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Les féminismes en questions. Eléments pour une cartographie
Taraud Christelle
AMSTERDAM
15,30 €
Épuisé
EAN :9782915547078
Ce recueil vise à examiner, au travers d'entretiens, les conflits et les contradictions qui traversent le féminisme - d'où le pluriel du titre il s'agit non pas de penser ce qui fait son unité, mais plutôt de tracer les grandes lignes d'une cartographie des tensions qui le constituent. Les questions qui ont interpellé et divisé récemment les féministes et l'opinion se trouvent donc au cœur de ce livre : le foulard islamique, le harcèlement, la parité, la procréation médicalement assistée, la prostitution, les violences sexuelles et domestiques... Les Féminismes en questions voudrait ainsi montrer, pour s'en réjouir, que les débats parfois emportés qui opposent les différentes sensibilités de la mouvance féministe, ainsi que l'éclatement relatif de celle-ci, indiquent qu'avec le féminisme nous sommes en ce lieu éminemment conflictuel de l'espace social où sont mises en question les identités de genre et les sexualités.
Dans cette somme protéiforme, Christelle Taraud et son contingent d'auteur.ices reviennent sur l'histoire des violences systémiques imposées aux femmes et aux minorités de genre. De l'Antiquité à nos jours, à travers tous les continents et une grande diversité culturelle, ce récit à plusieurs mains repense les paradigmes, éclaire les zones d'ombres, construit des ponts et ouvre les portes de l'impensé à travers 7 axes : la chasse aux sorcières, l'esclavage et la colonisation, les meurtres et féminicides de masse, les masculinismes, les génocides, les normes et violences corporelles, ainsi que la marchandisation des filles et des femmes. Un ouvrage sensible, majeur et ambitieux dont la réalisation est à la hauteur des attentes.
Des portraits de femmes sur cartes postales anciennes, souvent inédites. "Les femmes du peuple de mon père", pour la romancière Leïla Sebbar qui, derrière chacune de ces "belles d'Afrique du Nord" vouées à la séquestration dans la maison, l'ouvroir ou le bordel, voit "une petite fille grandie trop vite"... Des femmes du réel mais aussi des fictions de femmes fabriquées par le désir de voir et de savoir du photographe occidental, enchaîne l'historienne Christelle Taraud, dont le propos détermine l'ordre des cartes postales. Et pour Jean-Michel Belorgey, qui voudrait croire que la beauté n'est jamais vraiment captive ni orpheline, c'est l'émerveillement du collectionneur de traits et de gestes, d'étoffes, de bijoux et de tatouages qui l'emporte.
Résumé : Apollinaire, qui fut l'un des premiers à inventorier les ouvrages de l'enfer de la Bibliothèque nationale, était un fin connaisseur de la littérature érotico-pornographique. Les deux récits publiés ici, dont le mythique Onze mille verges, datent de 1907 et 1911. Hymnes à la virilité épanouie et à la jouissance, catalogues ahurissants de toutes les pratiques, déviations, orientations, ils offrent, dans un grand éclat de rire, du sexe "brut" emmailloté dans les obsessions et fantasmes du poète. Ce faisant, ils nous permettent d'interroger et de critiquer les valeurs et la violence du système auquel ils appartiennent, celui de la domination masculine. Et en cela, ils constituent aussi des documents exceptionnels.
En 1621, Anne Lauritsdatter est exécutée en tant que " sorcière " aux côtés de douze autres femmes, à Steilneset. En 2011, la Norvège érige un Mémorial dédié à toutes celles qui ont été brûlées vives, durant le XVIIe siècle, dans cette région du Finnmark. Celui-ci vise à éclairer le fait que ces femmes n'étaient pas des " sorcières " mais des victimes d'une persécution misogyne et d'un crime de masse aujourd'hui nommés féminicide. En 2022, Christelle Taraud se rend dans ce lieu si symbolique des violences systémiques contre les femmes et fait l'expérience sensible du souvenir de ces exécutions. Pensé comme un laboratoire scientifique, politique et littéraire, Les Filles-au-Diable suit les traces des " sorcières " de Steilneset en racontant l'histoire singulière d'un lieu au travers des expériences croisées de deux femmes : l'une, Norvégienne, venue du passé, l'autre, Française, vivant aujourd'hui. Dans la longue trame du temps qui se dessine entre 1620 et 2022, d'autres territoires (Irak, Mexique, Canada, Ghana, Rwanda, Cambodge...) ayant connu des épisodes féminicidaires paroxystiques sont convoqués. Entre récit historique, analyse politique et déambulation poétique, les parcours s'entrelacent, les voix s'entrechoquent, les récits s'enchevêtrent. Emerge alors une autre histoire des chasses aux " sorcières ", qui fait écho à des situations très contemporaines de haine contre les femmes un peu partout dans le monde
Comment, au milieu du XIXe siècle, Paris a-t-elle pu devenir l'incarnation urbaine de la modernité ? Pour répondre à cette question, David Harvey a exploré les mutations connues par la ville à cette époque : transformation physique, avec les grands projets d'Haussmann, qui remplace le plan médiéval par les grands boulevards ; transformation économique, avec une nouvelle forme de capitalisme dominée par les puissances financières et industrielles ; transformation culturelle, avec l'irruption de ce qu'on appellera plus tard le modernisme ; transformation sociale, avec l'émergence de violents antagonismes de classes qui atteignent leur paroxysme dans les révolutions de 1848 et de 1871. En présentant la ville moderne comme le produit instable de forces hétérogènes et contradictoires, David Harvey nous offre une image vivante du fonctionnement de Paris ainsi qu'une vision panoramique de la période décisive que fut le Second Empire. Mais cette analyse de la ville moderne est aussi l'occasion d'une réflexion magistrale sur la ville contemporaine - sur la part de la population dans l'urbanisation, sur son accès aux ressources, en somme sur le "droit à la ville".
