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Angle mort. Le livre de la cambuse
Schlechter Lambert
ESCAMPETTE
15,30 €
Épuisé
EAN :9782914387682
Au milieu de ces jours crépusculâtres, il y a l'euphorie qui se recroqueville, qui s'encarapace, hors de portée, dans sa gangue de malheur. Et alentour éparses, il reste des bribes d'exubérance, mais brûlée, cendreuse. Je suis dans la pénombre de la cambuse, la quarantaine plus que sonnée, je pense des fois à Perros, qui ne suce plus sa bouffarde. La verrulence depuis quelque temps est en veilleuse, ce qui me procure ce qu'il faut de calme plat : j'ai le loisir de m'occuper de ma chronique qui est la chronique des grands soucis et des petits soins, c'est ça, d'un côté les questions de bassine et de balai, de l'autre sans répit la basse continue du glissement. Un homme organise sa vie (sa survie plutôt) dans un espace clos qui ressemble à une capsule hors du monde. Les petits soucis d'une vie quotidienne désespérément monotone viennent rythmer quelques grandes questions métaphysiques pour créer une situation à la fois burlesque et dramatique. L'auteur, confronté à une situation personnelle douloureuse, a commencé son récit le 26 avril 1986. Il ne savait pas alors que c'était le jour de Tchernobyl...
Cette mite couchée sur le dos, aplatie, blanchâtre, bien visible à cause de la couleur brique du carrelage, probablement déjà desséchée à l'intérieur, tout le psychisme qui était sans doute dans son ventre mou s'est évaporé, impossible de savoir comment elle est finalement morte, impossible de savoir si elle a vécu la plénitude de sa vie de mite, son psychisme s'est infinitésimalement dilué dans l'espace, alourdissant de son poids éthéré la pesanteur de l'univers, cette mite sur le dallage, le Titien ne l'a pas vue, cette petite macule, inoffensive saleté, c'est peut-être lui qui a marché dessus, l'aplatissant, alors que le petit ventre palpitait encore avec un dernier reste de vivacité. L.S.
Grand lecteur de Montaigne et des poètes chinois classiques, Lambert Schlechter n'est pas homme àse laisser enfermer dans un genre ou une doctrine. Il s'agit pour lui d'apprivoiser la vie, et donc de s'en approcher à pas lents, à mots comptés, sur le mode d'un vagabondage érotique et littéraire où se mêlent la naïveté de l'enfant et l'érudition du sage, la ferveur de l'amoureux et la patience du lettré. Les grandes interrogations se résolvent non pas en pirouettes ou en déclarations, mais en fragments, en formules dont la justesse enchante l'oreille et touche le c?ur.
Chen Fou (1763-1810) est un pauvre lettré chinois, auteur d'un livre autobiographique, Récits d'une vie fugitive, joyau de la littérature chinoise, qui depuis sa publication en 1877 connaît un grand succès ; Chen Fou décrit les humbles joies et peines de la vie, et rend un touchant hommage à son épouse Chen Yun qu'il perd après vingt ans de vie commune. Lambert Schlechter a vécu la même douloureuse expérience et, comme en écho littéraire et fraternel, construit son livre comme une suite de lettres à ce lointain confrère... Il lui confie ses joies et ses peines, ses observations et ses inquiétudes. Le lecteur se trouve le témoin indiscret de ces confidences...
En littérature, les choses ne sont pas racontées parce qu'elles se produisent; elles se produisent parce qu'elles sont racontées. Gaétan Soucy adhère à cette foi en la fiction. Écrivain le plus brillant de sa génération, indiscutablement l'un des flambeaux de la littérature contemporaine en langue française, il n'a cessé d'insister sur la nature thaumaturgique de la narration. La littérature crée un modèle du monde afin que nous ayons la possibilité d'explorer le monde réel, mais il revient au lecteur de créer ses propres cartes et de déterminer son propre itinéraire.
Il y a aussi dans la palourde et étrangement pour moi plus que dans tout autre bivalve, du petit coffre naturel, extrait de l'ombre, un coffre abritant un secret sur lequel la main, dans une sorte de protection redoublée, se referme entièrement. C'est la raison pour laquelle elle demeure liée si fortement aux anciennes cérémonies du don enfantin quand l'autre, les yeux fermés, devait deviner. L'autre souvent, c'était la petite fille qu'on aimait. Une scène rêveuse et lente, un peu somnambulique, à la Delvaux... Comme si c'était cette part en soi, incommunicable, obscure, mais infiniment précieuse aussi qu'on voulait offrir: un gage secret, le signe d'une reconnaissance ou, à l'instar de la coquille du saint de Compostelle, d'une élection. Brillant exercice de style et savante leçon de choses, cette réhabilitation de la palourde est une introduction digressive et détournée à la meilleure des littératures.
Jean-Jacques Salgon est né en Ardèche où il a fréquenté la petite école de son père, instituteur laïque, républicain et pédagogue adepte des méthodes Freinet. Ce rude pays et ce père au caractère trempé auront sur lui et sur ses livres une influence profonde. Papa firme la pipe est un hommage à ce père mort à 96 ans. Le premier tableau du livre nous le montre, couché dans son cercueil, revêtu d'habits qui le font ressembler à un Communard fusillé par des Versaillais. Puis, de tableau en tableau, on remonte le temps dans un récit empreint de nostalgie et d'humour. On aperçoit Gérard Philipe à Avignon, Geneviève Page au volant de sa BMW décapotable bleue et quelques autres, on part en vacances en Italie en caravane, on roule en 2 CV glorieuse, et à force de remonter le temps on se retrouve en culottes courtes, dans la classe de l'instituteur, où le futur auteur s'exerce à écrire au tableau: "Papa fume la pipe, maman fait du café"