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Néo, trois panneaux d'apocalypse. Comédie
Sarrazac Jean-Pierre
CIRCE
9,15 €
Épuisé
EAN :9782842420710
Que vais-je pouvoir vous transmettre moi qui me targuais d'être porteur d'un message ? Quelle parole vais-je pouvoir confier à ceux parmi vous - les quelques élus qui seront peut-être appelés à sortir d'ici et rentrer dans leur pays si jamais un peu de lumière réapparaît dans ce ciel de goudron ?... "Ce que tu vois, fais-en un livre" est-il écrit dans l'Apocalypse de Jean... Mais si chacun dans la foule peut voir avec la même précision ce que voit le témoin ? Si le symbole se dissout complètement dans la réalité ? Quand tout est devenu littéral, quel témoin peut encore témoigner ? " L'homme qui vient de parler "sort un pistolet et se tire une balle dans la tête"... Un épisode parmi tant d'autres de cette comédie sanglante qui déploie la parabole de la "mondialisation". Néo, ou : quand la France de la gastronomie et de la mode, parangon des valeurs occidentales, vient se contempler une dernière fois au miroir brisé du postcommunisme.
La dernière idée que nous nous étions faite du théâtre et, singulièrement, de la création entre la scène et le spectateur, nous la tenions des années cinquante, de Vilar et de Brecht. La leçon de Barthes, de Dort, de la revue Théâtre populaire - d'Althusser également - nous avait convaincu que le théâtre devait assurer le "Grand commentaire" de la société... Or on entend dire que cette utopie d'un "théâtre critique" et d'un "spectateur actif" a vécu; qu'elle est morte en même temps que la religion de la "fable" et que quelques autres croyances "modernes"... Contribution au débat actuel sur la fonction du théâtre, sa dimension civique, ses pouvoirs, sa "nécessité", le livre de Jean-Pierre Sarrazac fait l'archéologie de cette idée d'un théâtre critique. Façon d'amorcer ce que les philosophes appellent la palinodie, l'histoire d'un changement d'idée. De choisir la contradiction plutôt que l'amnésie. De reprendre la toujours nécessaire critique du théâtre. Tout en poursuivant le rêve amoureux d'un théâtre qui "se situerait en dehors du jugement, dans le jeu des possibles", qui "ne punirait ni ne consolerait" mais "offrirait simplement réparation", "entendons: un lieu et un temps pour se refaire des forces".
Quatre des premières pièces de Jean-Pierre Sarrazac... L'Enfant-roi et sa petite famille bien française sont entraînés dans un périple tragi-comique sur l'autoroute des vacances. Le Mariage des morts donne, avec un soupçon d'ironie, une forme quasi légendaire aux atermoiements sentimentaux et familiaux de la fin d'adolescence. Les Inséparables retrace la confrontation, à travers une cloison sonore, du Vieil homme dans la cuisine et du Vieil homme dans la chambre. Deux inséparables dans l'attente du retour du Fils prodigue. La Passion du jardinier, ou le dialogue en quatre saisons d'une Vieille dame - juive apprendra-t-on - et de son assassin, une jeune jardinier antisémite. La morte sort de sa tombe ; elle revient hanter le jeune homme afin qu'il rende des comptes.
A la Sorbonne comme au bistrot, la vérité vraie, objective, pure, triomphe rarement : l'assistance lui préfère la parade la plus cinglante. Voilà qui chagrinait au siècle dernier le ténébreux philosophe Schopenhauer... Il en eut à la longue un sursaut rageur : élaborer le mode d'emploi de la controverse. Un traité qui permette de défaire n'importe quel opposant, malgré son habileté et sa mauvaise foi. Puisque si souvent la forme l'emporte sur le fond. Les brillants raisonnements des alchimistes ont interdit l'essor de la chimie pendant des siècles. Même s'ils professaient des âneries. Dans L'Art d'avoir toujours raison, Schopenhauer ne s'embarrasse pas de morale... Résultat : un mémoire ramassé et teigneux, pas plus épais qu'un agenda : trente-huit stratagèmes pour ne jamais perdre la face."
Parmi les caractéristiques étranges des habitants de ce continent - l'Amérique du Nord -, il en est une qui veut que chacun se choisisse des étoiles déterminées et vive en fonction d'elles. Ces étoiles ne sont pas célestes, mais cinématographiques, ce qui ne change rien à l'affaire. En revanche, cela permet d'augmenter sensiblement le fonds de roulement du ministère des P. et T. grâce au flot continu de lettres adressées aux dites étoiles bien-aimées. Raillant quelque peu cette bizarrerie et cette passion, le New-yorker fit paraître un jour une caricature: une très vieille lady de la plus haute société, - avec diadème en diamants dans ses cheveux blancs et laquais obséquieusement courbé à l'écart, - se livre à la même occupation qu'une quelconque jeune modiste ou n'importe quel office-boy: elle écrit à la star de son coeur. Mais le noeud de l'affaire n'est pas dans l'acte même d'écrire. Il est dans le destinataire. La lettre commence par:" Dear Mickey Mouse... "Là est l'essentiel..."
Anna Akhmatova (1889-1966) eut très tôt conscience d'avoir donné la voix aux femmes dans la poésie russe en leur " apprenant à parler de l'amour ". Dès ses deux premiers recueils Le Soir et Le Rosaire, parus en 1912 et 1914, elle devient une star avant la lettre, étant imitée par les jeunes femmes dans sa façon de s'habiller et de se coiffer, suscitant surtout une multitude de vocations poétiques et d'épigones durant des décennies, en dépit même de l'ostracisme officiel, de l'interdiction de publier qui la frappera en 1926-1939, puis de 1946 à 1958. Aujourd'hui encore, les jeunes mariées se voient offrir un livre de celle qui pour les russophones restera à jamais le chant même de l'amour. La nouveauté radicale d'Akhmatova, qui représentait aux côtés de Goumiliov et Mandelstam le mouvement acméiste appelé à rompre avec le flou métaphysique et formel du symbolisme, résidait moins dans la " déferlante amoureuse " de sa poésie que dans une poétique inédite. Ayant " puisé dans la prose russe du dix-neuvième siècle sa sensibilité morale, la vérité des motivations psychologiques ", elle fait de chaque poème un fragment de nouvelle ou de roman, une page arrachée à un journal intime, retraçant toutes les phases et situations de l'aventure amoureuse. " L'héroine lyrique, comme le notait dès 1923 le grand critique russe Boris Eichenbaum, est un oxymore incarné, tressant l'émouvant et le sublime au terrestre et à l'effrayant, la simplicité à la complexité, la sincérité à la malice et la coquetterie, la bonté à la colère, l'humilité monastique à la passion et la jalousie ".
Résumé : " Aimer quelqu'un ou quelque chose signifie ou consiste dans le fait, entre autres choses, de prendre ses intérêts comme des raisons d'agir pour servir ces intérêts. L'amour est lui-même, pour celui qui aime, une source de raisons. Il crée les raisons par lesquelles ses actes d'intérêt et d'attachement amoureux sont inspirés... "