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L'errant chérubinique. traduit de l'allemand par Roger Munier
Silesius Angelus ; Munier Roger
ARFUYEN
19,50 €
Épuisé
EAN :9782845903586
Johannes Scheffler, dit Angelus Silesius (1624-1677) est né à Breslau en Silésie (aujourd'hui Wroclaw) dans une famille luthérienne de petite noblesse. Selon l'usage de l'époque, ses études l'amènent à un tour d'Europe : inscrit en mai 1643 à l'Université de Strasbourg pour étudier la médecine, la politique et l'histoire, il arrive à Leyde en septembre 1644, et enfin à Padoue en 1647. Médecin de profession comme Paracelse, il se convertit au catholicisme en 1653 et entre dans l'ordre franciscain en 1661. La même année il devient prêtre. C'est en 1657, à mi-chemin de sa conversion et son entrée dans les ordres, que paraissent les poèmes du Cherubinischer Wandersmann. Réédités dans une version augmentée en 1675, deux ans avant sa mort, ces poèmes s'inscrivent dans la plus haute tradition mystique, étonnamment proches de Maître Eckhart même si marqués aussi par l'expérience ardente d'un Jakob Böhme. Leibniz range Silesius parmi ceux "dont les pensées extraordinairement audacieuses, remplies de comparaisons ardues ... confinent à l'impiété" . De fait, de Hegel à Heidegger en passant par Schopenhauer, l'écho de son oeuvre sur la pensée profane n'a cessé de s'amplifier : "Cette avancée téméraire, écrit Roger Munier, cette tension hardie vers les confins dans l'approche du mystère tant de Dieu que de l'homme, peut-être est-elle pour nous l'écho le plus juste, sinon l'appel le plus directement adressé d'une voix qui a retenti il y a plus de trois siècles ? " C'est dès la traduction du titre que Munier nous introduit à une nouvelle lecture. Car le mot Wandersmann n'a pas le sens premier de "pèlerin" (en allemand Pilger) : il évoque avant tout la marche, le cheminement, les voyages. Sans doute est-il "chérubinique" et pur, cet "homme en route" , mais il n'est qu'un homme en route. Son aventure est celle de tout homme en quête et voué à l'errance, à cette marche extatique dans le temps qui fait de l'âme, selon l'expression même de Silesius, "la tente errante de Dieu" (IV, 219).
Paru en 1657, Le Pèlerin chérubinique est un ensemble de poèmes, véritable guide vers la contemplation d'un Dieu caché au-delà du langage. Ouvre maîtresse d'un jeune homme âgé de trente-trois à sa parution, c'est le reflet d'une quête intense, entre réflexion métaphysique, spéculation mystique et incandescence poétique. En cherchant à dérouter le lecteur par des retournements incessants pour mieux le faire accéder à sa propre intériorité, il rejoint d'autres traditions mystiques, notamment orientales. Angelus Silesius touche ainsi aux limites du langage, au néant, voire à l'absence de Dieu. Car si l'on ne peut parler de Dieu, il faut emprunter un chemin paradoxal et contradictoire : "Arrête, où cours-tu donc, le ciel est en toi : et chercher Dieu ailleurs, c'est le manquer toujours. "
Angelus Silesius, qui s'appelle en réalité Johannes Scheffler, appartient à la grande lignée de la mystique allemande. Il arrive plus de trois siècles après maître Eckhart ; il naît en 1624, l'année même où meurt Jakob Böhme - l'un des penseurs qui a eu sur lui la plus grande empreinte. Mais Silesius se distingue d'eux par le fait qu'il exprime dans une poésie de toute beauté la doctrine et l'art de vivre présents en toute mystique. Il est contemporain de la guerre de Trente ans et des poètes baroques allemands, Gryphius, Hofmann von Hofmannswaldau, Casper von Lohenstein, disciples de Martin Opitz, l'auteur d'une sorte de défense et illustration de la langue allemande. La poésie d'une nation en morceaux s'élève et gagne son idiome devant un sol brûlé : elle dit un monde où la vie et la mort se croisent en un jour, où il n'est rien de constant qui ne chancèle.Silesius également écrit une poésie d'ombres et de lumières ; il excelle dans les paradoxes. La forme choisie, une suite de distiques innombrables, s'y prête admirablement. Tout se renverse en deux vers : pour bien servir Dieu il faut aller au-delà de Dieu même ; il faut rejeter ceux qui nous séparent encore de Dieu, les anges, mais pour atteindre une " surangélité " dont Silesius dit qu'elle est l'essence de l'homme. L'objet du mystique est même un au-delà de la divinité, que l'homme n'atteint qu'en refusant de rester un homme. Ce chemin est une succession de passages " au-delà " - Nietzsche et Rilke, poète d'anges aussi, sont peut-être à son terme lointain. Rien ici qui ait l'accent d'une doctrine de soumission ou de contrition. On n'a guère pu y apprécier une orthodoxie ; au contraire les mots de spinozisme et de panthéisme ont été prononcés à son encontre.Aussi bien, ce sont souvent des philosophes qui ont su comprendre Angelus Silesius. Leibniz reconnaît la beauté de son oeuvre (bien qu'elle lui semble incliner à l'athéisme). Hegel et Schopenhauer saluent sa profondeur de vue. Wittgenstein le lisait. Mais au XXe siècle, la renommée d'Angelus Silesius a tenu surtout dans une fleur, cette fameuse rose qui est " sans pourquoi ", étudiée par Heidegger.Et toutefois, une telle gloire a pu masquer ce qu'il y a de simple et de simplement beau dans le livre même, elle a pu dispenser de revenir s'y plonger par-delà ces prismes. Il nous a semblé qu'une oeuvre aussi importante par l'histoire de son influence et par son génie intrinsèque, ne pouvait rester difficilement accessible au public. Cette nouvelle traduction, la première en édition de poche, vise un ton dénué de préciosité, sans ornement et cependant beau autant qu'il est possible. Reconstituer une prosodie française, selon nous, serait allé à l'encontre de ce dessein : le vers libre, qui rappelle le verset biblique (et, en français, celui de Claudel), a eu notre préférence. Une voix simple nous a paru la meilleure, la mieux accordée à la force de cette rare alliance de pensée et de poésie.
