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Bâtisseurs d'empires. Russie, Chine et Inde à la croisée des mondes, XVe-XIXe siècle
Stanziani Alessandro
RAISONS D AGIR
24,00 €
Épuisé
EAN :9782912107671
La bataille d?Ulan Butong en 1690 oppose dix mille Zhungars (trente mille suivant d?autres sources) à deux armées Mandchous (soit cinq mille hommes); le siège de Gingee par les Moghols implique environ 40000 soldats, des dizaines de milliers de chevaux et de dromadaires et des centaines d?éléphants. Ces affrontements ont lieu à des centaines, parfois des milliers de kilomètres des villes et des pâturages. Dans les steppes d?Asie centrale autant qu?en Inde, l?alimentation des chevaux et des hommes est tout aussi importante que la qualité des sabres. D?où venaient donc lesapprovisionnements nécessaires? Les steppes ne sont-elles pas synonyme de territoire désertiqueset de populations nomades? Et l?Inde que nous décrivons toujours surpeuplée e sous-alimentée oùtrouvait-elle, en 1690, ces immenses ressources?Le point de départ et le fil rouge de cet ouvrage est donc tout simple: l?approvisionnement desarmées dans les steppes et lors des sièges dans des régions périphériques. De quelle manière lesRusses, les Chinois et les Moghols ont, chacun à sa manière, réglé ce problème? Dans l?édificationdes Empires eurasiatiques, la lutte pour les chevaux est impitoyable. Chinois, russes et Mogholsvont s?affronter entre eux et avec les peuples des steppes, les éleveurs mongols. Qui parmi lesChinois, les Russes et les Moghols aura mieux réussi dans ces opérations et pour quelles raisons?Au-delà, l?organisation militaire exige une discipline, une administration fiscale et un système derecrutement. Ce dernier peut avoir comme cible des mercenaires, des élites guerrières, descavaliers nobles, des soldats paysans. En Inde des guerriers ascètes combattent à côté de paysansaffamés et des cavaliers Rajputs; dans les steppes d?Asie centrale, les cosaques déferlent à côtédes Nogays, véritables nomades et de paysans russes cachés derrière les fortifications en bois; enChine enfin, ou plutôt dans sa partie nord-occidentale; des paysans han, des criminels ordinaireset des guerriers mandchous organisés en bannières sont confrontés aux hordes Zunghars (mongoles oirats). Tous doivent être rémunérés alors même que leur emploi détourne des ressources monétaires, alimentaires et des bras d?autres occupations. Tout l?équilibre social est concerné. Les formes du recrutement et de la gestion des soldats, leurs équipements et approvisionnements s?ancrent dans le tissu social, dans les formes des institutions politiques et, bien entendu, dépendent de l?accès aux ressources disponibles. Les relations entre paysans, seigneurs, soldats et administration règlent cette architecture complexe.Et le sort de ces trois empires immenses, les systèmes socio-économiques sur lesquels ils reposent, ne sont pas anecdotiques; ce sont eux qui dominent le monde à une époque où personne n?aurait misé sur la suprématie mondiale de l?Europe. Jusqu?en 1789, quand l?Angleterre vient juste d?occuper le Bengale, l?Asie a encore de l?avance. Pourtant, un siècle plus tard, cette hiérarchie aura été complètement bouleversée; l?Occident domine la planète. Alessandro Stanziani, auteur majeur du changement de perspective propre à l?histoire globale, explique dans ce livre ce prodigieux retournement, qu?a oublié l?histoire racontée par ceux qui connaissent la suite de l?histoire. Cette hiérarchie a été bouleversée, mais pour combien de temps?
