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Comme un commun
Saint-Jacques Camille ; Pernoud Emmanuel ; Raison
ATELIER CONT
24,99 €
Épuisé
EAN :9782850350924
Camille Saint-Jacques introduit ses notes réflexives de la même façon qu'il signe - ne signe pas - ses tableaux ? : inscrivant son âge en chiffres romains et, en chiffres arabes, le numéro correspondant au jour de l'année. C'est dire que sa peinture et son écriture se veulent journalières, qu'elles prennent place tout ensemble dans le temps du quotidien, dans la durée d'une vie d'homme et dans un horizon qui les dépasse l'un et l'autre. "? Chacune [de mes oeuvres] vaut pour le nombre d'années et de jours qu'il m'a fallu pour la faire. La dernière affichait 61 années et 106 jours. Celle-ci en aura autant, plus une poignée de journées. En deux fois j'aurais dépassé les 120 ans. Autant dire que ma vie de peintre se compte déjà en milliers d'années. Pas étonnant que je vive au milieu de fantômes ? ! ? " Malgré ce choix du jour le jour, qu'on ne redoute pas ici de devoir prêter l'oreille au clapotis d'une chronique routinière. Car ce choix relève d'une aspiration éthique et esthétique nettement exprimée et même revendiquée ? ; et quoique la voix et la vie de l'auteur transparaissent à chaque page, quoique le ton reste toujours celui d'une quête personnelle, le sujet de ces notes très élaborées est bel et bien, non seulement ma, mais la peinture. L'émotion primordiale, le tâtonnement aveugle, le lâcher-prise recherchés dans l'acte de peindre sont ainsi ressaisis dans des analyses d'une grande limpidité. On se souviendra, à cet égard, que Camille Saint-Jacques est aussi enseignant, penseur de l'art et co-directeur de publication de la revue Beautés. C'est ce double regard qui rend précieux ces carnets de création. Leur auteur, qui semble reprendre son souffle dans le mouvement réflexif, dépose les pensées surgies au fil de la peinture, et cultive dans ce même geste l'abandon nécessaire pour entreprendre le prochain tableau. Car il ne s'agit pas de fixer un programme ou de tirer des plans mais, au contraire, d'approfondir, sans sombrer dans l'obscurité, la part irréductible d'ignorance et de mystère que comprend le geste de peindre. "? Il faut peindre en pratiquant l'oubli jusqu'à oublier la peinture même, ne jamais lui accorder d'importance vaniteuse et d'importance, se dire chaque jour : Anything goes. L'expérience véritable c'est de n'avoir aucun métier. ? " Lignes qui font écho à la défense de l'"? amateurisme ? " menée de longue date par l'auteur et non exempte d'implications politiques ? : la peinture n'est pas une profession, ni un travail, ni même une activité difficile, mais une recherche éminemment personnelle. Rappelant par son rythme les carnets de La Semaison de Philippe Jaccottet, Comme un commun pourra intéresser au-delà du cercle des amateurs d'art, car la peinture y apparaît comme la voie d'un rapport plus juste au présent. De Camille Saint-Jacques, L'Atelier contemporain avait déjà publié un ensemble de notes, en 2019, sous le titre Talus et Fossés.
Suchère Eric ; Saint-Jacques Camille ; Kosmicki Gu
Qu'en est-il aujourd'hui de la distinction entre arts majeurs et arts mineurs ? Une telle hiérarchisation des pratiques artistiques entre high and low a-t-elle encore un sens ou bien doit-on désormais considérer que le temps d'une création libre, sans bornes ni entraves est venu, que l'art est un tout au sein duquel chacun est libre d'aller et de venir comme bon lui semble ? Derrière cette question qui agite l'art contemporain depuis quelques décades se cachent de nombreux enjeux économiques, sociaux et bien sûr esthétiques qui apparaissent à la fin XIXe siècle et se développent tout au long du XXe. L'étude de ces enjeux montre que l'esprit libertaire qui prétend faire tomber les barrières est autant porteur d'émancipation que d'une idéologie libérale.
Pourquoi les femmes se maquillent ? L'auteur tente une réponse qui ne soit pas dépréciatrice et découvre, en explorant l'histoire du maquillage et sa perception à travers les âges et les auteurs, d'Ovide à Baudelaire, que le maquillage n'est pas un geste anodin ni factice. En réalité, c'est une vision féminine du monde et du rapport au cosmos que le maquillage illustre.
