises plus ou moins sur le vif, comme lors d'un voyage en Angleterre en 1970. Il faut donc souligner que l'ouvrage donne accès pour la première fois à une part véritablement cachée de l'oeuvre, qui est ainsi mise en rapport avec les tableaux, eux aussi donnés à voir pour la première fois de façon exhaustive, et dans un format qui leur rend mieux justice. Cessant d'écrire entre 1968 et 1974, Louis-René des Forêts trouve dans la liberté du dessin et dans l'aventure de la gouache une autre manière de s'exprimer, sans doute plus proche d'un monde onirique auquel il donne libre cours, dans des compositions souvent baroques qui jouent des effets de redoublement et de miroir. Quand il entreprend à partir de 1975 "? Légendes ? " qui deviendra Ostinato, il pose définitivement crayons et pinceaux. Mais le détour par la peinture, par les visions qui s'imposent à lui pendant ces années, a nourri le retour à une écriture poétique et obliquement autobiographique. Pour accompagner ce voyage dans les tableaux et les dessins, l'ouvrage propose aussi plusieurs pistes de réflexion sur les liens entre écriture et dessin. L'introduction de Dominique Rabaté revient sur la puissance onirique des tableaux. Bernard Vouilloux établit avec soin la chronologie des dessins en commentant précisément leur évolution. Pierre Vilar déplie les trois temporalités qui fabriquent le pouvoir d'étrangement de visions qui consonnent avec celles de Klossovski ou de Bettencourt (dont les textes sont ici repris en fin de volume). Nicolas Pesquès suggère deux récits critiques qui rendent compte du hiatus et des liens entre littérature et peinture chez des Forêts.
Résumé : Le récit biblique de la mésaventure de la chaste Suzanne calomniée par un quarteron de vieillards lubriques a donné lieu à maintes illustrations picturales ou littéraires. Il est devenu un véritable topos dans la culture occidentale. Le texte, ici offert au lecteur, s'inspire bien de la légende, mais sur le mode de la dérision, de la fabulation grotesque, érotique et fantasmatique. Suzanne se fait complice des regards qui assaillent sa pudeur, et les vieillards, tout entier réduits à leur impuissance de croûtons, basculent dans un délire de luxure collective. Le manuscrit original de ce récit est reproduit in extenso.
Et pour moi-même, quand donc m'est venu ce désir de plonger dans le visible ? Tard, il me semble. Comme si des écailles m'avaient longuement pesé sur les yeux. Enfant, ce sont d'abord les mots qui m'occupent, un écran de mots. Trop d'imaginaire, pas assez de vision, l'un toujours superposé à l'autre, l'oblitérant dans la contemplation des images. Inévitable, nécessaire même, mais pour revenir en arrière, c'est un long chemin... Essai d'un homme de la lettre converti à l'image, Le désir de voir retrace une initiation au regard pictural. Intitulées "Voir dans le noir", "L'instant de voir", "Voir en rêve" et "Manières de voir", les étapes de cet essai discrètement autobiographique donnent lieu à l'exploration de plusieurs modes de vision, découverts au croisement d'expériences personnelles, d'expérimentations artistiques, de lectures et de contemplations. Entamé sous les auspices de Michaux et de ses peintures-idéogrammes, poursuivi dans le compagnonnage des dessins signes ou schèmes d'Alexandre Hollan, élargi au contact — entre autres — des encres de Joan Barbarà, des monotypes de Degas, de l'"outre-noir" de Pierre Soulages et des "protographies" d'Oscar Munoz, ce parcours est désirant et raisonné. Confessant son statut initial d'étranger dans le royaume des images, et soupçonnant ses affinités picturales d'être entachées du signe de l'écrit, Laurent Jenny convertit cette nécessité en haute vertu, dans des analyses dont sont seuls capables un regard consciencieux et une parole consciente des limites de son pouvoir : "Ecoute-voir", dit le langage familier "Regarde-dire" me semble aussi un bon chemin. Essayons... Et son parcours fructueux de devenir ainsi celui de son lecteur.
Il y a dans les photographies de Jean-Jacques Gonzales une double postulation qui les rend très belles, qui intrigue cependant et qui au premier abord peut sembler contradictoire, mais qu'on sent qui leur donne une intensité si intérieure qu'elle appelle leur spectateur à vouloir en élucider les raisons. D'une part, voici le monde, sa prodigieuse apparition, sa substantialité parfaite : des terres, des buissonnements d'arbres, de grands ciels, il semble que le photographe n'aime d'emblée rien tant que ce qui est, qui semble absolu tant il est puissant . Mais d'autre part, c'est étrange, tout ici ou presque est comme voilé, lointain, comme suspendu dans une incertitude analogue à celle qui vient des rêves, et de surcroît des événements perturbants s'annoncent, qui ne se produisent pas mais qui inquiètent. Une tension est à l'oeuvre dans ces images, et Jean-Jacques Gonzales est un témoin divisé : s'il adhère à ce monde, s'il en approuve immédiatement la vie, les essences et la force, cependant un voile, ou une distance ou une tache noire dans l'esprit l'en sépare aussi. Or cette tension se marque dans l'art particulier, double lui aussi, qui est ici conduit. D'abord le photographe accueille ce qui est, fait droit spontanément aux phénomènes : c'est avec fraîcheur, et à l'improviste, qu'il s'est arrêté, requis. Mais ensuite, à cet art premier de l'étonnement, de la perception naïve et disponible, s'en ajoute un autre tout contraire, qui vient après la prise de vue et qui s'exerce non plus sur le motif mais au laboratoire, un autre art alors second, très appliqué celui-ci, conscient de ses moyens autant que patient, qui est l'art de travailler le tirage pour en transformer le rendu et conduire celui-ci à son image finale. Les deux postulations affectives de Jean-Jacques Gonzales s'expriment chacune en l'un des deux moments de son double ouvrage photographique : l'adhésion au monde coïncide avec l'instant premier de la prise de vue, le retrait ou le voilement du monde correspond au second temps du travail des retouches.