Les récits de Conrad m'accompagnent depuis mon enfance. A cette époque, j'aimais surtout l'aventure, le bruit et le parfum de la mer. [... ] Je pensais avoir mis de côté Conrad jusqu'à ce que, il y a quelques années, un ami [... ] me dise : as-tu remarqué que tes terrains de recherche suivent à peu près les périples de Conrad ? Le livre de l'historien Alessandro Stanziani ne parle pas des voyages de Joseph Conrad, mais des travailleurs et des asservis que l'écrivain polonais a côtoyés : les serfs de Russie, les salariés et les marins des empires français et britannique, les esclaves et les immigrés de l'océan Indien. Il s'achève au Congo, dans les violences extrêmes perpétrées contre les indigènes par des compagnies coloniales en quête effrénée de profits. De la pensée des Lumières à l'évolution du droit et à la réalité des conditions de travail, Alessandro Stanziani montre par son approche globale que l'histoire du travail forcé ne peut se comprendre qu'en relation avec celle du travail libre. Les deux aires ne cessent de se superposer et de se répondre mutuellement pour écrire une seule et même histoire encore inachevée, celle d'une difficile émancipation.
Résumé : Pour quelles raisons des émeutes, des luttes pour les terres, des rivalités économiques et géopolitiques exacerbées, ainsi qu'une guerre de conquête se déchaînent-elles encore autour du blé ? Cette situation résulte d'une histoire dont l'issue n'était pas écrite depuis que notre espèce a domestiqué les céréales, ni déterminée par la pression démographique d'une humanité confrontée à l'épuisement inexorable de ses ressources, mais qui remonte au XVIIe siècle. Les guerres dont le blé apparaît à la fois comme l'enjeu et l'arme sont, d'une part, corrélatives de la naissance et de l'évolution de l'Etat moderne, notamment dans sa dimension impériale, d'autre part, tributaires du développement spéculatif du capitalisme. Il y a quatre siècles, les puissances qui allaient dominer le monde se sont bâties sur le blé ; en dépit de progrès économiques, sociaux, agronomiques et sanitaires majeurs, nous en dépendons toujours. A travers le lien unissant l'expansion territoriale des Etats à l'approvisionnement en céréales, Alessandro Stanziani montre que le blé constitue un paramètre décisif pour rendre compte de l'extermination des nomades présumés aux Amériques, en Australie et dans les steppes eurasiatiques entre le XVIIe et le XIXe siècle, puis de l'issue des deux guerres mondiales, et des dynamiques à l'oeuvre à l'époque de la guerre froide et de la décolonisation. Connectées à l'organisation des marchés céréaliers, à la modification des techniques de récolte, à l'industrialisation et à la dérégulation spéculative globale, ces tendances longues éclairent la spirale d'inégalités, de désastres écologiques et de tensions géopolitiques que nous connaissons aujourd'hui.
L'étude sérielle des comptes seigneuriaux vers la fin du Moyen Age, une nouvelle base de données sur les privilèges d'entreprises textiles en Europe entre le XVIe et le XVIIIe siècles, des données tout aussi détaillées sur les crédits en France au XVIIIe siècle et, enfin, les données du commerce international pendant la seconde moitié du XXe siècle : autant d'usages de données construites à partir de sources d'archives qui permettent de reconsidérer des argumentaires classiques en histoire médiévale, moderne et contemporaine. Ces analyses novatrices sont accompagnées d'une réflexion sur l'un des statisticiens les plus réputés dans l'histoire des statistiques, Adolphe Quetelet.
