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Dialogues d'utopie
Schwob Marcel
OMBRES
10,20 €
Épuisé
EAN :9782841421527
Pour le cent-cinquantième titre de la Petite Bibliothèque Ombres, nous publions un ensemble de vingt-deux contes, nouvelles et récits non recueillis en volume - ou inédits - de Marcel Schwob, dont la chronique légendaire, La Croisade des enfants, avait inauguré la collection, il y a dix ans. Marcel Schwob (1867 - 1905) fut l'un des esprits les plus originaux et les plus cultivés, l'un des critiques les plus subtils et l'un des écrivains les plus curieux de la fin du XIXème siècle. Cet érudit était capable d'étudier aussi bien l'argot (Villon, Rabelais) que les courtisanes grecques (Mimes), les légendes chrétiennes (La Croisade des enfants) ou la littérature anglo-saxonne (traductions de Shakespeare, Defoë, De Quincey, Stevenson, Mark Twain, Wilde). Humour, fantastique, perversité savante, ironie traversent ses nombreux contes rassemblés par ses soins dans les recueils Coeur double, Le Roi au masque d'or, Vies imaginaires. Son roman, Le Livre de Monelle, a été considéré comme un condensé de tous les traits de la sensibilité symboliste et a exercé une influence profonde.
Le biographe n'a pas à se préoccuper d'être vrai : il doit créer dans un chaos de traits humains. Leibniz dit que pour faire le monde, Dieu a choisi le meilleur parmi les possibles. Le biographe, comme une divinité inférieure, sait choisir parmi les possibles humains, celui qui est unique. Il ne doit pas plus se tromper sur l'art que Dieu ne s'est trompé sur la bonté. Il est nécessaire que leur instinct à tous deux soit infaillible. De patients démiurges ont assemblé pour le biographe des idées, des mouvements de physionomie, des événements. Leur oeuvre se trouve dans les chroniques, les mémoires, les correspondances et les scolies. Au milieu de cette grossière réunion le biographe trie de quoi composer une forme qui ne ressemble à aucune autre. Il n'est pas utile qu'elle soit pareille à celle qui fut créée jadis par un dieu supérieur, pourvu qu'elle soit unique, comme toute autre création."
Le travail que j'ai l'honneur de lire ici a pour but d'éclairer quelques points de la vie du poète François Villon, en particulier d'établir qu'il a connu une bande de malfaiteurs "Les compagnons de la coquille", parmi lesquels dix ont été suppliciés au Morimont de Dijon, le 18 décembre 1455; que la composition d'une partie de ses ballades en jargon a suivi de près le supplice des "Coquillards'; que ses amis, Regnier de Montigny et Colin de Cayeux ont fait partie de la même bande."
Récit de jeunesse de Jules Barbey d'Aurevilly (1808 - 1889), qui résume peut-être mieux que tout autre les caractéristiques et les mérites de l'art du narrateur. Publié en 1843, il se compose de cent cinquante petits chapitres épigrammiques ; bien que le récit soit plutôt long, il se ramène à un sujet très simple. La scène : les conversations et les réceptions du monde élégant parisien vers le milieu du XIXème siècle ; le personnage principal : Joséphine d'Alcy, jeune femme de vingt-sept-ans... Une charmante petite personne, au passé pas très clair, riche d'esprit et au fond sèche de coeur, résolue à se faire une situation dans la société. M. Baudoin d'Artinel s'éprend d'elle ; c'est un digne magistrat, resté veuf avec trois fils ; une sorte de beau ténébreux devient également amoureux d'elle : intelligent, sceptique et ardent, il a reçu le nom pittoresque d'Aloys de Synarose. Il fait impression sur la jeune femme qui, pourtant sans abandonner le vieillard, voudrait conquérir Aloys ; mais celui-ci devine le calcul et la mesquinerie de cette âme et réussit à vaincre la tentation. L'anneau qui est passé au doigt de Joséphine lors de son mariage avec le vieux magistrat, cérémonie à laquelle Aloys assiste, lui semble comme le légendaire anneau d'Annibal qui contenait un poison caché sous la pierre. Il s'agit ici d'un poison plus subtil, invisible, qui ne tue pas les hommes, mais l'amour. Sur le thème romantique, l'originalité de Barbey d'Aurevilly a modulé une quantité de brillantes variations, mordantes, ironiques, sentimentales, cyniques et poétiques avec un brio et un sens de la mesure qui ne se retrouvent dans aucune de ses autres oeuvres.
