Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
L'acte esthétique. Cinq réels, cinq risques de se perdre
Saint Girons Baldine
KLINCKSIECK
24,99 €
Épuisé
EAN :9782252036624
Distinct de l'acte artistique, scientifique et discursif, l'acte esthétique joue un rôle essentiel dans la création mais aussi dans la connaissance et le dialogue. Il poétise le monde, le musicalise, le jardine, le chorégraphie... bref, le façonne, en créant des universels d'imagination. Nous sommes tous, à des degrés divers, des acteurs esthétiques qui prenons le risque de nous perdre dans l'altérité à laquelle nous nous exposons et à partir de laquelle nous construisons de nouveaux types de "réels" imprégnés de sensibilité et de savoir. D'un même mouvement, l'acte esthétique sauvegarde le monde, crée un lien substantiel entre les hommes et eprmet d'échapper au double piège du narcissisme et de la mélancolie. Biographie de l'auteur Baldine Saint Girons, professeur de Philosophie dés XVIIe et XVIIIe siècles à l'université Paris X-Nanterre, a récemment publié Les Monstres du sublime. Hugo, le génie et la montagne (2005), Le Sublime de l'Antiquité à nos jours (2005), Les Marges de la nuit. Pour une autre histoire de la peinture (2006).
Mettre en évidence «le pouvoir esthétique», c"est souligner l" intrication des questions de l"esthétique à celles de l" éthique et du politique. Le pouvoir naît d"un vouloir et se heurte à d autres pouvoirs. Sous la diversité des apparences, il concerne la force de l'apparaître, compris en ses trois temps: projet, stratégie, effets. Faut-il plaire, inspirer ou charmer? Rechercher la dignité du beau, la gravité du sublime ou la suavité de la grâce? Parmi les trois figures de la laideur ou du mal, notre adversaire est-il d" abord la difformité qui dissone, la médiocrité qui enlise, ou la violence qui révulse? Le beau peut être médiocre et violent: il ne saurait manquer d"harmonie. De même, le sublime peut être compatible avec la difformité et la violence: il disparaît avec la médiocrité. Et la grâce peut être dépourvue de beauté et d" originalité: la douceur ne saurait lui faire défaut. À chaque combat sa technique: l"imitation des meilleurs, l" invention du nouveau, l"appropriation de traits gracieux. De là des résultats divergents: l" admiration va à ce qui plaît, l"étonnement à ce qui inspire, la gratitude à ce qui charme. Rompre les trois cercles maudits du mépris niveleur, de la médiocrité agressive et de l" envie négatrice, tel est l"enjeu. Dans quelle mesure ces trois grands types de pouvoir esthétique sont-ils exclusifs, chacun des deux autres? Si Burke dégagea, au milieu du XVIIIe siècle, ce qu on peut appeler le dilemme esthétique entre beau et sublime, est-on aujourd hui fondé à parler d" un trilemme esthétique entre beau, sublime et grâce?
Faut-il donc tant d'espace pour voyager ? Celui de ma bibliothèque me suffit. Je ne suis pas un explorateur. L'idée même m'en fait rire" , disait Jackie Pigeaud. "Mais dans ma bibliothèque, je suis un aventurier, un corsaire qui aime l'abordage" . La grande aventure des Entretiens de La Garenne-Lemot autour de L'héritage gréco-latin se termine aujourd'hui avec sa XXIIIe livraison. Jackie Pigeaud est décédé ; mais l'ouvrage témoigne partout de sa présence active. L'amitié est palpable avec ses précieuses bousculades et ses compagnonnages émaillés d'éblouissements. Savoir et création n'apparaissent pas seulement comme des résultats, mais comme des modes de sublimation par lesquels nous visons à nous auto-dépasser. Il ne s'agit pas de choisir une fois pour toutes entre l'un et l'autre, mais de retrouver leur solidarité profonde. Tous deux s'entrelacent dans un va-et-vient entre réceptivité et activité, intériorisation et extériorisation, appropriation et abandon, reproduction et production. En quel sens sommes-nous Grecs, sommes-nous Romains ? Les continuités importent, pas seulement les ruptures. Il nous faut explorer les liens de famille entre différents savoirs et saisir le rôle des "relais" ; utiliser une philologie décapante qui serre au plus près les pouvoirs des mots ; promouvoir une rêverie exigeante et féconde, appuyée sur les oeuvres ; et, peut-être d'abord, tirer les leçons de la mélancolie en vue d'un gai savoir. De la sorte se constituent à la fois une "science de l'imaginaire culturel" et une poétique, dont l'exercice nous aide à vivre.
L'éveil renvoie à la naissance, dont il renouvelle et banalise le miracle ; et il s'oppose au sommeil ou plutôt à l'endormissement, pris comme retrait dans un monde intérieur et anticipation de la mort. Mais qu'y a-t-il de commun entre l'éveil physiologique, propre à tous les animaux, et l'éveil spirituel, réservé à quelques élus, en passant par toutes sortes d'éveils spécifiques qui touchent la sensibilité, l'imagination, l'intelligence, la créativité, etc. ? Qui éveille, à quoi et pourquoi ? Et qui s'éveille ? Est-ce "l'âme" ? Est-ce "moi", "soi", "on" ? L'éveil est-il finalement rendu impossible par la mort ou bien peut-il s'accomplir après sa survenue à travers diverses formes de survie ou de résurrection ? La méthode choisie est celle d'une approche concrète, proche de la vie, mais toujours soucieuse de ses provenances. Cette "pensée en amont", comme on pourrait l'appeler, ne cesse de solliciter l'histoire des religions, de la philosophie, des langues, des arts et des sciences. Mais elle refuse l'hégémonie d'une seule de ces disciplines et privilégie la créativité, en assignant à la musique et aux beaux-arts un rôle central dans le renouvellement de la pensée. Ces Entretiens sont attachés à un lieu qui leur donne son nom : La Garenne Lemot, une villa néoclassique, aux bords escarpés de la Sèvre, dans l'évocation de la Toscane. En cet endroit l'on peut parler de beauté et de grâce, mais aussi de tolérance et d'amitié. Organisés sous la responsabilité de l'Association Les Entretiens de La Garenne Lemot, ces XXIe Entretiens ont pu avoir lieu grâce au soutien de l'université de Nantes, en particulier du Laboratoire "L'Antique, le Moderne - L'AMo", du Conseil départemental de Loire-Atlantique et de la mairie de Nantes. Nous remercions également Monsieur Charles Pain, de Panzoult, et Monsieur Denis Heuzé, de Bordeaux, pour leur généreux soutien. La gestion de la publication de ces Entretiens est due à Alfrieda Pigeaud.