Deux courts essais du sociologue Pierre Bourdieu sur la télévision et le journalisme Ces « cours », initialement diffusés à la télévision avec le concours du Collège de France en 1996, n’ont pas perdu de leur actualité. Le sociologue y analyse comment la place centrale que le logique de l’audimat occupe dans le monde télévisuel et journalistique affecte l’information. Deux textes incontournables de la critique éclairée des médias. Robin
Résumé : Au cours des années 2000, la montée en puissance de la question climatique dans les médias généralistes français, en rendant plus évidents les dégâts environnementaux provoqués par le capitalisme, aurait pu conduire à interroger l'emprise des rationalités marchandes sur l'organisation des sociétés. Revenant sur la genèse et le déroulement ordinaire de ce débat public, ce livre montre comment s'est au contraire imposée une vision dépolitisée de la question climatique. Pour attirer l'attention des journalistes, les défenseurs conventionnels de cette cause doivent en livrer une version consensuelle propre à satisfaire les verdicts du "plus grand nombre". Ils développent alors une entreprise de moralisation des individus ce qui, du même coup, met à l'abri de la critique les logiques économiques et politiques engendrant la catastrophe écologique en cours. Et ce d'autant plus que les prescriptions "éco-citoyennes" occultent le coût environnemental plus élevé des styles de vie socialement valorisés, permettant ainsi aux plus favorisés de faire valoir leur bonne volonté écologique sans avoir à questionner leurs aspirations consuméristes. Loin d'être neutre, la dépolitisation des enjeux climatiques conforte une organisation sociale hautement inégalitaire et écologiquement dévastatrice. C'est donc à une sociologie des mécanismes concourant à la préservation de l'ordre établi que contribue l'enquête présentée dans ce livre. Ce faisant, elle ouvre des pistes pour penser autrement, et au-delà du seul cas français, une transformation sociale et écologique des "sociétés de marché".
Dépensier, "inefficace", l'État social est la cible d'attaques récurrentes et l'objet de multiples réformes. Mais que sait-on des professionnels qui ?uvrent en son nom au quotidien? Comment font-ils face aux changements incessants de leurs conditions de travail? Au cours d'une longue enquête dans plusieurs services sociaux, la sociologue Delphine Serre a choisi comme fil directeur les signalements d'enfant en danger qui sont envoyés à la justice. Entre 1994 et 2006, le nombre de mineurs concernés a quasiment doublé. A travers ces signalements on découvre les savoirs et les pratiques, les règles juridiques et les normes éducatives qui guident les assistantes sociales chargées d'identifier les désordres familiaux. La décision de faire appel au juge dépend aussi du contexte de travail, de l'appartenance générationnelle et de la trajectoire de ces agents. Partagées entre le souci d'agir et la peur d'aggraver des situations déjà dramatiques, les assistantes sociales doivent surmonter leurs doutes et trancher. Elles sont d'autant plus déstabilisées qu'elles sont soumises à un nombre croissant d'injonctions, parfois contradictoires, et disposent de peu de ressources pour venir en aide à un public de plus en plus précarisé. Derrière leur réticence ou au contraire leur empressement à signaler apparaissent les causes structurelles du "malaise" des travailleurs sociaux. En nous faisant entrer dans les coulisses de l'Etat social, ce livre permet de comprendre l'épreuve que traversent les professions du public qui, sur le terrain, sont confrontées au désarroi des familles tout en voyant leurs moyens se réduire.
Un bureau de préfecture, une file d'attente, un espoir - obtenir des papiers. Désormais banale, cette image de l'immigration occulte l'essentiel: ce qui se joue de l'autre côté du guichet. Là, des fonctionnaires examinent les dossiers, jaugent les candidats, statuent sur leur sort. C'est à eux que l'État délègue la mise en ?uvre de sa politique d"" immigration choisie". Mais qui sont ces hommes et ces femmes qui décident d'attribuer des papiers ou, au contraire, de reconduire à la frontière? Comment tranchent-ils? De quelle latitude disposent-ils dans l'interprétation des règlements? Au terme de plusieurs années d'enquêtes dans les coulisses des consulats, des préfectures et des services de la main-d'?uvre étrangère, Alexis Spire dévoile la face cachée de cette machine à trier les étrangers. Ceux qu'on éloigne, et ceux qui rejoignent la main-d'?uvre bon marché réclamée par les employeurs. Situés au bas de l'échelle administrative, les personnels chargés de l'immigration sont sommés de" faire du chiffre "et de" traquer les fraudeurs ". Cobayes de la" modernisation de l'Etat ", ils s'enrôlent dans cette croisade en croyant défendre le modèle social français."
Résumé : La Chine vient à nous : des textes prestigieux sont désormais traduits, des tournées théâtrales nous introduisent dans la légende et dans l'Histoire, le fengshui arrive en Europe. Mais que savons-nous de la civilisation qui leur a donné naissance ? La Chine classique est extraordinairement vivante sous ses habits modernes. La méconnaître serait voyager en aveugle là où il y a tant à voir.
