Les chats, paraît-il, ont sept vies. En grec, on dit qu'ils ont sept âmes. Dans ce récit, conte philosophique et satire politique à la fois, Takis Théodoropoulos imagine que les philosophes de l'Antiquité se sont réincarnés à Athènes... en chats de gouttière. Or, parce que les prochains Jeux olympiques se tiennent dans la capitale grecque en 2004 et qu'on ne plaisante ni avec la sécurité ni avec la salubrité, il est question de supprimer ces encombrants matous. C'est la philosophie qu'on assassine! Branle-bas de combat au Comité de défense des sept-âmes: sous la houlette de leur président, le très charismatique et très séduisant M. Dimitracopoulos, ses membres, pour l'essentiel des dames d'un certain âge, se lancent, de sit-in en manifestation, de pétition en protestations, dans une rocambolesque défense et illustration des félins menacés... et donc des valeurs de la Grèce éternelle. Drôle, incisif et truculent, ce petit livre s'achève par les biographies imaginaires des chats philosophes, joyeuses occasions de revisiter ses classiques et de honnir à tout jamais les organisations internationales de tout poil.
De simple expérimentation issue de la pratique, la négociation collective de groupe est devenue un véritable niveau de négociation collective reconnue par le législateur. L'accord de groupe est désormais consacré comme une norme créatrice de droits et d'obligations entre employeurs et salariés du groupe, mais sa place dans la hiérarchie des normes n'a pas été précisée. Cette situation génère de nombreuses interrogations quant à sa portée et à ses limites.
Ecrivain revenu de tout, Andréas Giotis découvre que la passion seule peut encore donner le grand frisson : commence alors, sur fond de trafic d'antiquités et de voyages internationaux, un thriller métaphysique que dénouera... la chute de Narcisse.
Dans son dernier roman, Le Va-nu-pieds des nuages, Takis Théodoropoulos, toujours curieux de revisiter la Grèce antique, s'intéresse à l'histoire d'une comédie: Les Nuées, qu'Aristophane écrivit en 423 av J-C pour vilipender Socrate. La pièce n'eut pas le succès escompté par l'auteur comique. Lors de sa première représentation, le jury des Grandes Dionysies refusa de lui accorder la moindre récompense. Le public athénien, lui, se contenta de réagir par quelques quolibets. L'échec mortifia un Aristophane âgé d'à peine vingt-trois ans. À vrai dire, Socrate n'était pas encore le célèbre philosophe qu'il deviendra. Entouré d'un petit cercle de disciples, il était certes reconnu comme un membre à part entière de la société athénienne, mais il ne jouissait d'aucun prestige, d'aucune notoriété. Alors, pourquoi l'ironique Aristophane s'était-il mis en tête de mettre en scène cet inconnu? C'est là qu'intervient l'imaginaire de Takis Théodoropoulos, avec l'érudition et la drôlerie qui le caractérisent. Rien de tout cela n'est du ressort des êtres humains, affirme sans rire le romancier grec. Ce sont les dieux qui sont en cause. Eux qui, du sommet de leur Olympe, contemplent les humains avec un ennui profond (c'est long, l'éternité!) et un intérêt agacé. Leur agacement provient de ce que, du côté d'Athènes, les hommes ont dépassé les bornes. Toujours très agités, les Athéniens se démènent beaucoup, se prennent, à l'instar de Périclès, pour le centre du monde, et n'hésitent pas à remettre en cause la suprématie des Olympiens. Même la Grande Peste de 430 (qui a pourtant emporté Périclès) n'a pas eu totalement raison d'eux. Or les dieux sont d'autant plus impatients de châtier la prétention des humains qu'ils leur doivent une invention essentielle: celle de la langue grecque. Voilà pourquoi ils dépêchent sur terre un Démon chargé d'une mission spéciale: semer la zizanie à Athènes. Comment? En rendant si subtils et si perturbateurs les questionnements d'un obscur philosophe (Socrate, donc) qu'immanquablement celui-ci laminera l'intelligence de ses congénères. Car Socrate possède cette rare capacité: lorsqu'il croise un athlète en train de s'entraîner à la course, il l'interroge si habilement sur les motivations et la technique de son exercice physique que le sportif, bientôt, en perd ses moyens au point de ne plus savoir courir. Il s'agit donc d'appliquer cette recette au domaine du langage. Par sa maïeutique, Socrate - espèrent les dieux - saura rendre à jamais aphasiques ces prétentieux d'Athéniens. Seulement, voilà. Même les plans des dieux peuvent être contrecarrés. Car eux aussi aiment à se chamailler. Ainsi Athéna prend-elle à c?ur de défendre sa chère cité contre la perversité de ses divins collègues. Et puis, s'agissant des affaires humaines, on n'est jamais sûr de rien. De revirement en revirement, entre un Socrate sans cesse déroutant et un Aristophane s'arrachant les cheveux, le Démon perd à son tour ses moyens, au point de connaître, après s'être intéressé de près à Aspasie, une grave crise existentielle.
