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Vers Samoa. Lettres à Marguerite Moreno (octobre 1901 - mars 1902)
Schwob Marcel
OMBRES
11,20 €
Épuisé
EAN :9782841421558
Mon nom Samoan est Maselo: il m'a été donné par les deux chefs d'Apia, Seumanu et Amituanae. Quand je bois le kava ou"ava, qui est une cérémonie, mon nom est proclamé d'abord avant les battements de mains sacramentels. J'ai une affreuse maisonnette depuis hier - elle ne désemplit pas de Samoans. Je suis un talkman, un tulafale, un tusitala, et il leur faut des histoires jusqu'à minuit et une heure du matin. Il me semble difficile que tu puisses me voir, assis sur une natte parmi tous ces hommes nus et tatoués, à côté du alii, le chef qui m'écarte les mouches avec un chasse-mouches, tandis que sa fille m'évente, et autour de moi les autres tulafale, l'un qui traduit; les rires de plaisir, les questions sur les détails, les malies d'admiration. Le soir du nouvel an j'avais près de moi Foe, qui a des moustaches blanches, célèbre pour avoir il y a deux ans coupé la tête du fils de Mataafa et l'avoir apportée à son chef Seumanu, ce qui est un grand honneur. Foe se battait pour le jeune Malietoa, maintenant relégué à Levuka, dans les Fidji. Il m'a raconté comment il avait coupé cette tête (ulumutu). Tous ces gens sont des guerriers endurcis qui ne pensent qu'à se battre. ""
Pour le cent-cinquantième titre de la Petite Bibliothèque Ombres, nous publions un ensemble de vingt-deux contes, nouvelles et récits non recueillis en volume - ou inédits - de Marcel Schwob, dont la chronique légendaire, La Croisade des enfants, avait inauguré la collection, il y a dix ans. Marcel Schwob (1867 - 1905) fut l'un des esprits les plus originaux et les plus cultivés, l'un des critiques les plus subtils et l'un des écrivains les plus curieux de la fin du XIXème siècle. Cet érudit était capable d'étudier aussi bien l'argot (Villon, Rabelais) que les courtisanes grecques (Mimes), les légendes chrétiennes (La Croisade des enfants) ou la littérature anglo-saxonne (traductions de Shakespeare, Defoë, De Quincey, Stevenson, Mark Twain, Wilde). Humour, fantastique, perversité savante, ironie traversent ses nombreux contes rassemblés par ses soins dans les recueils Coeur double, Le Roi au masque d'or, Vies imaginaires. Son roman, Le Livre de Monelle, a été considéré comme un condensé de tous les traits de la sensibilité symboliste et a exercé une influence profonde.
La récente publication de la passionnante biographie de Sylvain Goudemare, Marcel Schwob ou les vies imaginaires (Le Cherche-Midi, 2000) a incontestablement marqué un « retour » à Schwob salué naguère par Borges comme l'un des astres majeurs de notre littérature. Le même Goudemare rassemble ici, en quelque mille pages, l'essentiel des livres qu'a laissés le grand enchanteur: Coeur double, Le Roi au masque d'or, Mimes, Le Livre de Monelle, La Croisade des enfants, Spicilège vies imaginaires... sans compter les admirables textes consacrés à la redécouverte de Villon, aux plaisirs érudits de l'argot - et à maints autres sujets hautement délectables. Découvreur de Stevenson - dont il fut presque l'égal traducteur de Shakespeare et de Defoe, Schwob est surtout un conteur de génie qui s'entend comme aucun autre à mélanger histoire et fiction: nul doute qu'il serait devenu si la mort ne l'avait fauché en pleine jeunesse, une sorte de « Borges à la française ». Il s'est contenté d'être, en notre langue, le plus sûr rival de Schéhérazade.
Le biographe n'a pas à se préoccuper d'être vrai : il doit créer dans un chaos de traits humains. Leibniz dit que pour faire le monde, Dieu a choisi le meilleur parmi les possibles. Le biographe, comme une divinité inférieure, sait choisir parmi les possibles humains, celui qui est unique. Il ne doit pas plus se tromper sur l'art que Dieu ne s'est trompé sur la bonté. Il est nécessaire que leur instinct à tous deux soit infaillible. De patients démiurges ont assemblé pour le biographe des idées, des mouvements de physionomie, des événements. Leur oeuvre se trouve dans les chroniques, les mémoires, les correspondances et les scolies. Au milieu de cette grossière réunion le biographe trie de quoi composer une forme qui ne ressemble à aucune autre. Il n'est pas utile qu'elle soit pareille à celle qui fut créée jadis par un dieu supérieur, pourvu qu'elle soit unique, comme toute autre création."
Le De Mulieribus claris, traité des femmes célèbres (1361-62), fait partie des oeuvres latines de la fin de la vie de Boccace, dont la diffusion et l'illustration ont été en leur temps supérieures à celles mêmes du Décaméron. Tout comme Pétrarque, avec qui il a contribué à fonder la littérature en toscan, l'auteur conçoit le projet d'une nouvelle culture humaniste ; il désire conquérir le public des lettrés, après avoir fait les délices de la bourgeoisie grâce à son Décaméron. L'ouvrage, qui se situe toujours dans la tradition médiévale des recueils d'exemples, comporte cent-six Vies de femmes réelles ou imaginaires, mêlant des destinées illustres à d'autres qui ne sont restées que par une anecdote obscure. La traduction du De Mulieribus dont nous présentons des extraits a été publiée à Lyon en 1551 chez Guillaume Rouillé, d'après la traduction italienne de L. A. Ridolfi. C'est cette version dont Brantôme recopie un passage dans son Recueil des Dames, pour rendre hommage au " beau livre " du " grand Boccaccio ". Seule peut-être cette langue du XVIe siècle, verte et rabelaisienne, était à même d'exprimer les ruptures de ton d'un texte protéiforme, tour à tour éloquent, gracieux ou grivois, et qui a inspiré des auteurs tels Christine de Pisan, Castiglione ou Chaucer.
Gaskell Elizabeth ; Darmont F. ; Lecellier Dominiq
Aux côtés de Jane Austen, des soeurs Brontë, de Charles Dickens et de George Eliot, Elizabeth Gaskell (1810-1865) occupe dans le roman anglais du XIX' siècle une place importante que la critique récente a largement consolidée. Portrait discrètement ironique d'une grande dame de la noblesse terrienne, Lady Ludlow fait partie de ses courts romans, comme Cranford ou Ma cousine Phillis, où l'originalité de son talent donne sa pleine mesure.
Voici donc quel est le sens du récit qui suit. De Quincey considère que jamais l'intelligence humaine ne s'éleva au point qu'elle atteignit en Emmanuel Kant. Et pourtant l'intelligence humaine, même à ce point, n'est pas divine. Non seulement elle est mortelle mais, chose affreuse, elle petit décroître, vieillir, se décrépir. Et petit-être De Quincey éprouve-t-il encore plus d'affection pour cette suprême lueur, au moment où elle vacille. il suit ses palpitations. Il note l'heure où Kant cessa de pouvoir créer des idées générales et ordonna faussement les faits de la nature. Il marque la minute où sa mémoire défaillit. Il Inscrit la seconde où sa faculté de reconnaissance s'éteignit. Et parallèlement Il peint les tableaux successifs de sa déchéance physique, jusqu'à l'agonie, jusqu'aux soubresauts du râle, jusqu'à la dernière étincelle de conscience, jusqu'au hoquet final."