Avant d'être une oeuvre, la peinture est un désir de peindre. Il importe de distinguer les deux. L'oeuvre picturale relève du goût, de la sensibilité, de l'esthétique... Peindre est bien en amont de tout cela, c'est une pulsion qui se manifeste par un besoin de faire, d'user de ce qui nous tombe sous la main ? : charbon de bois, couleurs, pinceaux... pour en couvrir une surface et en ressentir un soulagement. Que la peinture soit remarquable ou insignifiante, belle ou laide, est une autre histoire, plus précisément, une histoire de l'art. Sont peintres celles et ceux qui manifestent le symptôme récurrent, ce "? vice impuni ? ", qui les pousse à peindre. Ce désir est universel. A toutes les époques les humains peignent partout sur terre. En faire une profession est une anomalie occidentale car nous avons tous été peintres, enfants avant que l'école n'enfouisse nos envies sous le déluge des règles, exercices et notes. Nous le redevenons parfois, quand, le grand âge est venu, à la faveur d'un atelier d'art thérapie. En attendant, peindre est un loisir ou un désir refoulé. "? Retour amont ? " donc, de la peinture à ce désir de peindre qui constitue un commun de l'expérience humaine.
Poursuivant son effort d'interrogation du paradigme esthétique dominant et de déhiérarchisation de la culture, Beautés, cette fois, creuse et complique la question, à laquelle la destinait son nom, de la "beauté". Cela revient à faire le pari qu'il peut jaillir une pensée prolixe et plurielle d'une aporie énigmatique : la beauté étant ce qui échappe toujours quand on tente de la définir, ou, pour le dire avec Maurice Blanchot, "ce qui se dérobe sans que rien ne soit caché". Cela, cependant, ne signifie pas qu'on ne puisse rien en dire. Au contraire, la beauté est peut-être ce qui par excellence met en mouvement la pensée. Prenant acte de la fin d'une prétention européenne à l'universalisme, comme de la fin de la prétention à "l'exception humaine" selon la formule de Jean-Marie Schaeffer, Beautés croise des approches philosophiques, anthropologiques ou sociologiques (celles de Yves Le Fur, Michel Thévoz, Yves Michaud, Philippe Descola) et des réflexions esthétiques, éthiques, politiques de plusieurs artistes contemporains (dont Claire Chesnier, Estèla Alliaud, Fabrice Lauterjung). Ainsi Yves Le Fur cherche-t-il à "débusquer de la beauté dans de nombreux domaines qui ne relèvent pas des catégories habituelles", comme celui des pierres recelant des paysages cosmiques, ou celui de la sculpture africaine, dont la perception est souvent biaisée par un ethnocentrisme. Mais on peut songer aussi aux hypothèses théoriques et pratiques formulées par Claire Chesnier, qui interroge la possibilité de "coudre ensemble une averse", pour suggérer que "définir le terme de beautés reviendrait à encapsuler une multitude intenable". La morale de l'histoire racontée par ces différentes voix issues des champs des sciences humaines et de l'art est peut-être que, si la beauté est avant tout "ce qui se dérobe", ce qui échappe, qu'on ne peut ni rechercher ni prévoir, elle est pourtant là, à portée de chacun de nos regards jetés dans l'insignifiance quotidienne. C'est du moins ce que suggère avec justesse Michel Thévoz : "On s'avisera peut-être bientôt, mais trop tard, que, à l'aube du troisième millénaire, l'art était partout, sur les façades urbaines, sur les wagons de chemin de fer, parfois même sur les voitures de police, partout sauf dans les centres d'art contemporain et dans les espaces institutionnellement dévolus. Je conclurai sans craindre l'emphase : les graffitis n'ont que faire de la beauté, sauf à la redéfinir dans son rapport avec l'horreur. Ils nous mettent en arrêt devant "la Chose" en putréfaction : le capitalisme."