Seul, il ne saurait où fuir. Que de fois déjà, las de lui-même est-il descendu, non pour demander secours à quelque autre, mais pour se perdre dans la rue, parc anonyme, mais le plus beau, se forçait-il à croire, de toutes les promesses. Il marchait, ne trouvait point ce rêve sans nom et sans visage en quoi il avait décidé de se perdre. Il marchait. Aucun regard ne retenait le sien. Sur le sol mouillé la plus faible lueur multipliait toute tristesse. Il marchait et le froid se faisait maillot sous les vêtements, le linge. Ses dents claquaient. Son squelette souffrait seul et tout entier, car déjà ce squelette avait dévoré sa chair. Ce qui, de son corps, demeurait apte au bonheur se fanait. Dans ses poches, ses mains étaient des fleurs, sans sève, sans couleur. Alors il entrait n'importe où, non pour trouver quelque secours précis, humain, car s'il cherchait à retarder la débâcle c'était par d'étranges aides et il n'eût su que faire d'une peau habitée par un esprit semblable au sien.Né en 1900, René Crevel se donnera la mort en 1935. Dadaïste, surréaliste, dandy, mondain, homosexuel, toxicomane, tuberculeux, militant révolutionnaire, de tous les écrivains de l'entre-deux guerres, il a sûrement eu la trajectoire la plus rayonnante, la plus exigeante, la plus brûlante qui soit. Conjointement à ses essais polémiques (l'Esprit contre la raison, Le Clavecin de Diderot), son oeuvre romanesque (Détours, Mon corps et moi, La Mort difficile, Babylone, Etes-vous fous ?, Les Pieds dans le plat), mêle l'obsession autobiographique au désespoir et à la révolte, accordant la création artistique et l'action révolutionnaire par la subversion de l'écriture.
Résumé : Emile Verhaeren (1855-1916), est l'un des plus grands poètes belges d'expression française. Dans ses vers, marqués par un symbolisme sensuel et mystique, sa conscience sociale lui fait évoquer avec lyrisme, et sur un ton d'une grande musicalité, le monde moderne dans ce qu'il a de plus brutal mais aussi de plus vrai : Les Débâcles (1888), Les Campagnes hallucinées (1893), Les Villes tentaculaires (1895), Les Villages illusoires (1895). Auteur de très nombreux recueils de poèmes, d'impressions de voyage, de critiques littéraires, d'études d'art ainsi que de pièces de théâtre, Emile Verhaeren fut aussi un magnifique conteur, au style chatoyant et imagé, usant volontiers du fantastique et de l'insolite. On trouvera ici réunis pour la première fois, l'ensemble des récits et des contes publiés par ses soins dans des revues et dans les Contes de minuit (1884), ainsi que ceux recueillis après sa mort dans Cinq récits (1920) et dans Le Travailleur étrange (1921), illustrés des cinquante-quatre admirables gravures sur bois de Frans Masereel.
Voici donc quel est le sens du récit qui suit. De Quincey considère que jamais l'intelligence humaine ne s'éleva au point qu'elle atteignit en Emmanuel Kant. Et pourtant l'intelligence humaine, même à ce point, n'est pas divine. Non seulement elle est mortelle mais, chose affreuse, elle petit décroître, vieillir, se décrépir. Et petit-être De Quincey éprouve-t-il encore plus d'affection pour cette suprême lueur, au moment où elle vacille. il suit ses palpitations. Il note l'heure où Kant cessa de pouvoir créer des idées générales et ordonna faussement les faits de la nature. Il marque la minute où sa mémoire défaillit. Il Inscrit la seconde où sa faculté de reconnaissance s'éteignit. Et parallèlement Il peint les tableaux successifs de sa déchéance physique, jusqu'à l'agonie, jusqu'aux soubresauts du râle, jusqu'à la dernière étincelle de conscience, jusqu'au hoquet final."