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Eisenstein, leçons mexicaines. Cinéma, anthropologie, archéologie dans le mouvement des arts
Schifano Laurence ; Somaini Antonio
PARIS OUEST
24,99 €
Épuisé
EAN :9782840162377
L'oeuvre écrite et filmique de S M Eisenstein demeure un continent encore partiellement inexploré faute de traductions et de publications complètes, notamment en France. L'ouvrage collectif consacré au film inachevé Que viva Mexico ! sous le titre Eisenstein - Leçons mexicaines se propose de revenir à ce chantier fondateur et aux 14 mois passés par le cinéaste soviétique à sillonner le Mexique, à s'en imprégner, entre décembre 1930 et mars 1932. Les "leçons mexicaines" concernent d'abord l'empreinte dont attestent ces "débris" qui, selon Barthélémy Amengual, "respirent un autre air et une autre force que ses films achevés". Mais d'autres formes documentent ce point de fracture dans l'oeuvre d'Eisenstein et sont analysées : l'activité graphique (ses dessins érotiques sur les motifs de la mort du roi Duncan dans Macbeth, sur la corrida et sur la crucifixion), les écrits sur le montage, sur la composition du plan et sur le cadre, la réflexion sur l'extase, les fulgurants écrits autobiographiques qui reviennent constamment à la "rencontre" avec le Mexique. Resitué dans la vaste dynamique de fracture anthropologique qui, à partir des travaux de L Lévy-Bruhl, W Frazer, A Warburg nourrit les avant-gardes des années 1930 et inspire G Bataille, A Artaud, D H Lawrence, le face à face d'Eisenstein avec les stratifications et la puissance d'une civilisation autre, participe de la même énergie transgressive. Mais si les "leçons" qu'il en tire et qui l'occuperont jusqu'à sa mort intéressent en premier lieu le cinéaste échappé pour quelques mois au stalinisme, elles impliquent d'autres cinéastes, à d'autres époques et dans d'autres lieux, dans leur lien hypothétique à ce "second" Eisenstein et dans leur propre rapport documentaire et créatif à l'altérité violente et irrationnelle, "primitive" et historique du réel : Orson Welles, Maya Deren, P P Pasolini, Glauber Rocha, Cécilia Mangini, Raymonde Carasco. Et parce qu'elles impliquent autant l'anthropologie et l'archéologie que les domaines du cinéma, des arts visuels, de l'architecture, parce qu'elles engagent toute recherche d'autres formes de conscience, d'autres représentations du temps, d'autres expériences de création, ces "leçons" trouvent aujourd'hui des résonances très contemporaines qui les relient au mouvement des arts dans son entier.
Qu'ont en commun Pierre Alferi, Léos Carax, Emmanuel Carrère, Claire Denis, Louis-René des Forêts, Yannick Haenel, Nathalie Léger, Christine Montalbetti, le poète Jérôme Game ou l'éditeur Paul Otchakovsky-Laurens ? Cet essai fait l'hypothèse que leur poétique s'ordonne autour d'un même souci de l'écriture soumise aux puissances de la projection - un faisceau lumineux transporte une image sur un écran : photogramme qui défile et s'expose à la dissemblance ; image virtuelle qui s'actualise ; image fugace dont se déploie l'évanescence. L'investissement imaginaire et affectif associé au dispositif technique du cinéma rencontre ainsi la notion psychanalytique où le sujet voit chez l'autre ce que son inconscient ne peut regarder en face. Le cinéma devient surface d'inscription des traumas que réécrit la figurabilité filmique : optique ou psychique, la projection met en jeu un transport et une déformation destinés à faire écran. C'est au croisement de ces deux sens que s'ouvre un espace contemporain d'écriture entre cinéma et littérature, dont il s'agit ici de théoriser et cartographier les pratiques, lorsque l'écriture - syntaxe, métaphores, lumières et ombres - retrace la hantise des figures de l'écran.