Résumé : " Une petite fille nous aborde : Qu'est-ce que vous cherchez ? Elle a un regard joueur et curieux, je lui explique. Ici, il y a des années, sous le régime khmer rouge, c'était un hôpital, et j'ai enterré de très nombreux corps dans des fosses. Puis l'eau a englouti ce lieu, et on a bâti des maisons. Elle joue avec un petit bout de bois, un peu gênée : Je sais. On dort sur les morts. La nuit, parfois, on les entend parler. J'insiste un peu : Mais tu as peur ? Elle sourit : Non, on n'a pas peur, on les connaît. " C'est à un voyage hors du commun que nous convient Rithy Panh et Christophe Bataille, huit ans après leur livre L'élimination - un voyage vers l'enfance et vers les rizières où furent tués, par l'idéologie, la faim et la violence, 1, 8 millions de Cambodgiens. Le grand cinéaste cherche les lieux où furent enterrés les siens : le tombeau de son père, dans la glaise ; la fosse où furent englouties sa mère et ses soeurs. Mais aussi le grand banyan où il s'abrita, désespéré, à treize ans, avec ses boeufs - sur cette colline, les khmers rouges n'osaient pas s'aventurer. Rithy Panh et Christophe Bataille roulent à travers le pays, s'arrêtent, parlent avec les bonzes, questionnent les villageoises âgées, grattent la terre et trouvent des ossement, des tissus ensanglantés. L'oubli guette, et la négation. Et Rithy Panh poursuit son chemin, cherchant la paix avec les morts et tissant un rapport unique avec les vivants, qu'il côtoie, victimes, bourreaux, complices, anciens cadres khmers rouges : le travail de connaissance ne cesse pas, à hauteur d'hommes. D'une conversation écrite avec Noam Chomsky à des échanges avec le père Ponchaud, d'un entretien avec Robert Badinter aux lettres enfantines rangées dans une sacoche de cuir, d'une méditation sur l'idéologie aux visites aux femmes-devins, les auteurs nous offrent un grand livre.
Résumé : En 1949, quand les communistes s'emparent du pouvoir après deux décennies de guerre civile, la Chine était l'un des pays les plus pauvres de la planète. Aujourd'hui, la République Populaire de Chine est la deuxième puissance commerciale du monde et la seule à pouvoir contester l'hégémonie américaine. Ce manuel décrit et explique cette ascension fulgurante. Il livre une analyse de la Chine des "années Mao", marquées par la construction des bases de sa puissance retrouvée ainsi que parla catastrophe de la grande famine du Grand Bond en avant et le chaos de la Révolution culturelle. Il expose ensuite le processus complexe et contradictoire de la réforme de Deng Xiaoping, avec ses éclatants succès et leurs revers - montée des inégalités, disparités régionales, corruption et violation des libertés, arrogance vis à vis des Etats voisins... Enfin, il dépeint la Chine actuelle de Xi Jinping, qui semble amorcer une nouvelle étape dans son développement en s'affirmant à l'avant-garde de l'actuelle révolution du numérique et de l'intelligence artificielle, pour le meilleur mais aussi pour le pire.
Quand on s'intéresse à l'histoire du Japon, on ne peut éviter de rencontrer de prime abord la conscience historique des Japonais. Cet imaginaire est des plus simples, se bornant à affirmer comme traits spécifiques de ce pays la continuité (un temps linéaire, sans vrai début ni fin), l'homogénéité (une sorte de totalité synchronique), et logeant dans cette association aussi bien l'État, la dynastie impériale, la population, le territoire. De fait, l'originalité du Japon tient à ce que les changements s'y inscrivent, comme naturellement, dans un cadre immobile. Quelle est pourtant la dynamique interne de ce pays qui, depuis sa préhistoire et jusqu'à la rénovation de Meiji, a su garder son unité ?