Jonathan Swift eut, à son époque, cette étincelle de génie qui fait les grands réformateurs. Sa "Modeste proposition", si elle n'avait été victime de la défiance et du rejet dont font toujours preuve les esprits médiocres face aux idées des visionnaires, aurait révolutionné du même coup l'organisation sociale et une large part de la gastronomie. Il n'y aurait aujourd'hui plus de cette misère qui ne cesse d'augmenter et l'on mangerait certainement bien mieux à des prix raisonnables.
Mon intention n'est pas de m'en tenir aux seuls enfants des mendiants avérés ; mon projet [... ] se propose d'englober tous les enfants d'un âge donné dont les parents sont en vérité aussi incapables d'assurer la subsistance que ceux qui nous demandent la charité dans les rues. " Trois ans après les Voyages de Gulliver, Jonathan Swift pousse la logique économique à son terme : puisque chacun doit contribuer à la richesse commune, les pauvres et leurs enfants doivent être réinsérés dans ce cycle. Quitte à ce que cela soit de la plus folle manière. Traduit de l'anglais par Lili Sztajn et Thierry Gillyboeuf. Postface de Gilles Tordjman.
Résumé : Drôle de pays que Lilliput ! Où un Empereur haut comme trois pommes brandit sept centimètres d'épée. Où celui qui est adroit funambule devient ministre. Où Hauts-Talons et Bas-Talons rivalisent de ruses pour parvenir au pouvoir. Où s'affrontent ceux qui mangent l'?uf à la coque par le gros bout et ceux qui le mangent par le petit bout. Où est condamné aux pires tortures celui qui devient indésirable... Ce pays est-il vraiment imaginaire ? Les luttes de pouvoir et les querelles religieuses sont-elles moins absurdes dans la réalité ? Il suffit de changer de perspective pour se retrouver en pays connu... L'accompagnement pédagogique insiste sur la portée satirique du texte, analyse les ressorts de l'ironie, de l'humour et du comique. Il distingue utopie, conte philosophique et récit de voyage et précise le contexte historique des Lumières.
Résumé : Etre le plus grand, être le plus fort, mais tellement grand et tellement fort qu'on n'a aucun besoin d'imposer ni sa taille ni sa force, c'est la situation dans laquelle se trouve Gulliver à Lilliput. Et il en profite, tranquille comme une montagne, pour observer l'agitation, les intrigues des hommes, ces tout petits. Il est en butte à leur ingratitude, à leur méchanceté, à leur goût du pouvoir, mais il ne se venge pas : il regarde attentivement, constate, puis rentre chez lui...Ce voyage à Lilliput représente de belles aventures, où l'imagination et l'humour sont de la fête. Mais le plus vif de ce livre est ailleurs, dans une réflexion légère sur ce qui occupe et motive la société des hommes. La lecture de Voyage à Lilliput est recommandée dans les programmes en classe de 3e pour illustrer l'entrée "Dénoncer les travers de la société". Lecture recommandée en 3e. 12/14 ans.
Si une poignée de suie tombe dans la soupière, et qu'il ne soit pas commode de l'en retirer, mélangez-la bien, cela donnera à la soupe un haut goût français ". Dans les Instructions aux domestiques, Swift raille le ton des ouvrages de bonnes manières et passe en revue, avec pétulance, les règles qui gouvernent la vie des gens de maison, du sommelier au groom, de la gouvernante à la cuisinière.
Francis Bacon: On ne sait pourquoi certaines choses vous touchent. C'est vrai, j'adore les rouges, les bleus, les jaunes, les gras. Nous sommes de la viande, n'est-ce pas? Quand je vais chez le boucher, je trouve toujours surprenant de ne pas être là, à la place des morceaux de viande. Et puis il y a un vers d'Eschyle qui hante mon esprit: "L'odeur du sang humain ne me quitte pas des yeux."
Mille et une facéties, pensées et humeurs de Boris Vian, mille et une merveilleuses conneries que l'écrivain, chanteur, inventeur, musicien, poète, trompettiste a dites ou écrites, directement ou au travers de ses personnages. Une lecture jubilatoire et inépuisable, où s'expriment aussi bien la fantaisie que la sagacité de Boris Vian.
Sébastien BaillyLes Zeugmes au platÉloge d?une tournure humoristiqueAvant-propos d?Hervé Le Tellier InéditLe zeugme, c?est le sel de la langue, l?irruption du cocasse, parfois par maladresse, mais avec effet garanti. C?est l?art et la manière de lier ensemble des termes que rien ne devrait rapprocher. Le procédé a bercé votre enfance, souvenez-vous de l?injonction parentale: « Arrête de mettre le bazar et tes doigts dans le nez! »? Déjà on riait.Le zeugme est le parent pauvre de la stylistique, mais on ne fait pas de littérature sans casser des ?ufs: en recueillant le meilleur du zeugme, Sébastien Bailly en fait la démonstration, de Montesquieu à Pierre Desproges, en passant par Chloé Delaume et Pierre Dac.