Pendant la nuit du 24 au 25 mars 2015, Félix de Récondo a cheminé vers la mort. Trois ans plus tard, sa fille Léonor transforme le huis clos de la chambre d'hôpital en un vibrant manifeste, " manifesto ", témoignant de la liberté et de la force de création que ce père artiste garda inlassablement intactes. Deux narrations s'entrelacent, qui signent le portrait d'un homme dont la jeunesse fut marquée par la guerre civile espagnole et l'exil : celle de Léonor, envahie par les souvenirs et les émotions de la longue veille aux côtés de sa mère, Cécile ; et celle de Félix, dont l'esprit s'est échappé vers les contrées du passé. Il y a rejoint l'ombre d'Ernesto (Hemingway), qu'il n'a jamais revu depuis les déjeuners du dimanche à Pamplona, alors que lui était encore un petit garçon, dans les années trente. L'écrivain, déjà auréolé de sa gloire, y suivait les courses de toros. Aujourd'hui, toute différence d'âge abolie, Félix se remémore ceux qu'ils ont connus, sa petite enfance à Gernika, les mystérieuses activités politiques de ses oncles dans la maison d'exil des Landes. Il en vient bientôt à évoquer la mort tragique de ses enfants nés avant sa rencontre avec Cécile, et confie à son vieux complice combien sa nouvelle famille l'a aidé à continuer à vivre, dessiner et sculpter. Ernesto, à son tour, lui raconte son besoin d'écrire, Martha et les femmes qu'il ne pouvait s'empêcher de séduire, sa propre fascination pour la mort, son suicide. Mais leur ultime conversation ne s'achèvera pas avant que Félix ait pu montrer à Ernesto le violon que, de ses mains, il fabriqua pour Léonor. A son chevet, sa fille lui fait écouter une ultime fois leur sonata da Chiesa de Corelli... La musique a tant accompagné leur bonheur, leur pas de deux artistique, depuis que, élève précoce, Léonor apprenait à maîtriser son instrument. Cette même musique ponctue d'une déchirante douceur leur dernière nuit, dont le récit, magnifique tombeau poétique, donne à jamais vie au créateur et au père merveilleux que fut Félix.
Résumé : Girl est un roman sidérant, qui se lit d'un souffle et laisse pantois. Ecrivant à la première personne, Edna O'Brien se met littéralement dans la peau d'une adolescente enlevée par Boko Haram. Depuis l'irruption d'hommes en armes dans l'enceinte de l'école, on vit avec elle son rapt, en compagnie de ses camarades de classe ; la traversée de la jungle en camion, sans autre échappatoire que la mort pour qui veut tenter de sauter à terre ; l'arrivée dans le camp, avec obligation de revêtir uniforme et hijab. La faim, la terreur, le désarroi et la perte des repères sont le lot quotidien de ces très jeunes filles qui, face aux imprécations de leurs ravisseurs, finissent par oublier jusqu'au son de leurs propres prières. Mais le plus difficile commence quand la protagoniste de ce monologue halluciné parvient à s'évader, avec l'enfant qu'elle a eu d'un de ses bourreaux. Après des jours de marche, un parcours administratif harassant lors de son arrivée en ville, celle qui a enfin pu rejoindre son village et les siens se retrouve en butte à leur suspicion et à l'hostilité de sa propre mère. Victime, elle est devenue coupable d'avoir introduit dans leur descendance un être au sang souillé par celui de l'ennemi. Ecrit dans l'urgence et la fièvre, Girl bouleverse par son rythme et sa fureur à dire, une fois encore, le destin des femmes bafouées. Dans son obstination à survivre et son inaltérable confiance en la possible rédemption du coeur humain, l'héroïne de ce très grand roman s'inscrit dans la lignée des figures féminines nourries par l'expérience de la jeune Edna O'Brien, mise au ban de son pays alors qu'elle avait à peine trente ans. Devenue un des plus grands écrivains de ce siècle, elle nous offre un livre d'une sombre splendeur avec, malgré tout, au bout du tunnel, la tendresse et la beauté pour viatiques.