En ce début de XXIe siècle, vingt ans après la chute des vieilles bastilles, à Berlin puis en Afrique du Sud, des murs sont construits frénétiquement aux quatre coins du monde: en Palestine, entre le Mexique et les Etats-Unis, l'Inde et le Pakistan, l'Arabie Saoudite et l'Irak, l'Afrique du Sud et le Zimbabwe, la Thaïlande et la Malaisie, l'Ouzbékistan et la Kirghizie... Sans compter tous les murs intérieurs, gated communities et autres checkpoints qui partitionnent et régulent les espaces nationaux. Alors que le XXe siècle avait prétendu se clore sur la promesse d'une ère d'échanges et de prospérité, des tensions nouvelles sont apparues, entre la fermeture et l'ouverture, l'universalisation et la stratification. Et ce monde qui se pensait en termes de flux et de circulations n'a depuis cessé de mettre en place des filtres et des dispositifs, largement dématérialisés, de surveillance et de contrôle. Dans ce contexte, que peuvent bien signifier ces murs terriblement concrets, d'acier et de béton, grillagés ou couverts de barbelés, sortes de survivances d'un autre âge? S'ils se révèlent largement inefficaces sur le plan fonctionnel, leur pouvoir discursif, symbolique et théâtral est incontestable: ils fonctionnent comme les icônes d'un pouvoir souverain et d'une nation préservée. Mais là où l'interprétation dominante en déduit que ces murs sont les symptômes d'États-nations renforcés, Wendy Brown y décèle au contraire un déclin avancé de la souveraineté étatique. Et selon elle, celle-ci se redistribue au profit d'autres entités désormais plus puissantes: le capital et la religion.
Le procès de Nuremberg (1945-1946) est devenu un symbole, celui d'un grand événement de justice internationale qui a permis d'affirmer que l'idéologie nazie ne devait pas rester impunie et relevait d'une nouvelle incrimination : le crime contre l'humanité. Cet ouvrage, qui place la focale sur la France, vient combler un important vide historiographique. La contribution française rappelle en effet que la justice internationale résulte d'un long travail de tractations politico-juridiques entre les Alliés, commencé dès 1941, et dans lequel les Français de Londres ont joué un rôle central. A Nuremberg, la délégation française dissone avec la logique américaine du procès. Elle s'inscrit dans une tradition humaniste remontant aux Lumières, critique certains choix juridiques et fait venir des résistants à la barre, quand les Anglo-Saxons ne jurent -ou presque- que par les documents écrits. Ainsi, Marie-Claude Vaillant-Couturier impressionne en évoquant les camps de concentration et la destruction des Juifs. Le procès de Nuremberg a été en partie emporté par la guerre froide et la décolonisation. Mais la contribution française reste une invitation à réfléchir sur la nécessité d'engagements clairs de la part de protagonistes décidés, si l'on veut faire advenir une justice internationale fondatrice d'humanité.
Bâtonner (verbe) : action de copier-coller une dépêche fournie par une agence de presse en la remaniant à la marge. Pratique ordinaire, le bâtonnage résume à lui seul ce que le productivisme fait aux médias. C'est ce que montre le livre de Sophie Eustache, fruit d'une longue enquête, en nous immergeant dans les rédactions, web notamment. Mises en concurrence, celles-ci sont sommées de produire des contenus par les patrons de presse. Pendant que les sommités du journalisme pontifient, les ouvriers spécialisés de l'information, rivés à leur desk, travaillent à la chaîne. Dépossédés de leur savoir-faire par une organisation du travail taylorisée, leurs cadences s'accélèrent, leurs gestes s'automatisent. L'information, paramétrée par les algorithmes, est usinée en série dans les open spaces. Et dans cette course à la productivité, la fusion du néolibéralisme et du numérique détériore les conditions de travail et le travail lui-même. Dès lors, comment se fait-il que les travailleurs de l'information continuent de consentir à ce qu'ils font ? Si Bâtonner décrit la transformation des pratiques professionnelles, il interroge aussi les mécanismes de l'aliénation. Déqualifiée et disqualifiée, la profession proteste mais continue de se croire indispensable à la vertu publique. Toujours prompte à "checker" et "décoder" les fake news des autres, elle en oublie souvent que, réduit à une marchandise, le journalisme n'est pas l'ami du peuple, mais un vice qui corrompt la langue, la pensée et, avec elles, la possibilité de la démocratie.