Angelus Silesius est le nom de poète que s'est donné à bon escient Johannes Scheffler, docteur en philosophie et en médecine, médecin à la cour impériale de Ferdinand III, prêtre ordonné en 1661, écrivain religieux, qui naquit en Silésie, à Breslau, en 1624, où il mourut en 1677. Le voyageur chérubinique - Der Cherubinischer Wandersmann - dont le seconde édition parue en 1675 (la première datant de 1657) contient 1676 distiques et brefs poèmes, est l'un des plus beaux livres de la poésie mystique européenne.
Itinéraire spirituel et social hors du commun que celui de Silesius Angelus (1624-1677) ! Médecin réorienté vers la poésie, protestant converti au catholicisme et devenu franciscain, la mystique l'habite ainsi qu'en témoignent ses vers :Le lâcher prise rend l'homme capable de Dieu. Mais lâcher Dieu même Est un lâcher prise que peu d'hommes saisissent.Point culminant d'une recherche silencieuse de trois ans, ces "épigrammes et maximes spirituelles pour enseigner la contemplation de Dieu", dont nous avons ici des extraits, sont considérées comme un des chefs-d'oeuvre de la littérature allemande.Silesius s'inscrit dans la lignée de la mystique rhénane, qui remonte à Maître Eckhart, et de la "théologie négative", selon laquelle Dieu est au-delà de tout, et donc au-delà de toute parole. Pourtant, la disponibilité intérieure nous le rend perceptible. C'est de cet éblouissement que jaillissent des mots sublimes, propres à rendre tangible l'ineffable, comme : "La rose est sans pourquoi." --Colette-Rebecca Estin
Sur scène, s'opère publiquement et en langues visibles le retournement du sens commun: en aucun lieu au monde nous ne venons autant désadhérer. Et quitter la cause humaine. Et voir l'animal parler.
L'oeuvre de Rilke n'a cessé d'accompagner les éditions Arfuyen depuis leur création. De Rilke elles ont publié six ouvrages, souvent réédités : Le Vent du retour, trad. Claude Vigée (1989, rééd. 2005) ; La Vie de Marie, trad. Claire Lucques (1989, rééd. 1992 et 2013) ; L'Amour de Madeleine (1992, rééd. 2000 et 2015) ; Le Livre de la Pauvreté et de la Mort, trad. Jacques Legrand (1997, rééd. 2016) ; " Donnez-nous des maîtres qui célèbrent l'Ici-Bas " (2006), enfin Ainsi parlait Rainer Maria Rilke, trad. Gérard Pfister (2018). Le Livre de la vie monastique (Das Buch vom mönchischen Leben) a été écrit par en 1899 au retour de son premier voyage en Russie (avril-juin 1899) avec Lou Andreas-Salomé, à qui il est dédié. Il constitue la première partie du Livre d'heures publié en 1905. Lou Andreas-Salomé en conservait le manuscrit original qui sera publié en fac-similé en 1936 : y figurent à côté des poèmes de nombreux et précieux commentaires sur les lieux, les circonstances et l'état d'esprit dans lesquels ils ont été écrits par le " moine " réputé en être l'auteur. Ils sont reproduits ici pour la première fois avec les poèmes. Ecrit dans des circonstances exceptionnelles, ce texte est une des oeuvres les plus fortes, les plus " nietzschéennes " de Rilke, l'une de celle qu'Etty Hillesum gardait toujours avec elle. Peu et souvent très mal traduite en français (car très difficile à rendre), elle reste à découvrir par le public français.