En juxtaposant les réflexions de chercheurs préoccupés par les puissances poétiques et réflexives du cinéma, cette publication ouvre une profonde et très libre dynamique de recherche qui, d'un texte à l'autre, prend la forme d'un dialogue implicite. Le rêve est moins affaire de contenu, de sens et de diagnostic que foyer réaffirmé d"« intense activité plastique ».Les films conduisent à expérimenter les problèmes oniriques en termes de corps et d'énergie, de pulsions et de désir, à la fois du côté des créateurs et des spectateurs. Pour autant, la question du désir, si elle tend parfois à se fondre voire à disparaître au profit d'une célébration des processus créatifs mémoriels, n'en reste pas moins l'un des pôles majeurs de la réflexion d" ensemble. Dans les questions qui restent en suspens, il y a celle de la part originaire et créatrice que le désir introduit au sein de l"oeuvre, et de la conjonction qu'il noue entre film et spectateur. Et celle de l" « impérieux besoin d"images » qu'évoque Francis Vanoye et auquel s" abandonne « l"homme ordinaire du cinéma » qui est peut-être moins strictement un penseur qu" un rêveur. Parmi les voies qui se trouvent ici ouvertes dans cet ouvrage, la psychanalyse est présente. Elle est saisie dans une dynamique de dépassement qui propose de nouvelles références (César et Sarah Botella, Ernst Kris entre autres, et aussi la pensée pré-freudienne de l"hystérie mobilisée par Emmanuelle André), elle indique d" autres cadres de la réflexion esthétique: l"Asie est l" horizon du curieux film de Bill Viola Hatssu Yume, Premier rêve (1981) que Rose-Marie Godier analyse à la lumière de l "expérience du boudhisme zen; le vaudou est un des horizons ouverts par Maya Deren, qu évoque Anita Trivelli. Autant de films, et de voies, qui empruntent au rêve l" expérience d"une « dilution du moi » rationnel et de son « activité discriminante » pour atteindre au terme d" une expérience temporelle et psychique une ressaisie du regard et de la réciprocité du regard entre le moi et le monde chez Straub-Huillet (G. De Vincenti) aussi bien que chez Bela Tarr et Bill Viola.
A la fois art populaire et expression de la culture la plus raffinée, artisanat foisonnant et industrie rivale d'Hollywood, le cinéma italien de l'après-guerre connaît une renaissance et une ascension éclatantes trois décennies durant. Cette étude met en relief la dynamique des différents courants qui traversent cette période, de l'aventure néo-réaliste portée par des pionniers comme Rossellini, Visconti, De Sica... aux années d'effervescence créatrice où se déploient des poétiques d'auteurs tels que Rosi, Bertolucci, Antonioni, Fellini, Pasolini, etc. Elle met en lumière la cohésion de cet univers protéiforme et révèle les lignes de force qui en conditionnent la vitalité et le devenir.
Résumé : Quelle contemporanéité singulière chercher chez Rohmer, dont l'oeuvre théorique, télévisuelle et filmique dialogue ouvertement ou secrètement avec Chrétien de Troyes, Blaise Pascal et Honoré d'Urfé autant qu'avec Proust, Hitchcock, Antonioni, Godard et Ricardo Bofill ? A sa disparition en 2010, on a tout naturellement, en France et à l'étranger, salué en l'auteur de La Collectionneuse, de Ma nuit chez Maud, du Genou de Claire et de Pauline à la plage, le Marivaux ou le "moraliste du septième art", le "Master of tact", "le cinéaste littéraire par excellence". Réunissant, autour d'une commune attraction, des spécialistes de la littérature française et du cinéma, ce Rohmer en perspectives propose d'aborder le cinéaste à travers le prisme d'une contemporanéité complexe et contradictoire où l'héritage humaniste et la quête de beauté, de vérité et d'ordre s'ouvrent, non sans ambiguïté, aux intrusions, empêchements, déséquilibres et désordres du vivant. Entre le celluloïd, le polaroïd et le marbre, se dessine ici le portrait de Rohmer en contemporain inactuel qui, du Signe du lion aux Amours d'Astrée et de Céladon, n'a cessé d'exposer le classicisme français aux rayons de la modernité et de l'historicité cinématographiques.
Résumé : Longtemps relégué dans l'ombre, le rire est aujourd'hui à la mode. Mais on s'intéresse presque toujours au rire pour d'autres raisons que le rire lui-même. On veut démontrer ses significations philosophiques, exalter ses vertus esthétiques, comme s'il fallait toujours s'excuser de rire et de faire rire. A rebours, L'Esthétique du rire veut s'en tenir au rire. D'abord, en rappelant son irréductible unité, malgré toutes les variantes ou sous-catégories qu'il est loisible d'énumérer (l'ironie, le burlesque, la satire, la blague, la parodie, la farce, etc.). Ensuite, en affirmant avec force que, s'il existe bien un art du rire, il n'est rien d'autre que l'art de faire rire, avec le plus de force et de plénitude possible. Pour saisir cette dynamique du rire, il fallait un dialogue entre les spécialistes du Moyen Age, des siècles classiques et de la modernité post-révolutionnaire. Mais l'histoire ne doit pas faire oublier l'essentiel: la nature anthropologique du rire. Le mécanisme comique plonge dans les zones les plus mystérieuses de l'homme: dans l'inconscient que refoule le moi sérieux; dans les mondes merveilleux de l'enfance; plus généralement, dans un stade archaïque et primitif de l'homme. L'art du rire opère la mystérieuse transfiguration des ténèbres opaques de l'intimité humaine en bruyant feu d'artifice. Et ce sont les extases d'imagination induites par cette inversion miraculeuse qui fait du rire un phénomène d'ordre esthétique.