Résumé : Le champ. Comment caractériser une vie entière ? Les voix qui s'élèvent ici sont celles des habitants du cimetière, qu'on nomme "le champ" dans la petite ville de Paulstadt. A la concision des épitaphes, l'écrivain substitue les mots des défunts. Par un souvenir, une sensation fugace, une anecdote poignante, chacun de ces narrateurs évoque ce que fut son existence. Au fil de la lecture émerge le portrait d'une bourgade comme tant d'autres, marquée par le retour de la prospérité au mitan du siècle dernier. La vie tourne autour des figures locales : le maire, la fleuriste, le facteur, le curé dévoré par les flammes dans l'incendie de l'église, le marchand de légumes... Les voix se font écho, s'entrelacent, se contredisent parfois, formant le tableau d'une communauté riche d'individus et de sensibilités différentes. Subtil interprète de l'âme humaine, Robert Seethaler se penche sur leur intimité : les amours naissantes, les amours heureuses, ou moins harmonieuses - quand les fantasmagories de la femme signent pour son époux échec, malheur et drame. Le plus saisissant dans ce texte est l'émotion qui sourd de chaque histoire : non celle de savoir le protagoniste disparu, mais l'empathie que parvient à susciter l'auteur pour ces êtres si vivants, leurs espoirs, leurs doutes, leurs ambitions, leur solitude. Le Champ est un livre sur la vie, que Seethaler réussit à dire avec autant de simplicité que de profondeur.
Résumé : L'Annexe. Quand elle n'est pas en mission, Anna retourne à Amsterdam, dans l'annexe où Anne Frank s'est cachée avec sa famille, avant d'être déportée, en 1944. Lors d'une de ses visites, l'espionne comprend qu'elle est suivie. Sans tarder, son organisation l'exfiltre dans une maison de protection, dont elle est supposée ignorer l'emplacement. Mais une allusion au smoked-meat de chez Schwartz's la convainc qu'elle va atterrir à Montréal, la ville de ses grands-parents. Celle dont le métier exige maîtrise des émotions et oubli de soi se laisse envahir par les souvenirs de ses vacances d'enfant. Dès son arrivée dans cette nouvelle annexe, un autre pan occulté de son passé se rappelle à elle : Celestino, chargé de veiller sur les neuf membres de leur insolite communauté, est un fou de littérature. Dans l'appartement couvert de bibliothèques, Anna s'abandonne aux réminiscences de ses études et à son goût exclusif pour la lecture, qu'elle avait sacrifié en changeant de vie. Avec le fantasque majordome prétendument cubain, qui la surnomme Albertine, l'espionne rebaptise ses compagnons de réclusion du nom des auteurs ou des personnages qu'ils lui évoquent : un vieux couple slave devient les Tourgueniev ; un agent d'apparence banale, certainement capable du pire, Meursault ; le chat, Moortje, comme celui d'Anne Frank. Ni la prisonnière ni son gardien ne perdent pourtant de vue l'enjeu de leur brillant duo. Et c'est tout l'art de Catherine Mavrikakis que de puiser dans la fiction la bien réelle issue de leur vénéneux pas de deux... Jouant avec les codes du roman d'espionnage et de captivité, L'Annexe se révèle un éblouissant hommage à la puissance invaincue de la littérature.