des Forêts Guillaume ; Rabaté Dominique ; Bettenco
Prolongeant la publication en 2015 des oeuvres complètes de Louis-René des Forêts en "? Quarto ? ", ce livre collectif présente pour la première fois de manière exhaustive tout l'oeuvre peint et dessiné de l'écrivain. On connaissait déjà par des expositions dans les années 70 et par des publications en revue (notamment le "? Cahier du Temps qu'il fait ? " en 1991, certaines reproductions dans le "? Quarto ? ") l'activité picturale de Louis-René des Forêts, à laquelle il s'est consacré durant plusieurs années alors qu'il avait cessé d'écrire. Mais on en avait jamais eu que des vues partielles, plus ou moins bien reproduites. C'est donc un manque que vient combler cette publication collective, en permettant de reproduire en grand format les soixante et une peintures de l'auteur et la totalité de ses dessins. L'ouvrage sert donc de catalogue raisonné de toute cette oeuvre secrète pour la donner à voir de la façon la plus exacte et la plus agréable, de la découvrir enfin dans l'ampleur et l'originalité de ses compositions, dans la variété de ses réalisations plastiques. Reprenant son titre à celui d'un des tableaux de des Forêts, cet ouvrage propose aussi une véritable enquête biographique et critique de la constitution de l'oeuvre picturale, en reprenant patiemment la chronologie des dessins et des tableaux, pour établir précisément l'archéologie ancienne d'une activité qui remonte aux années de collège entre 1930 et 1932. On trouvera ainsi l'ensemble des dessins que le jeune des Forêts fait sous nom d'emprunt de ses camarades et de ses maîtres, et où il jette les bases de l'univers adolescent qui irrigue son oeuvre jusqu'à Ostinato. On découvrira aussi une série de dessins de facture plus réaliste, des choses vues prises plus ou moins sur le vif, comme lors d'un voyage en Angleterre en 1970. Il faut donc souligner que l'ouvrage donne accès pour la première fois à une part véritablement cachée de l'oeuvre, qui est ainsi mise en rapport avec les tableaux, eux aussi donnés à voir pour la première fois de façon exhaustive, et dans un format qui leur rend mieux justice. Cessant d'écrire entre 1968 et 1974, Louis-René des Forêts trouve dans la liberté du dessin et dans l'aventure de la gouache une autre manière de s'exprimer, sans doute plus proche d'un monde onirique auquel il donne libre cours, dans des compositions souvent baroques qui jouent des effets de redoublement et de miroir. Quand il entreprend à partir de 1975 "? Légendes ? " qui deviendra Ostinato, il pose définitivement crayons et pinceaux. Mais le détour par la peinture, par les visions qui s'imposent à lui pendant ces années, a nourri le retour à une écriture poétique et obliquement autobiographique. Pour accompagner ce voyage dans les tableaux et les dessins, l'ouvrage propose aussi plusieurs pistes de réflexion sur les liens entre écriture et dessin. L'introduction de Dominique Rabaté revient sur la puissance onirique des tableaux. Bernard Vouilloux établit avec soin la chronologie des dessins en commentant précisément leur évolution. Pierre Vilar déplie les trois temporalités qui fabriquent le pouvoir d'étrangement de visions qui consonnent avec celles de Klossovski ou de Bettencourt (dont les textes sont ici repris en fin de volume). Nicolas Pesquès suggère deux récits critiques qui rendent compte du hiatus et des liens entre littérature et peinture chez des Forêts.
Résumé : C'est ainsi que j'érige les idoles polymères, chimie sophistiquée de l'être au monde. Elles me parlent comme je leur parle, une harangue de sourds-muets dans le silence peuplé du rien à dire. Que font-elles ? Elles gesticulent. Elles gesticulent pourquoi dire, pourquoi faire, je ne le sais pas, pour rien. Et pourtant ce rien dit quelque chose. Il a pris corps pour tout dire du rien à dire après tout très loquace. OEuvre atypique que celle Jean Claus - non seulement du fait de l'ancrage régional de l'artiste, qui tient résolument son Journal d'un Vosges-trotter, mais aussi et surtout de l'inspiration baroque de sa peinture et de sa statuaire. Tableaux de couples nus s'égayant dans des cieux pastel, sculptures de corps androgynes en suspension acrobatique, monuments copulatifs, oratoires, reliquaires, autels domestiques, vaisseliers... : autant dire que la visite de son atelier - ou de son "garde-meubles", selon le mot de l'artiste - vaut pour une exploration de l'inclassable. Et que, face à l'irrésistible légèreté de cet art, qui balance entre l'anachronisme riant de ses sujets et l'ironique modernité de ses matériaux, c'est le spectateur, pour finir, qui ne sait plus sur quel pied danser.