Artémidore n’est pas un philosophe, mais il s’occupe d’une question, la mantique, qui n’était pas étrangère aux philosophes de l’Antiquité. La divination par les songes ou toute autre divination fait partie des préoccupations des philosophes et particulièrement de la philosophie dominante sous l’Empire, le stoïcisme, ou même d’adversaires de la divination comme les Epicuriens. L’arrière-plan quasi idéologique de la sympathie universelle qui régit non seulement la pratique onirocritique telle que l’entend Artémidore, mais aussi bien un autre type de mantique, la divination par l’astrologie, ne saurait conduire à qualifier notre auteur de stoïcien. Les rêves, dans toutes les cultures, et depuis la plus haute Antiquité, ont de multiples usages, qui dépendent du sens qu’on leur donne. Leur interprétation est souvent considérée comme l’une des formes de la divination. Elle est attestée par les textes littéraires et a fait naître une littérature technique riche d’enseignements sur la société de l’époque et son imaginaire. Il ne s’agit donc pas seulement d’une constante psychologique, mais aussi de traditions culturelles multiples, qui ont chacune leur propre histoire et entrent à de nombreuses reprises en contact les unes avec les autres.
Résumé : " Il y a des dates qui comptent, d'autres qui tombent en poussière. Tandis que 1896 ou 1907 se laissent oublier et ne marquent plus pour nous que des heures surannées, 1900 est une échéance, un jubilé, noces d'or du passé et de l'avenir ". C'est en orfèvre que Paul Morand célébrait 1900, trente ans après. Entre temps il aura été un des héraults des Années folles et, tout particulièrement, de l'année 1925, qui tout autant que 1900 a marqué une échéance et s'est vite imposée à la mémoire collective comme une année mythique. Étonnante et durable fortune ! Entre l'armistice de 1918 et la crise de 1929, les années vingt, profondément marquées par les horreurs de la Grande Guerre, présentent un singulier mélange de désarroi, de révolte et de frivolité. À la fin des combats qui ont dévasté l'Europe, tout un monde s'écroule, plongeant modèles et valeurs dans une crise durable. En cette période d'extraordinaire effervescence, la table rase et l'expérimentation sans tabous sont à l'ordre du jour. Les moeurs oscillent entre deux tendances fortes : émancipation et détraquement. Amour et libertinage jouent à cache-cache aux quatre coins de l'Europe galante. Discréditée par un conflit qu'elle a provoqué ou qu'elle n'a pas su empêcher, la politique hésite entre les tentations du communisme et du fascisme. Et la littérature, gagnée elle aussi par la difficulté d'être, cherche les voies de son renouvellement. Pour restituer l'esprit de cette époque qui à tant d'égards dialogue avec la nôtre, il fallait remplir deux conditions. Réunir, en premier lieu, des recherches travaillant dans des disciplines différentes. Se croisent ici des travaux de spécialistes d'architecture et de cinéma, de littérature française et de littérature comparée, d'études anglo-américaines et de Kulturwissenschaft, des hispanistes et des slavistes, des italianistes et des historiens du sport. D'autre part, il était indispensable de faire appel à des spécialistes internationaux.
Résumé : Les livres sont aussi des bibliothèques. Dans la salle de lecture de celle que constitue celui-ci, on peut croiser, entre autres, Thomas Bernhard, André Breton, Blaise Cendrars, Pascal Quignard, Pierre Michon ou encore Philippe Sollers, qui y forment une petite communauté provisoire. Chacun de ces lecteurs singuliers vient là pour des raisons diverses : pour voyager, dénombrer, rêver ou encore interpréter. On y rencontre aussi l'auteur qui s'interroge sur cette étrange passion lire dont il soupçonne qu'elle cache quelque chose. Il semble que chacun de ces lecteurs ait trouvé dans le livre un objet d'amour. Un objet d'amour qui en remplace un autre.