Résumé : La légende fait de Modigliani un peintre maudit, pauvre, incompris, caractériel, ravagé par le tourment, l'alcool et les drogues. Un être désespéré qui se serait suicidé par négligence. Pour la première fois, ses lettres se trouvent réunies. Les lire ensemble, les mettre en rapport permet de découvrir un autre Modigliani. Un artiste joyeux, travailleur, animé d'une discrète mais solide foi en ses moyens, qui sait qu'il trace sa voie, et que cette voie est nouvelle.
«Je me suis moins proposé de t'instruire que de t'exercer.» L'aveu liminaire des Pensées sur l'interprétation de la nature dévoile en partie le projet philosophique de Diderot, en même temps que sa relation au lecteur. Son propos n'est pas d'ordonner le monde, mais d'en refléter le caractère ondoyant, insaisissable. Si le réel, «cet immense océan de matière» où les formes apparaissent et se défont sans cesse, échappe à l'emprise de la raison, alors il faut, pour l'approcher au plus près, inventer une écriture capable de saisir la diversité de l'être. Diderot écarte l'idée même d'un savoir achevé, qui impliquerait l'existence d'un entendement divin. Il récuse tour à tour l'abstraction métaphysique et la philosophie rationnelle, qui méconnaît la sensation. Sa démarche est fondée sur l'observation des faits et l'enchaînement des conjectures. Vouée à l'incertitude, elle n'en poursuit pas moins sa quête interminable : elle «ne sait ni ce qui lui viendra, ni ce qui ne lui viendra pas de son travail ; mais elle travaille sans relâche». Le sens se dérobe sous «la multitude infinie des phénomènes de la nature». Comprendre, c'est encore interpréter. Le sujet lui-même se démultiplie - «naître, vivre et penser, c'est changer de forme» -, au point de disparaître - «Je suis transparent», déclare le Philosophe à la Maréchale - sous la superposition des discours : traductions, lettres, essais, dialogues, réfutations... Pas plus que Diderot ne se reconnaît dans son portrait par Van Loo, les
TOME III : Les Derniers Écrits : Les Écrits de 1792-1793 - Des réflexions sur « La Fin de toutes choses » à l'examen d'« Un prétendu droit de mentir par humanité » - La Métaphysique des moeurs et le conflit des facultés - Anthropologie et pédagogie - ?uvres inachevées. Édition publiée sous la direction de Ferdinand Alquié avec la collaboration de Claude Berry, Luc Ferry, Pierre Jalabert, François Marty, Joëlle et Olivier Masson, Alexis Philonenko, Alain Renaut, Jacques Rivelaygue et Heinz Wismann, 1600 pages, rel. Peau.
J'ai d'abord examiné les hommes, et j'ai cru que, dans cette infinie diversité de lois et de moeurs, ils n'étaient pas uniquement conduits par leurs fantaisies. J'ai posé les principes, et j'ai vu les cas particuliers s'y plier d'eux-mêmes, les histoires de toutes les nations n'en être que les suites, et chaque loi particulière liée avec une autre loi, ou dépendre d'une autre plus générale. Quand j'ai été rappelé à l'antiquité, j'ai cherché à en prendre l'esprit, pour ne pas regarder comme semblables des cas réellement différents, et ne pas manquer les différences de ceux qui paraissent semblables. Je n'ai point tiré mes principes de mes préjugés, mais de la nature des choses. Ici, bien des vérités ne se feront sentir qu'après qu'on aura vu la chaîne qui les lie à d'autres.
Résumé : " La raison humaine a cette destinée particulière, dans un genre de ses connaissances, d'être accablée de questions qu'elle ne peut écarter ; car elles lui sont proposées par la nature de la raison elle-même, mais elle ne peut non plus y répondre, car elles dépassent tout pouvoir de la raison humaine. Ce n'est pas de sa faute si elle tombe dans cet embarras. Elle part de principes dont l'usage est inévitable dans le cours de l'expérience, et en même temps suffisamment garanti par elle. Avec leur aide, elle s'élève toujours plus haut (comme le comporte aussi bien sa nature) vers des conditions plus éloignées. Mais, s'apercevant que, de cette manière, son ?uvre doit toujours rester inachevée, puisque les questions ne cessent jamais, elle se voit contrainte de se réfugier dans des principes qui dépassent tout usage possible d'expérience, et qui pourtant paraissent si peu suspects que la raison humaine commune elle-même se trouve en accord avec eux. Mais, par-là, elle se précipite dans l'obscurité et des contradictions, d'où elle peut certes conclure que cela doit tenir à des erreurs cachées quelque part, mais sans pouvoir les découvrir, parce que les principes dont elle se sert, comme ils vont au-delà de limites de toute expérience, ne connaissent plus désormais de pierre de touche prise à l'expérience. Le champ de bataille de ces combats sans fin, voilà ce qu'on nomme Métaphysique. "