Imaginons un homme, chez lui, que son désoeuvrement enchante un moment, puis ennuie. Il se lève, il pense un peu, il voudrait faire quelque chose, mais quoi, il ne sait pas encore. Sortir, non, il y a trop d'agitation dehors, ou alors il fait trop froid. C'est qu'il fait bon à l'intérieur, même si rien ne se passe. Le spectacle, c'est au-dehors qu'il faudrait aller le chercher, mais l'envie n'est pas là. Le mur protège l'intimité du tumulte extérieur ; la porte, ouverte, en violerait la douceur. Non, l'idéal serait de rester sans rester ; d'être là, sans y être. A la fois dedans et dehors. Pour cela notre homme a à sa disposition une bibliothèque, où il va trouver de quoi entendre parler du monde, quelques tableaux aussi, qu'il a choisis avec goût, avec science, devant lesquels rêver un moment ; et ces livres, ces tableaux lui offrent des paysages qu'il n'a pas en cet instant sous les yeux. Peut-être que tout cela le lasse. Pour être là sans y être il a, aussi, des fenêtres. La porte, elle, comme ouverture, permet au corps entier de franchir le seuil, mais ce n'est pas de cela qu'il veut. La fenêtre, donc, parce qu'elle offre du monde un pur spectacle, un spectacle auquel les sens seuls sont conviés, et la vue la première, c'est d'elle qu'il a besoin. Etonnant théâtre du monde que celui sur lequel ouvre la fenêtre. Du réel, elle décide de tout cacher ou de tout dévoiler, selon qu'elle veuille jouer de la clôture ou de l'ouverture. Mieux qu'un objet, la fenêtre devient alors une forme, un mode d'être, une façon de voir : un langage. Si les yeux, comme on a coutume de dire, sont les fenêtres de l'âme, quel peintre, quel écrivain, n'en aurait pas fait sa matière ? C'est à cet art de la fenêtre, un art merveilleux, troublant, que du Graal à Rilke, de Shakespeare à Proust, de Goethe à Mallarmé ou encore de Cervantès à Flaubert, mais aussi de Vermeer à Bonnard, de Friedrich à Matisse, de Bruegel à Chirico ou de Van Eyck à Balthus, au long d'un double parcours littéraire et pictural, le texte de Pascal Dethurens veut donner toute sa plénitude et tout son sens.
Saillies rocheuses à l'aplomb du vide. Mers de rocaille noire, montagnes aux crêtes déchirées, falaises brisant la battue grise des flots. Heurts de vagues, chutes d'eaux, jaillissement de geysers où planent en silence des oiseaux impavides. Coulées de glaces, éboulis, moraines, routes fourvoyées, silhouettes énormes de plateformes pétrolières à l'abandon, jetées barrant vainement la mer, masures ruinées, carcasses d'avions. Figures emmitouflées et anonymes, de dos ou en profil perdu, s'éloignant, périssables, dans un désert de neige... Les images rapportées par le photographe Patrick Bogner de ses incursions aux abords du cercle arctique, dans les Orcades, les Féroé, à Saint-Kilda, en Islande ou en Norvège, mettent en scène le sublime écrasant de paysages déserts et déchaînés, inhabitables, où l'homme, fatalement de passage, vient rechercher un face-à-face avec des forces qui l'excèdent. Les sources de son inspiration sont à chercher au-delà du regain d'intérêt récent pour cette nature nordique, ou peut-être en-deçà, dans un sous-bassement culturel dont toutes les manifestations sont loin d'être taries : ce romantisme primitif dont accouche le Sturm und Drang. Dans son avant-propos, Patrick Bogner s'inscrit résolument dans la lignée de ces écrivains allemands, anglais et français - Goethe, Lenz, Tieck, Büchner, Blake, Chateaubriand, Hugo, Nerval... - dont les citations scandent l'ouvrage et pour qui le spectacle de la nature offre le répondant d'un état intérieur. Il se déclare, surtout, héritier de Caspar David Friedrich, plaçant ainsi son travail sous l'autorité d'une peinture de paysage dont l'ambition est de susciter une contemplation égale à celle des images sacrées. Et de fait, pour tempétueuses, heurtées et accablantes qu'elles soient, les photographies de ce recueil, Erdgeist - "esprit de la terre" , titre aux accents panthéistes - sont prises dans un silence assourdissant qui est en premier lieu celui de l'hiver. Le choix du noir et blanc, portant au paroxysme le contraste entre la terre et le ciel, le roc et la neige, le solide et le liquide, l'inerte et le mouvant, leur confère une dignité hiératique et les conduit à la frontière de l'abstraction, dans cette apparence de dépouillement et simplicité qui est, des mots de l'artiste, "ce qui requiert le plus d'effort" .