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Poèmes de la brume
Suarès André ; Rosny Antoine de
CONFERENCE
21,00 €
Épuisé
EAN :9791097497675
La poésie reste la part méconnue de l'oeuvre d'André Suarès (1868-1948), dont la postérité a surtout retenu les portraits littéraires, les essais et les évocations de terres aimées. L'écrivain a pourtant été fidèle toute sa vie à l'écriture poétique, puisque de ses vingt ans à ses quatre-vingts ans, c'est une quarantaine de recueils qu'il rassembla, dont dix seulement ont vu le jour. Les "Poèmes de la brume" constituent un exemple caractéristique de recueil inédit. Suarès y cultive l'esthétique du poème bref, musical, influencé par le symbolisme. Après avoir travaillé la "sonate" poétique dans ses recueils du début des années 1890, Suarès trouve dans le lied une forme d'expression plus dépouillée, propre à transcrire en vers les sentiments mélancoliques qui l'habitent. Ce dernier recueil constitue de ce point de vue l'aboutissement d'un travail effectué sur les rythmes et les schémas métriques, dans le but d'élaborer des textes d'apparence aussi simple qu'ils sont en réalité fort subtils. A la virtuosité formelle répond l'invention d'une atmosphère issue de son inspiration bretonne. Suarès traverse autour de 1900 une crise qui lui fait s'inventer une ascendance armoricaine, propice à créer dans son imaginaire le contrepoint romantique, chrétien et brumeux que réclament le classicisme solaire de sa Provence natale et ses origines juives. Nais nulle couleur locale dans ces poèmes, nulle trace d'une topographie réaliste. L'intention n'est pas dans la peinture fidèle de paysages retenus pour leurs qualités esthétiques ; elle est dans l'évocation, à partir de paysages rendus indécis par la brume, d'un vague à l'âme, ou plus encore d'une inquiétude qui n'est autre que le pressentiment d'une mort à venir. Une "Bretagne état- d'âme", en quelque sorte : ces lieder mélancoliques offrent au lecteur un héritage du spleen baudelairien autant que du lyrisme délicat de Verlaine.
Résumé : Si "la critique des poètes est leur peinture de portraits", les portraits de Suarès illustrent à merveille cette remarque tirée de ses Xénies. D'autant, écrit Suarès, "qu'une suite de portraits pleins d'esprit, et qu'on peut croire ressemblants, fait naître plus d'idées générales que la thèse la plus rigoureuse".Telle était déjà la révélation d'Ames et Visages. De Joinville à Sade, premier volume du Domaine français qui se poursuit ici avec les portraits toujours aussi vivants et nuancés du siècle suivant, de Benjamin Constant à Arthur Rimbaud, texte inédit, inachevé mais fulgurant. Sans rien cacher de ses goûts personnels, nourris de la plus rare culture ; sans taire ses réticences ou ses aversions (Victor Hugo, ou "la misérable postérité de Chateaubriand"), Suarès, émule de Sainte-Beuve, mais beaucoup moins timide, ne tombe jamais dans les excès de Léon Daudet ("le stupide dix-neuvième siècle") ou dans les condamnations du Romantisme à la Benda. Il affirme, et bien avant les critiques de sa génération, la grandeur d'un siècle dominé, non par Balzac - trop historien - ou par Hugo - trop orateur -, mais par ces phares longtemps moqués ou incompris, maudits ou dédaignés : Stendhal, Baudelaire, Flaubert, Verlaine, Mallarmé, Rimbaud, hissés très tôt à leur vrai rang pour "faire frémir et lever dans les âmes les plus hautes les grandes ailes de la pensée et de la poésie".
Résumé : Le portrait, tel que l'entend Suarès doit rivaliser avec le roman ou le drame. "Le premier, j'ai traité les paysages et les villes comme des caractères ; et j'en ai fait des portraits analogues aux portraits d'hommes". "Caractères", le mot revient sans cesse, pour susciter l'élan créateur. Un portrait de Suarès est une peinture en mouvement. Il s'agit d'exercer un pouvoir de résurrection à la manière d'un Michelet ou d'un Balzac, deux sources de sa "mise en scène". Pour nourrir sa fresque, Suarès puise dans une culture admirable, l'une des plus complètes de sa génération, y compris les sciences. Voilà les règles pour "vivre en abeille sur les pentes du Parnasse", tout en gardant l'instinct, miraculeux, d'une lecture fraîche des oeuvres, débarrassées des systèmes et des dogmes. Suarès paraît même un ancêtre de la critique textuelle ! "Nature, infini palimpseste : mais il doit y avoir un texte là-dessous. Il doit y avoir un sens à ce texte, Quel doute est-ce là ? Un sens, tu veux un sens ? Donne-le lui". Les options de Suarès sont toujours d'un poète : "Dans un artiste réellement vivant, il y a dix et vingt hommes, cent même s'il dure, tout divers, plusieurs contraires entre eux, fussent-ils parents, qui viennent au jour les uns après les autres". Ne croirait-on pas lire déjà Pessoa ? "J'ai cent vies à tenter", et cent vies sont nécessaires pour visiter toutes ces âmes auxquelles Suarès prête à profusion les multiples facettes d'un génie protéiforme.
Résumé : Marqué par la musique de Wagner et ses théories sur l'art total, André Suarès unit musique et poésie dans de nombreux projets inachevés. Complétant André Suarès et le wagnérisme paru précédemment, ce volume en présente une grande partie. Pans entiers de cycles poétiques, projets dramatiques, ébauches de romans, réflexions sur l'art, pages des carnets, ces documents de la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, édités pour la première fois, éclairent l'évolution de Suarès vers ses grands essais.